
Le très attendu rendez-vous de l’art contemporain a donné son coup d’envoi jeudi soir. Jusqu’à dimanche, 165 galeries présentent, sous la lumineuse verrière du Grand Palais, la fine fleur de la création contemporaine française.
Les 17 mètres de hauteur sous plafond du Grand Palais n’aident en rien à la température montante : en ce début de printemps, la majestueuse coupole en verre laisse traverser les rayons de soleil jusqu’aux murs et jusqu’au sol des 165 stands d’Art Paris. Le bain de lumière a le mérite de mettre en valeur les talents, tantôt établis tantôt émergents, qu’on découvre au gré des travées. Pour sa 28e édition, la foire, qui mise sur un ADN local-global avec 60 % d’enseignes hexagonales et 40 % d’étrangères, fait à nouveau la part belle à la scène française. Un parcours thématique de 20 œuvres, curaté par Loïc Le Gall, directeur de Passerelle Centre d’art contemporain à Brest depuis 2019, fait faire des allers-retours – dans l’espace et dans le temps. Disséminée aux quatre coins de la foire, l’exposition intitulée Babel – Art et langage en France rappelle que « le langage est à l’origine de l’humanité. Il y a quelque chose d’ancestral, presque chamanique, dans le verbe », explique Loïc Le Gall. Le commissaire nous mène ainsi des tirages de caves en noir et blanc de Juliette Agnel à la galerie Clémentine de la Féronnière, rappelant les grottes préhistoriques, vers les fausses reliques de Luca Resta à la galerie Yvon Lambert, et jusqu’aux toiles pixelisées de Julie Navarro à la galerie Wagner, qui mettent en œuvre la nouvelle langue universelle du code numérique.



L’art de panser
Un deuxième parcours autour de la thématique de « La réparation », pensé par Alexia Fabre, directrice déléguée du Centre Pompidou Francilien à Massy, invite à penser l’art comme un pansement aussi personnel qu’universel. Parmi les 20 œuvres choisies par la curatrice, on note peu de peinture – médium sinon prédominant sur la foire – et davantage de sculpture et de photographie. On découvre ainsi les fragiles mais puissantes petites maisons de verre d’Anaïs Boudot à la galerie Binome. La photographe, diplômée de l’École nationale supérieure de la Photographie et du Fresnoy – Studio national des arts contemporains, (r)assemble des négatifs sur verre anonymes, trouvés notamment dans des archives de famille, et des fragments de plaque de verre chinés et de vitrail Tiffany pour construire des abris physiques et métaphoriques à ces mémoires familiales. À la galerie Polaris, les tirages du Jamaïcain Ruddy Roye, qui vit et travaille aux États-Unis, font écho aux plaies du racisme, tandis qu’à The Bridge Gallery le jeune artiste ghanéen Sarfo Emmanuel Annor donne à voir un (autre) visage contemporain de la jeunesse africaine.
Promesses tenues
La nouvelle génération de l’art contemporain est en outre au rendez-vous à Art Paris, qui met en avant non seulement les jeunes artistes, mais aussi les jeunes galeristes. Sur les balcons du Grand Palais, le secteur Promesses réunit 27 galeries âgées de moins de dix ans, qui méritent bien le détour. On remarquera entre autres, à la galerie Porte B, la dernière série, et la première d’œuvres abstraites, We Are Melting de Marguerite Bornhauser. La photographe, d’ordinaire habituée au portrait et à la figuration, s’est inspirée des amorces de pellicules photo pour peindre de larges aplats de couleurs sur verre. À la galerie Anne-Laure Buffard, les tirages cristallisés à la cendre végétale ou fossilisés au sel d’Ilanit Illouz, qui fait ainsi naître des paysages de nuages et de volcans à la précieuse texture granuleuse, témoignent encore des talents en herbe de la scène française.