Vogue écologique

02 avril 2020   •  
Écrit par Fisheye Magazine
Vogue écologique

Dans son édition de janvier, la rédaction de Vogue Italie a choisi de ne produire ni de publier aucune photo, lançant ainsi le débat sur l’impact environnemental des shootings photo. Une question jusque-là peu abordée. Cet article, rédigé par Sofia Fisher, est à retrouver dans notre dernier numéro.

Le coup médiatique est passé relativement inaperçu de ce côté des Alpes. « Aucun shooting photo n’a été nécessaire à la création de ce numéro », la mention était en exergue des sept versions de la une du Vogue Italie de janvier. Le magazine de mode de référence était – pour la première fois de son histoire – illustré au crayon et au pinceau. Emanuele Farneti, son rédacteur en chef, explique avoir pris cette décision « dans un souci d’honnêteté intellectuelle », parce que les shootings photo polluent beaucoup. Son édito, surprenant dans sa mise à nu, en détaille le coût écologique catastrophique : « 150 personnes impliquées, environ 20 voyages en avion et une douzaine en train, 40 voitures mobilisées, 60 livraisons internationales… les lumières – en partie alimentées par des générateurs à essence – allumées au moins dix heures d’affilée. » Sans oublier le gâchis de nourriture, de plastique pour emballer les vêtements, d’électricité pour recharger les téléphones et les appareils photo…

« Évoquer la crise climatique est devenu tendance, surtout dans ce secteur », concède l’édito. Et si Vogue a repris ses habitudes dès le mois suivant – hormis l’engagement de ne plus emballer ses magazines dans un plastique non compostable – il aura eu le mérite de poser des questions jusque-là peu abordées. Comment la mode, « avec son besoin obsessionnel de nouveauté et son fétichisme de possession », écrit Emanuele Farneti, peut-elle se prétendre durable ? Même quand elle s’efforce de mettre en avant des produits écoresponsables…, ne faudrait-il pas s’interroger sur l’impact environnemental des shootings ?

Coût environnemental

« La prise de position est assez courageuse », estime Chloé Cohen, journaliste dans la mode durable et créatrice du podcast Nouveau Modèle. « Montrer les coulisses de la mode, alors qu’elle doit faire rêver, c’est compliqué. On n’est pas censé voir que pour cette belle photo, on a tant pesé sur la planète et rejeté autant de CO2. » Elle explique que si de plus en plus de marques s’interrogent sur le coût environnemental de leurs produits, le débat sur l’impact de leurs shootings, lui, semble encore lointain. « C’est un sujet qui n’est absolument pas abordé, même lors des conférences sur ce type de thématique », assure la journaliste. Pourtant, les deux questions sont liées : « Je ne vois pas comment on peut prétendre être une marque de maillots de bain responsable et envoyer toute une équipe aux Maldives, en plein hiver, pour shooter une collection », précise Chloé Cohen.

Dans les agences photo parisiennes, on le concède à demi-mot : « En réalité, l’impact écologique des shootings n’est pas un sujet de discussion », nous expliquent plusieurs directeurs. En off, comme un secret honteux, se racontent des histoires de robes qui voyagent de Chine jusqu’en Afrique du Sud par conteneur, parfois en plusieurs morceaux, emballés par de multiples couches de plastique ; de lampes au fuel qu’il faut alimenter sans cesse durant des séances nocturnes ; de buffets gargantuesques auxquels personne ne touche et qui finissent à la poubelle. Mais si ces habitudes changent lentement, ce n’est pas pour des raisons écologiques. « L’environnement n’est pas la seule chose qui a contribué à ralentir la mode, tempère Olivia Delhostal, cofondatrice de l’agence Modds avec Marie Delcroix, en 2011. C’est surtout parce que les magazines ont des difficultés financières, même les plus importants, car les annonceurs se raréfient. Moins d’argent, ça veut dire moins de superproduction. Du coup les magazines tentent de se mettre à la page, et de se justifier avec l’écologie. »

Cet article est à retrouver dans son intégralité dans Fisheye #41, en kiosque et disponible ici.

© Yoshitaka Amano© Delphine Desane
© Vanessa Beecroft© Paolo Ventura

Image d’ouverture © Paolo Ventura

Explorez
Fotohaus Bordeaux 2024 : appréhender le littoral et ses territoires autrement
© Nancy Jesse
Fotohaus Bordeaux 2024 : appréhender le littoral et ses territoires autrement
En ce mois d’avril, la ville de Bordeaux célèbre le 8e art. Parmi les nombreuses expositions à découvrir figure Fotohaus Bordeaux, qui...
11 avril 2024   •  
Écrit par Apolline Coëffet
Dans l’œil de Maxime Riché : après le drame, l’ironie des publicitaires
© Maxime Riché
Dans l’œil de Maxime Riché : après le drame, l’ironie des publicitaires
Cette semaine, plongée dans l’œil de Maxime Riché. Dans Paradise, projet que nous vous présentons sur les pages du Fisheye #64, le...
08 avril 2024   •  
Écrit par Apolline Coëffet
Mesnographies 2024 : un voyage photographique conscient et engagé
© Charles Thiefaine
Mesnographies 2024 : un voyage photographique conscient et engagé
Du 1er juin au 14 juillet, se tient l’édition 2024 des Mesnographies, le festival international de photographie se déroulant dans le...
03 avril 2024   •  
Écrit par Costanza Spina
Focus #71 : Sophie Alyz et les oiseaux qui prennent le train
04:54
© Fisheye Magazine
Focus #71 : Sophie Alyz et les oiseaux qui prennent le train
C’est l’heure du rendez-vous Focus ! Ce mois-ci, Sophie Alyz traite, avec Beak, de l’impact de l’homme sur son environnement au travers...
27 mars 2024   •  
Écrit par Lou Tsatsas
Nos derniers articles
Voir tous les articles
Paolo Roversi au Palais Galliera : la mode à la lisière des songes
Guinevere, Yohji Yamamoto, Paris, 2004 © Paolo Roversi
Paolo Roversi au Palais Galliera : la mode à la lisière des songes
En ce moment même, le Palais Galliera se fait le théâtre des silhouettes sibyllines de Paolo Roversi. La rétrospective, la première qu’un...
12 avril 2024   •  
Écrit par Apolline Coëffet
Paris, Texas, Diane Arbus et Arménie, dans la photothèque d'Alexis Pazoumian
© Alexis Pazoumian
Paris, Texas, Diane Arbus et Arménie, dans la photothèque d’Alexis Pazoumian
Des premiers émois photographiques aux coups de cœur les plus récents, les auteurices publié·es sur les pages de Fisheye reviennent sur...
12 avril 2024   •  
Écrit par Milena Ill
Bodyland : déluge de chairs
© Kristina Rozhkova
Bodyland : déluge de chairs
C’est l’Amérique contemporaine que Kristina Rozhkova photographie dans sa série Bodyland. Une Amérique de la peau orange comme le...
12 avril 2024   •  
Écrit par Hugo Mangin
Entre deux mondes : NYC en IA par Robin Lopvet
© Robin Lopvet
Entre deux mondes : NYC en IA par Robin Lopvet
Du 17 février au 5 mai 2024, Robin Lopvet présente sept séries qui ont toutes en commun l’utilisation de la retouche numérique et/ou de...
11 avril 2024   •  
Écrit par Agathe Kalfas