Acedia de Louise Desnos : la douceur de la paresse 

16 avril 2025   •  
Écrit par Cassandre Thomas
Acedia de Louise Desnos : la douceur de la paresse 
© Louise Desnos
Escargot posé sur la peau d'une personne
© Louise Desnos

Entre lumière suspendue et tendre mélancolie, Louise Desnos dévoile Acedia, un projet photographique au long cours, sensible et contemplatif. Une exploration visuelle sur la paresse, la fatigue et l’intime, publiée chez Witty Books.

Diplômée des Arts Décos de Paris et membre de l’agence Vu’ depuis 2022, Louise Desnos publie son premier livre, Acedia, après plus de dix ans de maturation. « C’est une série sur la paresse, il fallait donc un temps long pour la sortir », plaisante l’artiste. Le mot « acédie », emprunté au vocabulaire chrétien, désigne un état de lassitude, de vide intérieur mêlé de culpabilité. « C’est un mot que j’ai longtemps cherché, et lorsque je l’ai trouvé, il est venu nommer quelque chose qui me taraudait depuis un moment », confie-t-elle. Acedia ne documente pas la paresse, mais explore un état intérieur en se nourrissant d’inspirations littéraires, cinématographiques, musicales et picturales, de Fiodor Dostoïevski à Ingmar Bergman en passant par Virginia Woolf et Judith Joy Ross. « L’entrée dans la vie adulte m’effrayait. Cette période a fait émerger des questions relatives à la paresse qui devenait alors un refuge. Puis j’ai lu Oblomov d’Ivan Gontcharov où il est question d’un paresseux et de sa posture au quotidien. En tant que lectrice, je me suis demandé si ce personnage renonçait à la vie ou s’il atteignait l’ultime sagesse dans l’immobilité », raconte Louise Desnos. Dans Acedia, si certains moments sont saisis dans le vif du quotidien, d’autres sont mis en scène, mais tous baignent dans une atmosphère suspendue. Au fil des pages, l’impalpable se dévoile en images. Pour la photographe, naviguer entre le réel et l’imaginaire, sans frontière établie, était primordial dans son travail. « Pour un sujet aussi universel, je ne peux prétendre qu’à partager ma subjectivité », déclare-t-elle.

Visage d'une femme qui tient des quartiers de clémentine au niveau de ses yeux
© Louise Desnos
Main en noir et blanc
© Louise Desnos
Peau de clémentine desséchée
© Louise Desnos
Trois femmes en culottes où on ne voit pas les visages
© Louise Desnos

Une œuvre à contretemps 

Louise Desnos compose un langage visuel où chaque image flotte hors du temps. Acedia déroule ainsi un récit qui ne semble avoir ni début ni fin, mais qui interpelle et nous invite à magnifier la lenteur qui peut nous envahir au quotidien. Une clémentine desséchée, des dents chevauchées ou encore des visages endormis, c’est par l’attention portée aux détails que s’exprime le regard puissant de l’artiste. « J’aime les photos avec une part d’intime, d’étrange, de tendre, et parfois un peu d’humour ou de second degré », confie-t-elle. Le médium devient ici un geste introspectif où un sentiment souvent associé à la honte se voit, cette fois, sublimé. Le noir et blanc permet de suspendre les scènes, de leur donner une dimension intemporelle. « Les couleurs, lorsqu’elles sont délavées, évoquent souvent une forme de mélancolie alors que les images plus saturées appellent à la joie. Et pour moi, l’acédie, c’est aussi cette dichotomie : une forme de tristesse, d’immobilité, mais aussi une joie de trouver de la liberté dans le temps libre, de rêver », déclare la photographe. Commencée durant ses études, cette série a grandi avec l’artiste, jusqu’à sa clôture récente. Acedia est une œuvre qui prend son temps, dans tous les sens du terme. « La prophétie du « I started something I couldn’t finish » me pendait au nez », rigole-t-elle. Louise Desnos oppose ainsi aux injonctions de vitesse et de productivité une esthétique de la lenteur. À force d’images produites par éclats, de pauses et de reprises, Acedia est devenu un objet rare, comme un rêve dont on se souviendrait au réveil : flou, familier, et inexplicablement touchant.

Plan sur une bouche aux dents qui se chevauchent
© Louise Desnos
Oiseau bloqué dans un filet
© Louise Desnos
Des fleurs dans les tons rosés qui sont dans un sac plastique blanc. Le sac est posé sur un siège dans une station de métro.
© Louise Desnos
Un poisson dans un sac plastique
© Louise Desnos
Une femme couchée par terre de sorte à faire un angle droit avec le trottoir et le mur
© Louise Desnos
Trois femmes entrain de se reposer
© Louise Desnos
Un âne dans de la verdure
© Louise Desnos
Une personne qui porte une autre personne sur son dos. On ne voit pas les visages.
© Louise Desnos
Witty Books
112 pages
37 €
Photo floue d'une femme en maillot de bain
© Louise Desnos
Personne immergée jusqu'aux épaules dans de l'eau. la photo est sombre et en noir et blanc.
© Louise Desnos
À lire aussi
« Corpus anima » : un éloge des courbes en noir et blanc
« Corpus anima » : un éloge des courbes en noir et blanc
Jusqu’au 31 mai 2023, la Galerie de l’instant présente dans son antenne parisienne Corpus anima, véritable ode à la sensualité en noir et…
19 avril 2023   •  
Écrit par Léa Boisset
L'étrange paresse de Lydia Roberts
L’étrange paresse de Lydia Roberts
Artiste d’origine britannique, Lydia Roberts vit aujourd’hui dans le sud-ouest de la France, partageant son temps entre l’enseignement de…
30 décembre 2022   •  
Écrit par Pablo Patarin
Explorez
Contenu sensible
Les images de la semaine du 30 mars 2026 : (se) découvrir
© Mahaut Harley
Les images de la semaine du 30 mars 2026 : (se) découvrir
C’est l’heure du récap‘ ! Les jours s’allongeant avec le printemps, l’ambiance...
05 avril 2026   •  
Écrit par Ana Corderot
Contenu sensible
Mahaut Harley : des enveloppes charnelles
© Mahaut Harley
Mahaut Harley : des enveloppes charnelles
Dans les collages et créations scannées de Mahaut Harley, l'érotisme féminin est retravaillé, collé et réinterprété pour évoquer une...
01 avril 2026   •  
Écrit par Ana Corderot
Valentin Fougeray et l'intime à découvert
© Valentin Fougeray
Valentin Fougeray et l’intime à découvert
Avec son premier ouvrage, De l’amour à la mort, Valentin Fougeray livre une cartographie sensorielle de l'intime. À travers des...
25 mars 2026   •  
Les coups de cœur #578 : Florian Salabert et Bodhi Shola
© Bodhi Shola
Les coups de cœur #578 : Florian Salabert et Bodhi Shola
Cette semaine, Florian Salabert et Bodhi Shola, nos coups de cœur, révèlent la magie qui sommeille en chacun·e d’entre nous.
23 mars 2026   •  
Écrit par Ana Corderot
Nos derniers articles
Voir tous les articles
Écran, écran, dis-moi ce que pensent les photographes...
© Jonathan Chandi
Écran, écran, dis-moi ce que pensent les photographes…
Indissociables de notre quotidien, les écrans et les réseaux sociaux ont radicalement transformé notre rapport à l'image. Entre la...
Il y a 9 heures   •  
Écrit par Marie Baranger
Les Rencontres d’Arles ont annoncé la programmation de leur édition 2026 !
© Carlos Idun-Tawiah, Many Reasons to Live Again [De nombreuses raisons de vivre à nouveau], 2022. Avec l’aimable autorisation de l’artiste et de la Galería Alta.
Les Rencontres d’Arles ont annoncé la programmation de leur édition 2026 !
La programmation de la 57e édition des Rencontres d’Arles, qui se tiendra du 6 juillet au 4 octobre 2026, a été dévoilée. Les expositions...
08 avril 2026   •  
Écrit par Apolline Coëffet
mini EPIC : des petits livres qui disent grand
© Cedric Roux
mini EPIC : des petits livres qui disent grand
Pensés comme une « petite bibliothèque de voyages » , les livres mini EPIC déploient la série d’un·e artiste sur 48 pages. De petits...
08 avril 2026   •  
Écrit par Ana Corderot
La sélection Instagram #552 : chasse aux oeufs et lapin blanc
© tipsa_fse / Instagram
La sélection Instagram #552 : chasse aux oeufs et lapin blanc
Le matin de Pâques, sur l’herbe encore mouillée par la rosée, un lapin blanc se presse. Il dissimule délicatement des œufs, tantôt au...
07 avril 2026   •  
Écrit par Esther Baudoin