Au bord des routes, il n’y a pas que des lampadaires

28 décembre 2017   •  
Écrit par Fisheye Magazine
Au bord des routes, il n'y a pas que des lampadaires
Le photographe Eiji Ohashi a passé neuf ans à traquer les distributeurs de boissons automatiques éparpillés au Japon. À travers un travail minutieux, Roadside lights, le photographe nous livre ses observations sur la société japonaise.

Jihanki

, les distributeurs de boissons automatiques japonais sont uniques au monde. Non seulement ils distribuent toutes sortes de boissons chaudes ou froides, mais ils sont aussi dispersés dans tout le pays, de Tokyo à Hokkaido, l’île la plus au nord de l’archipel. C’est dans la ville de Wakkanai, à Hokkaido, par une nuit enneigée, que le photographe Eiji Ohashi commence à photographier les phares silencieux du paysage japonais. Pris dans une tempête de neige, Ohashi a utilisé la lumière incandescente des distributeurs automatiques pour rentrer chez lui. Grâce à cette expérience, il remarque, vraiment, l’existence de l’objet.

À partir de ce jour-là, Ohashi a parcouru le pays pour capturer « la beauté de ces objets très ordinaires ». Le photographe a consacré trois livres (Merci, Roadside Lights et Being There) et neuf ans de sa vie à ces objets solitaires. Parce que pour lui, les distributeurs automatiques sont des allégories sociales imprégnées de sens. Ils sont emblématiques de la société japonaise. Une société où tout doit être facile, pratique et confortable. Ils sont enfin, une métaphore de l’ouvrier moderne, forcé de travailler sans répit et menacé de remplacement.

La beauté des objets invisibles

Ohashi alterne entre le noir et blanc, et la couleur, l’argentique et le numérique pour mettre en valeur l’aspect humain de son sujet. Tourné le plus souvent la nuit, et avec des temps d’exposition très longs (15 minutes pour le noir et blanc et une minute pour les images en couleur), l’humain n’apparaît pas dans ses images. « Je tourne la nuit parce que les lumières sont plus fortes; elles sont plus vives », explique Ohashi. Bien que non romantiques par définition, les machines distributrices sont embellies par les cadres du photographe, célébrées et placées dans une harmonie peu orthodoxe avec le paysage. « Je veux surprendre les Japonais avec la beauté de ces machines, leur montrer ce qu’ils ont sous les yeux et ne jamais remarquer ». Roadside Lights est actuellement exposé à la Galerie &co119 à Paris jusqu’au 13 février, et le dernier livre de la série, Being There, a été publié il y a quelques semaines.

Ebetsu-city, Hokkaido, June 2016 © Eiji Ohashi, Courtesy Galerie &co119

Haruka-yama, Otaru-city, Hokkaido, February 2014©Eiji Ohashi / courtesy Galerie &co119
Haruka-yama, Otaru-city, Hokkaido, February 2014©Eiji Ohashi / courtesy Galerie &co119
Takino, Sapporo-city Hokkaido, December 2015 ©Eiji Ohashi / courtesy Galerie &co119
Takino, Sapporo-city Hokkaido, December 2015 ©Eiji Ohashi / courtesy Galerie &co119

Kiyota, Sapporo-city, Hokkaido, January 2016 © Eiji Ohashi, Courtesy Galerie &co119

Otaru-city, Hokkaido, February 2015 © Eiji Ohashi, Courtesy Galerie &co119
Otaru-city, Hokkaido, February 2015
© Eiji Ohashi, Courtesy Galerie &co119
Shinyoka-town, Shiga-prefecture, December 2016 © Eiji Ohashi, Courtesy Galerie &co119
Shinyoka-town, Shiga-prefecture, December 2016
© Eiji Ohashi, Courtesy Galerie &co119

Urakawa-town, Hokkaido, June 2016 ©Eiji Ohashi / courtesy Galerie &co119

© Eiji Ohashi , Courtesy Galerie &co119

Explorez
Eboro de Nuits Balnéaires, un retour poétique aux ancêtres
Adama et Awa 3, Eboro, 2026 © Nuits Balnéaires
Eboro de Nuits Balnéaires, un retour poétique aux ancêtres
En descendant les marches qui mènent au sous-sol de la Fondation Henri-Cartier Bresson, l'on découvre Eboro. Cette série de photographies...
05 juin 2026   •  
Écrit par Esther Baudoin
Les coups de cœur #583 : Daria Nazarova et WTNS
© Daria Nazarova
Les coups de cœur #583 : Daria Nazarova et WTNS
WNTS et Daria Nazarova, nos coups de cœur de la semaine, traitent de la représentation des corps et du mouvement. Toutes deux inspirées...
01 juin 2026   •  
Écrit par Esther Baudoin
Les images de la semaine du 18 mai 2026 : notre existence
© Margarita Galandina
Les images de la semaine du 18 mai 2026 : notre existence
C'est l'heure du récap' ! Cette semaine, les images nous parlent de territoires et de vies traversés par les affres et le temps.
24 mai 2026   •  
Écrit par Ana Corderot
Thana Faroq cartographie l'altération de la mémoire
Still image from Imagine Me Like a Country of Love © Thana Faroq
Thana Faroq cartographie l’altération de la mémoire
Thana Faroq, artiste pluridisciplinaire yéménite installée aux Pays-Bas, revisite ses souvenirs ainsi que les questions de migration...
22 mai 2026   •  
Écrit par Marie Baranger
Nos derniers articles
Voir tous les articles
Les images de la semaine du 1er juin 2026 : du rêve à la réalité
Youssef Nabil (1972) Say Goodbye, self-portrait Alexandria, 2009 Tirage argentique coloré à la main, tiré en 2013, 50 x 75 cm Collection Pinault © Youssef Nabil.
Les images de la semaine du 1er juin 2026 : du rêve à la réalité
C’est l’heure du récap ! Cette semaine, les images nous font basculer du réel au monde des songes. Face à la réalité, le rêve apparaît...
Il y a 10 heures   •  
Écrit par Esther Baudoin
Stephan Gladieu : regarder cette autre Amérique
© Stephan Gladieu
Stephan Gladieu : regarder cette autre Amérique
Dans Authentic Americans, Stephan Gladieu s’est immergé dans l'Amérique du centre et du sud, une Amérique dite profonde. Il s’y est rendu...
06 juin 2026   •  
Écrit par Ana Corderot
SMITH établit son laboratoire expérimental au MAC VAL
Sans titre, in "Dami (Fulmen)", 2023. Thermogramme sur aluminium brossé. Courtesy Galerie Christophe Gaillard © SMITH
SMITH établit son laboratoire expérimental au MAC VAL
Dans le cadre du Bicentenaire de la Photographie, le MAC VAL met à l’honneur le travail de SMITH à travers une exposition intitulée Ici...
06 juin 2026   •  
Écrit par Esther Baudoin
Eboro de Nuits Balnéaires, un retour poétique aux ancêtres
Adama et Awa 3, Eboro, 2026 © Nuits Balnéaires
Eboro de Nuits Balnéaires, un retour poétique aux ancêtres
En descendant les marches qui mènent au sous-sol de la Fondation Henri-Cartier Bresson, l'on découvre Eboro. Cette série de photographies...
05 juin 2026   •  
Écrit par Esther Baudoin