Subversions du féminin

08 juillet 2021   •  
Écrit par Fisheye Magazine
Subversions du féminin

Charlotte Abramow remet en cause des clichés associés à la beauté féminine et célèbre des corps. Elle expose sa série Première page à la Fisheye Gallery, à Arles, jusqu’au 27 septembre. Cet article, rédigé par Iris Brey, est à retrouver dans notre dernier numéro.

Envisagée comme la trajectoire des débuts du travail de Charlotte Abramow, l’exposition Première page retrace la manière dont l’artiste, depuis l’âge de 18 ans, déjoue les codes et les clichés associés à la beauté féminine. Sans jamais essentialiser les femmes à une seule image, ni en faisant un catalogue d’expériences, le travail d’Abramow s’attarde sur les plis, les traces, les cicatrices. Les corps deviennent une matière ludique et sortent de l’hypersexualisation. L’artiste donne une corporéité à ses sujets. Loin des images lissées qui pullulent dans les publicités ou sous les filtres d’Instagram les femmes sous l’objectif d’Abramow ont du relief. Elles vibrent.

Corps en mouvement

Charlotte Abramow porte un regard féminin dans le sens où ses photos nous permettent de ressentir ce que le sujet traverse, elle nous place dans l’intériorité de ces femmes. Sous son objectif, la masturbation, avoir ses règles, être enceinte, grossir, vieillir deviennent des états et des étapes dont les femmes peuvent être fières. Les corps féminins chez Abramow sont des corps en mouvement. Même si les femmes prennent la pose pour les portraits, leur expression n’est figée, leur corpsjamais cadenassé. On voit les traces du passé et l’éclat de l’avenir. Première page relate une évolution dans les corps représentés dans le travail de l’artiste, passant d’une diversité dans les formes du corps à une plus grande inclusivité de sujets. Progressivement, Abramow photographie celles qui d’habitude sont invisibilisées. Regarder en face des corps de femmes âgées, grosses, racisées, en situation de handicap, des femmes qui ont leurs règles, qui sont enceintes, des femmes trans, ou des femmes qui portent le foulard est déjà en soi un acte politique. L’œil de Charlotte Abramow va plus loin en chargeant ces corps féminins d’une vitalité. Il se dégage de chacune de ses images de la joie. Abramow célèbre le féminin, le valorise. Les photographies de l’artiste racontent que le féminin mérite d’être montré, d’être regardé et surtout d’être repensé. Les photographies de Charlotte Abramow convoquent notre regard, elles nous invitent à devenir des spectateur·ices actif·ves. L’artiste ne se place jamais au-dessus de nous, mais nous propose de regarder avec elle, d’interroger ensemble les stéréotypes qui forment notre imaginaire, de combattre nos idées préconçues sur les corps des Autres et les nôtres. Il y a un dialogue qui se crée, une réflexion qui se partage sur des notions comme le consentement, le rapport au corps, le désir, le féminisme. Le regard subversif de Charlotte Abramow revalorise le féminin, et elle nous montre à quel point cela peut être un processus amplement joyeux.

L’exposition Première page est à découvrir à Arles, à la Fisheye Gallery jusqu’au 27 septembre. Le vernissage se tiendra le 8 juillet à partir de 18h.Cet article est à retrouver dans Fisheye #47, disponible ici

© Charlotte Abramow© Charlotte Abramow

© Charlotte Abramow

© Charlotte Abramow

Explorez
Écran, écran, dis-moi ce que pensent les photographes...
© Jonathan Chandi
Écran, écran, dis-moi ce que pensent les photographes…
Indissociables de notre quotidien, les écrans et les réseaux sociaux ont radicalement transformé notre rapport à l'image. Entre la...
09 avril 2026   •  
Écrit par Marie Baranger
Mundane : la dramaturgie d’une violence sociale
© Salma Abedin Prithi
Mundane : la dramaturgie d’une violence sociale
Dans Mundane, série théâtrale aux contrastes maîtrisés, Salma Abedin Prithi met en scène la violence et ses dynamiques sociales dans son...
04 avril 2026   •  
Écrit par Lou Tsatsas
Pour Toujours : le regard subversif de Birgit Jürgenssen
© Birgit Jürgenssen
Pour Toujours : le regard subversif de Birgit Jürgenssen
Fortes de 130 ans d'engagement auprès des artistes, les Galeries Lafayette s'associent aux quinze ans du Centre Pompidou-Metz. Le projet...
30 mars 2026   •  
Tassiana Aït-Tahar : "Uber et l'argent du beurre"
© Tassiana Aït-Tahar
Tassiana Aït-Tahar : « Uber et l’argent du beurre »
Le 27 mars 2026, l’artiste et photographe Tassiana Aït-Tahar publie Uber Life aux éditions Fisheye, un ouvrage immersif retraçant ses...
26 mars 2026   •  
Nos derniers articles
Voir tous les articles
Voici nos coups de cœur du salon unRepresented by a ppr oc he 2026
© Auriane Kolodziej
Voici nos coups de cœur du salon unRepresented by a ppr oc he 2026
La 4e édition d’unRepresented by a ppr oc he se tient à l'espace Molière jusqu'au 12 avril 2026. Comme à l’accoutumée, le salon fait la...
Il y a 9 heures   •  
Lore Van Houte : le cyanotype comme journal intime et refuge poétique
© Lore Van Houte
Lore Van Houte : le cyanotype comme journal intime et refuge poétique
Étudiante en sciences culturelles et artiste visuelle, Lore Van Houte capture la poésie de son environnement à travers le prisme bleuté...
10 avril 2026   •  
Écran, écran, dis-moi ce que pensent les photographes...
© Jonathan Chandi
Écran, écran, dis-moi ce que pensent les photographes…
Indissociables de notre quotidien, les écrans et les réseaux sociaux ont radicalement transformé notre rapport à l'image. Entre la...
09 avril 2026   •  
Écrit par Marie Baranger
Les Rencontres d’Arles ont annoncé la programmation de leur édition 2026 !
© Carlos Idun-Tawiah, Many Reasons to Live Again [De nombreuses raisons de vivre à nouveau], 2022. Avec l’aimable autorisation de l’artiste et de la Galería Alta.
Les Rencontres d’Arles ont annoncé la programmation de leur édition 2026 !
La programmation de la 57e édition des Rencontres d’Arles, qui se tiendra du 6 juillet au 4 octobre 2026, a été dévoilée. Les expositions...
08 avril 2026   •  
Écrit par Apolline Coëffet