2020 : RN et le Grand Palais, la grande inconnue

02 août 2019   •  
Écrit par Benoît Baume
2020 : RN et le Grand Palais, la grande inconnue

Quel peut être le rapport entre le Grand Palais et le Rassemblement national ? Surtout quand on connaît les scores électoraux faméliques que réalise le parti d’extrême droite dans le centre de la capitale. La réponse est à chercher dans la triangulation Arles, Perpignan et Paris. En effet, ces trois villes accueillent des manifestations photographiques majeures : les Rencontres d’Arles, Visa pour l’Image et Paris Photo. Or une lourde menace pèse sur chacune d’elles à l’horizon 2020, et il serait sûrement bon d’identifier les différents scénarios à cette échéance. Pour Visa, la menace est la plus claire, elle s’appelle Louis Aliot : le compagnon de Marine Le Pen ne cache pas ses ambitions, et la ville lui semble promise. Ayant loupé de peu sa conquête en 2014, Louis Aliot a été élu député de la circonscription de Perpignan en 2017, devenant ainsi l’un des huit élus frontistes à l’Assemblée nationale. Le score récent du Rassemblement national aux élections européennes dans la ville est supérieur à 30 %, dix points devant La République en marche, et une droite qui a quasiment disparu. Louis Aliot, pressenti un temps pour prendre la tête de la liste européenne de son parti, a décliné en déclarant : « Je préfère Perpignan à toute autre forme d’engagement politique national et européen. » Un choix fort qui va sûrement porter ses fruits en mars 2020. Face à cela, on a eu un premier aperçu des conséquences possibles en 2014 avec Jean-François Leroy, patron historique du festival, qui marquait une différence nette avec Louis Aliot. « Il me semble évident que les valeurs de M. Aliot et celles que partagent Visa pour l’Image, son public et les photojournalistes qui parcourent le monde pour nous informer, sont pour le moins éloignées. » Tout en laissant la place à une collaboration possible. « Quelle serait sa décision s’il était à la tête de la ville ? Souhaiterait-il maintenir un festival comme Visa pour l’image sans le museler et en lui laissant une totale liberté d’expression, comme cela a toujours été le cas sous les trois municipaliteés que nous avons connues ? », s’interrogeait Jean-François Leroy. Une question à laquelle Louis Aliot répondait déjà par la positive il y a cinq ans : « J’affirme, je dis et je répète que la diversité et l’offre culturelle sont des atouts pour notre ville et notre région, et que je ne compte pas m’immiscer dans les affaires culturelles déjà existantes. Elles ont leurs publics, leurs habitudes, leurs organisations et bénéficient d’une totale liberté d’expression. Liberté à laquelle je suis totalement attaché. » Tout en ajoutant : « Il faudra compléter cette offre par d’autres initiatives ou créations. » Évidemment, on pense à ce qui a pu se passer à un niveau culturel dans d’autres villes passées sous le contrôle de l’extrême droite, notamment à Orange. Jean-François Leroy devra faire connaître sa position en cas d’élection de Louis Aliot. Car même si ce dernier se montrait « bienveillant » vis-à-vis du festival, serait-il acceptable de se faire financer et de célébrer le photojournalisme au côté du Rassemblement national ? Cela semble compliqué.

Pour Arles, la menace RN est aussi d’actualité, surtout depuis les élections européennes où le parti de Marine Le Pen a fait un raz-de-marée qui laisse la succession d’Hervé Schiavetti (PCF) – qui ne se représentera pas – bien incertaine. Le candidat RN n’est pas connu, pas plus que celui de La République en marche, même si la candidature de Patrick de Carolis semble se dessiner. Originaire de la ville, l’ancien patron de France Télévisions a acquis une maison, entre les arènes et la place du Forum, qui a appartenu à Jean-Pierre Camoin – seul maire de droite ayant dirigé la municipalité. Il ne faut évidemment pas oublier David Grzyb, issu de l’actuelle majorité, et qui fait déjà campagne depuis un moment. Si la menace RN n’a jamais été sérieusement prise en compte à Arles, il faut désormais s’activer et voir ce qu’il adviendrait des Rencontres dans le cas d’un édile de tendance brune. La cohabitation semble encore une fois ardue.

Enfin, pour Paris Photo, le danger n’est pas dans les élections, mais dans les pharaoniques travaux qui adviendront en décembre 2020. Cela veut dire que la foire perdra, pour deux éditions au minimum, son écrin qui lui a donné son statut unique depuis 2011. Car soyons clairs, aucun bâtiment temporaire ou autre lieu à Paris ne peut rivaliser avec la plus belle verrière du monde. Cette période de transition, face à une concurrence qui se renforce à Londres et Shanghai notamment, sera décisive. Il faudra trouver les bonnes réponses pour ne pas perdre ce leadership qui va être rudement attaqué lorsque le chevalier devra mettre le pied à terre. Sans prédire la venue du roi de la nuit, la bataille s’annonce rude.

© Fisheye

Explorez
Rencontres d'Arles 2026 : les coups de cœur de la rédaction
Dana Steichen, M. Steichen est surpris par Mme Steichen en train de croiser un delphinium blanc avec un delphinium violet foncé afin d'augmenter la taille des fleurs de la variété blanche, Umpawaug Farm, Connecticut, États-Unis, 1938 Collection Spuerkeess. © 2026 The Estate of Edward Steichen / Artists Rights Society (ARS), New York.
Rencontres d’Arles 2026 : les coups de cœur de la rédaction
La semaine d'ouverture vient de se clôturer, mais le festival, quant à lui, sera bien présent tout l'été, et ce, jusqu'au 4 octobre...
13 juillet 2026   •  
Mallory Lowe Mpoka élue lauréate du prix de la photo Madame Figaro
© Mallory Lowe Mpoka, In the Weft of Memory [Dans la trame de la mémoire] (détail), Musée des Beaux-Arts du Canada, Ottawa, 2025, tissage jacquard et perles de verre Avec l’aimable autorisation de l’artiste.
Mallory Lowe Mpoka élue lauréate du prix de la photo Madame Figaro
Le prix de la photo Madame Figaro, dédié aux femmes photographes émergentes, soutenu par Kering, a récompensé, à l’occasion des...
11 juillet 2026   •  
Écrit par Ana Corderot
Le prix Dior de la photographie attribué à Akari Takenobu
Threshold © Akari Takenobu, pour Christian Dior Parfums
Le prix Dior de la photographie attribué à Akari Takenobu
Initié en 2018 par Christian Dior Parfums, en partenariat avec LUMA Arles et l’École nationale supérieure de la photographie (ENSP) le...
10 juillet 2026   •  
Écrit par Ana Corderot
Émotions et mémoire brute à la Fisheye Gallery d’Arles
© Li Hui
Émotions et mémoire brute à la Fisheye Gallery d’Arles
Cet été, la Fisheye Gallery, rouvre ses portes à Arles, avec deux expositions sous le commissariat de Tess Druot. La première réunit...
09 juillet 2026   •  
Écrit par Deng Qiwen
Nos derniers articles
Voir tous les articles
Rencontre avec Véronique Souben, directrice de l’ENSP, et Salomé Gaëta, ancienne élève
[Helio 7], 2026. © Salomé Gaëta
Rencontre avec Véronique Souben, directrice de l’ENSP, et Salomé Gaëta, ancienne élève
Véritable institution au cœur des Rencontres d’Arles, l’École nationale supérieure de la photographie cultive une approche singulière de...
25 juillet 2026   •  
Écrit par Fabrice Laroche
Jérôme Clément-Wilz et la caméra comme preuve
Visuels du film Ceci est mon corps. © Jérôme Clément-Wilz
Jérôme Clément-Wilz et la caméra comme preuve
Documentariste du regard situé, Jérôme Clément-Wilz filme depuis des années ce que la société préfère exotiser, ostraciser, taire ou...
24 juillet 2026   •  
Écrit par Ana Corderot
Bertien van Manen : étendre les contours de la société
© Bertien van Manen, Works "Ljalja, Odessa", 1991 Série / From the series : Let's sit down before we go / Courtesy of Stichting Bertien van Manen.
Bertien van Manen : étendre les contours de la société
Dans le cadre du Grand Arles Express, le Centre de la photographie de Mougins consacre une dense exposition à Bertien van Manen. Une...
23 juillet 2026   •  
Écrit par Apolline Coëffet
Fragile beauté, une exposition à la sensibilité débordante 
©Ryan-McGinley-Dakota-Hair
Fragile beauté, une exposition à la sensibilité débordante 
Jusqu'au 27 septembre, le Jeu de Paume ouvre ses portes à la collection de Sir Elton John et David Furnish. L'exposition, intitulée...
21 juillet 2026   •  
Écrit par Annabelle GARBIGLIA