Agathe Gaillard passe le flambeau

21 septembre 2017   •  
Écrit par Anaïs Viand
Agathe Gaillard passe le flambeau

C’est au Café Louis-Philippe, dans le centre de Paris, que nous avons rencontré Agathe Gaillard, à quelques pas de sa galerie. Dans les années 1970, cet espace d’exposition fut le premier dans la capitale à être consacré à la photographie. Accompagnée de Fiona Sanjabi, nouvelle directrice de ce lieu mythique, cette pionnière est revenue avec nous sur son parcours, avant l’ouverture de l’exposition Hommage à la beauté le 22 septembre. Cet article fait partie de notre dernier numéro.

Agathe Gaillard a marqué l’histoire de la photographie en créant et en dirigeant la première galerie photo à Paris, fondée en 1975. Un lieu devenu un rendez-vous incontournable pour toute une génération de passionnés de huitième art qui ont pu y découvrir des auteurs aussi renommés que Ralph Gibson, Jean-Philippe Charbonnier, André Kertész, Bill Brandt, Hervé Guibert et beaucoup d’autres. « J’ai rencontré plusieurs photographes. J’étais admirative de leur intelligence, de leur clairvoyance, et je trouvais qu’il y avait une injustice. Je voulais qu’ils soient reconnus comme des êtres qui pouvaient penser », nous confie-t-elle. Enfant, elle savait qu’elle vivrait à Paris, mais ne projetait pas de travailler dans la photographie. C’est en vendant des cartes postales de chefs-d’œuvre de la photo qu’elle démarre, sans le savoir, sa carrière de galeriste.

À cette époque, « les photographes sont entrés dans le monde de l’art d’une manière très nature : ils sont arrivés tels qu’ils étaient, il ne fallait pas se déguiser », se souvient-elle. Elle a alors découvert que le travail de galeriste était proche de celui de scénographe : « Accrocher des photos, c’est construire une mise en scène. » Et, en tant que médiatrice, elle devait « aménager la rencontre entre le photographe et son public ». Car plus que la galerie, c’est l’univers de la photographie qu’il fallait rendre crédible. Et c’est en partie grâce à elle et à son travail que les photographes sont aujourd’hui considérés en France comme des artistes. Curieuse et passionnée, elle a développé de belles relations avec des artistes aux styles éclectiques. « Je cherchais à ce que les photos m’apprennent quelque chose sur la vie », précise-t-elle. Une ligne de conduite qu’on retrouve à la lecture de son livre (Mémoires d’une galerie, éd. Gallimard, 2013) : « Ce qui m’importe, à moi, c’est de proposer de multiples définitions de la photographie, pour qu’à la fin se dégage, peut-être, une idée plus générale. Ce qui me détermine, c’est l’envie de voir la vie avec les yeux des autres, de certains autres qui m’intriguent. Mon regard, bien que très attentif, ne me suffit pas. »

Diptyque, série Statue © Emmanuelle Bousquet

Diptyque, série Statue © Emmanuelle Bousquet

Une femme qui s’est battue

« C’est une aventure que je suis très heureuse de vivre, et je n’ai pas peur », nous confie Fiona Sanjabi, assise aux côtés d’Agathe. Même si elle nous révèle par ailleurs qu’elle « mesure la responsabilité que représente la reprise de ce lieu qui a joué un rôle fondamental dans l’histoire de la photographie », car Agathe Gaillard est, et restera, une grande dame dans le milieu de la photographie. Fiona Sanjabi, 30 ans, prend la direction de la galerie à la devanture rouge après une formation littéraire et une expérience dans la communication auprès d’un collectionneur, qui lui permet de travailler avec des artistes. Quant à la photo, elle la découvre grâce à une très bonne amie, à l’âge de 15 ans. Si elle connaissait déjà la galerie située au 3 rue du Pont-Louis-Philippe, elle rencontre Agathe Gaillard après la lecture de son livre. « J’y ai découvert l’histoire de la photographie en même temps que l’histoire d’une femme qui s’est battue ».

Jicama, 1929 © Manuel Alvarez-Bravo
Le cou de Marie-Paule, 2017 © Luc Choquer

à g. Jicama, 1929 © Manuel Alvarez-Bravo, à d. Le cou de Marie-Paule, 2017 © Luc Choquer

 

Hommage à la beauté

Vernissage jeudi 21 septembre 2017 à partir de 18h
Galerie Agathe Gaillard
3, rue du Pont-Louis-Philippe
75004 Paris

 

Image d’ouverture : Dead moth floating on pool © Philip Heying

 

 L’intégralité de cet article est à retrouver dans Fisheye #26, en kiosque depuis le 16 septembre et disponible sur Relay.com

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