L’hiver a effacé le bruit du monde. Cette semaine, les photographes de notre sélection Instagram arpentent des terres où la couleur s’est tue pour laisser place à la nuance. Sous leur regard, le paysage devient une partition muette, dessinée au fusain ou lavée à l’encre de Chine. Entre le bruissement de l’eau, le souffle de la brume et la danse des ombres, les artistes capturent l’invisible : la poésie de ce qui s’efface.
@eloy_raphael
Le monde de Raphaël Tamburrini est un dessin fragile, tracé sur la page blanche de l’hiver. Dans ce vide immaculé, une silhouette erre comme une note solitaire sur une portée vierge. Ailleurs, la nature compose sa propre symphonie : des branches caressent la surface de l’eau avec une délicatesse infinie. En observant cette image, c’est tout le piano de Maurice Ravel et son Une Barque sur l’océan qui nous reviennent en mémoire ; on croit entendre le clapotis liquide et le bois qui boit la rivière.


@sarahheartsoul
Avec Sarah, la forêt devient un temple de brume. Ses dégradés de gris évoquent la profondeur mystique des bois japonais, où les arbres sont des spectres bienveillants. Elle sculpte la lumière pour créer des refuges : ici, le feuillage dense se referme pour former une grotte végétale, un antre secret et sombre qui semble respirer, protégé des morsures du froid.


@vakhokhetaguri0
Chez Vakho Khetaguri, la poésie naît du tumulte. Il saisit la fureur de l’Atlantique quand la pluie hachure le ciel et que l’écume devient une matière picturale, dans une solitude absolue. Puis, la tempête s’apaise pour laisser place au rêve : d’étranges orbes lumineux flottent dans l’obscurité, comme si des soleils fantômes s’étaient démultipliés. Une vision onirique et silencieuse, suspendue hors du temps.


@albicantu
Où finit l’homme, où commence l’arbre ? Albicantu abolit la frontière. Dans un jeu d’ombres chinoises, une main s’élève et ses doigts deviennent des brindilles, se fondant dans la ramure. Plus loin, l’échelle s’inverse : une silhouette humaine, minuscule et fragile, s’efface presque devant la majesté d’un tronc sombre qui, par sa stature, semble nous observer comme un vieux sage.


@jas.leonard
Même dans la grisaille, la vie pulse encore. Elle raconte la mémoire du printemps dans le cœur de l’hiver. Ses coquelicots, dépouillés de leur rouge éclatant, deviennent des sculptures de cendre mélancoliques. Et soudain, la magie opère : par une superposition gracieuse, un enfant danse sur une fleur blanche géante, valse féerique qui nous rappelle que l’innocence est la seule couleur qui ne fane jamais.

