Sur son compte Instagram, Zhenya publie des collages empreints d’une sombre poésie. Une collection de « résidus visuels » qui convoque les mystères de son monde intérieur.
Dans un espace monochrome, une pupille rouge déchire l’obscurité. Elle suit du regard le corps tout aussi écarlate d’une araignée. Plus loin, un poème s’efface dans un pli de page, son sens noyé par les vagues qui l’entourent. Et puis, il y a ces silhouettes étranges qui errent d’une publication à l’autre, ces fleurs colorées en négatif qui grimpent le long de visual residue, compte Instagram et journal illustré de Zhenya, alias @unknwnrt.
Originaire de Saint-Pétersbourg, c’est en 2007 qu’elle se lance dans le collage, lorsqu’un ami à elle lui fait découvrir Photoshop. Une expérience qu’elle qualifie de « non linéaire ». « Avec des périodes où je tombe en désamour de cette pratique. Et pourtant, j’y reviens toujours d’une manière ou d’une autre », ajoute-t-elle. Une façon pour elle de déposer des impressions, des atmosphères sur ses créations, de se détendre quelques heures, libérée des pressions du quotidien en s’échappant dans les univers qu’elle compose.


Le familier devenu liminal
Adepte du numérique, Zhenya conçoit ses collages en multipliant les logiciels, plug-ins et codes pour superposer les couches, dénicher de nouvelles textures et s’arrêter sur ce qui pique son intérêt. « Ce qui me plaît surtout, c’est de trouver quelque chose qui existe déjà et de le retirer de son contexte d’origine pour le transformer en lui donnant une relation différente à son environnement », explique-t-elle. De ses expérimentations émergent des figures étranges, fragments parfois sombres et mystérieux qui reviennent hanter ses images, d’une réalisation à l’autre. Jouant avec la distorsion, elle laisse apparaître des yeux isolés de leurs corps, des branches mortes et fleurs arrachées à leur tige, des mains gracieuses et des arches gothiques perdues dans un brouillard noir fait de grain et de contrastes prononcés. « J’aime particulièrement lorsque le familier devient liminal, comme s’il n’appartenait pas vraiment à ce monde », explique-t-elle.


Des architectures émotionnelles
Une démarche qu’elle juge « méditative ». Ne souhaitant pas produire un art qui entendrait dénoncer quelque chose, Zhenya perçoit davantage son compte Instagram comme un espace de stockage de ses expérimentations plutôt qu’une galerie numérique. Pour elle, tout l’intérêt de ses compositions réside dans leur développement. « C’est le processus de création qui me fascine, je ne suis pas particulièrement attachée à mes collages, c’est comme si une fois finis, ils cessaient de remplir leur fonction », précise-t-elle. Qualifiant ses œuvres « d’architectures émotionnelles », elle tisse des ponts de son esprit à ses fichiers – laissant ceux-ci devenir les réceptacles de sensations, de pensées dont elle se déleste. Des ruminations nourries par « une nostalgie constante de choses qui ne se sont pas produites et ne se produiront probablement jamais », un monologue intérieur façonné par un goût prononcé pour la musique et un attrait pour la nature. Et de cet imaginaire naît un univers fait de brumes et d’éclats, d’où surgissent formes spectrales et envolées poétiques – protagonistes que Zhenya préfère voir évoluer au bon vouloir des regardeur·ses.


