
Voyage déluré dans des paysages traversés, le livre This Much Is True d’Albert Elm – édité chez Disko Bay – nous convie à ce qui nous paraît commun. Ses images, d’une fugacité bienvenue, révèlent un monde profondément actuel, avide de découvertes, de jeux, de pierres précieuses et de faux-semblants.
« Introverti, mais on me prend souvent pour un extraverti à cause de mon énergie vive. Je suis curieux et un peu geek », c’est ainsi que se définit Albert Elm, photographe danois. Deuxième tome d’une série de livres – le premier étant The Ice Plant (2017) –, This Much Is True regroupe des images glanées à travers le monde par l’artiste : des carrières de marbre à Carrare aux canalisations industrielles près de Mumbai, en passant par les rues bondées de touristes à Venise… Cet opuscule déploie autant de choses vues ou vécues par l’auteur, et dont l’ensemble se révèle homogène. « J’ai tendance à me fixer des dogmes et des cadres stricts, mais je finis toujours par tout mélanger pour créer une œuvre cohérente. Je suppose que c’est un peu comme ma façon de vivre, explique-t-il. J’essaie de planifier, d’organiser, de garder le contrôle. Mais souvent, je m’égare. J’emporte la photographie partout avec moi, enrichissant ainsi les archives photographiques que je constitue depuis 2008. Je dirais que c’est de la photographie de journal intime, un documentaire personnel, même si j’évite de la catégoriser. »


Toucher du doigt le réel
L’objet en lui-même n’est pas clinquant, même si sa conception est extrêmement bien maîtrisée : il est témoin d’une justesse, tant dans le fond que dans la forme. Le toilage présent sur la quatrième de couverture ainsi que sur le dos et une partie de la couverture rappelle une nappe. Au toucher, nous décelons trois différentes textures avec des lettres en relief, comme une volonté de rapporter de la matière, du concret dans ce flux d’images. Une manière de dire que tout cela est bien réel, bien tangible. Les rabats intérieurs cachent quelques surprises, quelques petites anomalies visuelles et invitent à d’autres interprétations ou assemblages. Le message derrière l’ouvrage est simple et c’est volontaire, car on ne veut prendre personne de haut.
Albert Elm se positionne ici en regardeur et ne juge pas, il observe seulement et fait circuler ce que son œil capte. Les paysages à l’intérieur n’y sont pas hostiles, ou du moins, au premier regard, car les couleurs sont enveloppantes. Et parfois, elles révèlent des choses plus profondes, des pieds esquintés par la dure précarité, des mains aux plaies béantes, des dentiers, des yeux au beurre noir. L’on navigue dans une sorte d’autobiographie illustrée, et l’on touche du doigt le lien qu’entretient son auteur au monde, aux autres. C’est un livre qui parle de lui, de ce qui l’entoure, mais qui appartient surtout à toutes celles et ceux qui le feuillèteraient. « J’y vois quelques années de vie. Des souvenirs, des expériences et des sentiments abordés, mis en ordre pour ouvrir la voie et aller de l’avant. Écrire une “liste de choses à faire” peut être libérateur pour structurer ses pensées, qu’on la réalise ou non. D’où le titre qui me permet d’acter que maintenant, je sais que tout cela est vrai et que ces choses se sont réellement produites. Je peux passer à autre chose. »








164 pages
40 €