Selfies anonymes

27 mars 2019   •  
Écrit par Lou Tsatsas
Selfies anonymes

Sujets insolites ou tendance, faites un break avec notre curiosité de la semaine. Gerwyn Davies, photographe australien, repousse les limites de l’autoportrait en prenant l’apparence de divers créatures, mi-homme, mi-objet.

Établi à Sydney, Gerwyn Davies perçoit la photographie comme une performance. Étudiant en doctorat, l’auteur rédige actuellement une thèse sur l’histoire et les stratégies de dissimulation dans l’autoportrait en photographie. Un sujet qui inspire ses propres séries. « Selon moi, le 8e art peut être utilisé comme un outil narratif, générateur de fiction », explique le photographe, qui définit son approche comme « très artificielle, mise en scène, et déformant la réalité. »

Alien, Idols, Sunny Boys, Beast… Si les noms des projets de Gerwyn Davies diffèrent, son concept reste le même: réinventer l’autoportrait en se transformant devant l’objectif. « Je construis moi-même mes costumes, avec l’intention de dissimuler mon corps, et je pose dans différents endroits : en studio, dans des lieux publics, ou même dans des univers numériques, construits en post-production », précise-t-il. Ses créations chimériques entre homme et objet déambulent dans un univers brillant, coloré et résolument artificiel.

Jouer avec le concept de l’autoportrait

« L’autoportrait est un art très prolifique, de nos jours. Les gens réalisent tous des performances, devant leur objectif, ou pour une public sur Instagram. Ce qui m’intéresse, c’est d’aller plus loin, trouver les limites de ce concept grâce à l’art visuel »

, confie le photographe. Ses costumes, aussi étranges qu’inconfortables, dictent les poses de l’auteur et, par conséquent, donnent naissance à ces personnages étranges. Si les matières utilisées attirent l’œil et captivent le regardeur, l’être humain, derrière la mise en scène, demeure inaccessible. « J’invite le public à pénétrer mon décor, tout en lui refusant le droit de me connaître, puisque mon visage reste invisible », explique Gerwyn Davies. En gardant l’anonymat, l’artiste joue avec le concept même de l’autoportrait. « Je suis bien l’auteur de mon image, je pose devant mon appareil, et pourtant, je ne révèle rien de ma propre identité… Et n’est-ce pas le but d’un tel portrait ? » interroge-t-il. Un travail singulier, mettant en perspective les nombreux #selfies saturant les réseaux sociaux.

© Gerwyn Davies© Gerwyn Davies
© Gerwyn Davies© Gerwyn Davies

© Gerwyn Davies

© Gerwyn Davies© Gerwyn Davies
© Gerwyn Davies© Gerwyn Davies

© Gerwyn Davies

© Gerwyn Davies

Explorez
Rencontres d'Arles 2026 : les coups de cœur de la rédaction
Dana Steichen, M. Steichen est surpris par Mme Steichen en train de croiser un delphinium blanc avec un delphinium violet foncé afin d'augmenter la taille des fleurs de la variété blanche, Umpawaug Farm, Connecticut, États-Unis, 1938 Collection Spuerkeess. © 2026 The Estate of Edward Steichen / Artists Rights Society (ARS), New York.
Rencontres d’Arles 2026 : les coups de cœur de la rédaction
La semaine d'ouverture vient de se clôturer, mais le festival, quant à lui, sera bien présent tout l'été, et ce, jusqu'au 4 octobre...
13 juillet 2026   •  
Mallory Lowe Mpoka élue lauréate du prix de la photo Madame Figaro
© Mallory Lowe Mpoka, In the Weft of Memory [Dans la trame de la mémoire] (détail), Musée des Beaux-Arts du Canada, Ottawa, 2025, tissage jacquard et perles de verre Avec l’aimable autorisation de l’artiste.
Mallory Lowe Mpoka élue lauréate du prix de la photo Madame Figaro
Le prix de la photo Madame Figaro, dédié aux femmes photographes émergentes, soutenu par Kering, a récompensé, à l’occasion des...
11 juillet 2026   •  
Écrit par Ana Corderot
Le prix Dior de la photographie attribué à Akari Takenobu
Threshold © Akari Takenobu, pour Christian Dior Parfums
Le prix Dior de la photographie attribué à Akari Takenobu
Initié en 2018 par Christian Dior Parfums, en partenariat avec LUMA Arles et l’École nationale supérieure de la photographie (ENSP) le...
10 juillet 2026   •  
Écrit par Ana Corderot
Émotions et mémoire brute à la Fisheye Gallery d’Arles
© Li Hui
Émotions et mémoire brute à la Fisheye Gallery d’Arles
Cet été, la Fisheye Gallery, rouvre ses portes à Arles, avec deux expositions sous le commissariat de Tess Druot. La première réunit...
09 juillet 2026   •  
Écrit par Deng Qiwen
Nos derniers articles
Voir tous les articles
Rencontre avec Véronique Souben, directrice de l’ENSP, et Salomé Gaëta, ancienne élève
[Helio 7], 2026. © Salomé Gaëta
Rencontre avec Véronique Souben, directrice de l’ENSP, et Salomé Gaëta, ancienne élève
Véritable institution au cœur des Rencontres d’Arles, l’École nationale supérieure de la photographie cultive une approche singulière de...
25 juillet 2026   •  
Écrit par Fabrice Laroche
Jérôme Clément-Wilz et la caméra comme preuve
Visuels du film Ceci est mon corps. © Jérôme Clément-Wilz
Jérôme Clément-Wilz et la caméra comme preuve
Documentariste du regard situé, Jérôme Clément-Wilz filme depuis des années ce que la société préfère exotiser, ostraciser, taire ou...
24 juillet 2026   •  
Écrit par Ana Corderot
Bertien van Manen : étendre les contours de la société
© Bertien van Manen, Works "Ljalja, Odessa", 1991 Série / From the series : Let's sit down before we go / Courtesy of Stichting Bertien van Manen.
Bertien van Manen : étendre les contours de la société
Dans le cadre du Grand Arles Express, le Centre de la photographie de Mougins consacre une dense exposition à Bertien van Manen. Une...
23 juillet 2026   •  
Écrit par Apolline Coëffet
Fragile beauté, une exposition à la sensibilité débordante 
©Ryan-McGinley-Dakota-Hair
Fragile beauté, une exposition à la sensibilité débordante 
Jusqu'au 27 septembre, le Jeu de Paume ouvre ses portes à la collection de Sir Elton John et David Furnish. L'exposition, intitulée...
21 juillet 2026   •  
Écrit par Annabelle GARBIGLIA