Béatrice Helg : la musique du silence

05 août 2025   •  
Écrit par Benoît Baume
Béatrice Helg : la musique du silence
Éclats IV, 2013 © Beatrice Helg
Carré noir et transparence
« Emergence IV », 2008 © Beatrice Helg

Au musée Réattu d’Arles, dans la fraîcheur d’une ancienne commanderie de chevaliers, le silence devient matière. Jusqu’au 5 octobre 2025, l’artiste suisse Béatrice Helg y dévoile une œuvre dense, à la fois intime et cosmique.

Géométries du silence rassemble plus de 70 photographies grand format, issues de plus de trente-cinq ans de création. Une monographie ample, mais qui échappe au piège de la rétrospective : Béatrice Helg poursuit inlassablement sa quête intérieure. Dans cette exposition, le temps se tord. Pas de chronologie, mais un agencement sensible où les séries dialoguent comme les mouvements d’un quatuor. Car chez Béatrice Helg, la musique n’est jamais loin : violoncelliste de formation, elle sculpte la lumière comme d’autres la vibration. « La photographie est une écriture de lumière – de l’obscur et de la lumière dans l’espace », dit-elle. Une partition plastique où résonnent les silences autant que les éclats.

Au fil de la visite guidée par l’artiste elle-même, on perçoit une forme d’obsession. Dans l’ombre de son atelier, elle crée des structures à partir de matériaux récupérés, trouvés dans la rue, façonnés, détournés. Tubes, tôles, tissus deviennent sculptures provisoires, dressées juste pour la photographie. Puis tout disparaît. Ne subsiste que l’image, étrange et hypnotique. Une architecture mentale. Un théâtre de la lumière.

Un escalier
« Labyrinthe », 1991 © Beatrice Helg
Gratte-ciel
« Metropolis III », 1987 © Beatrice Helg
Un tissu dans les air
« Esprit froissé VII », 2000 © Beatrice Helg
Un soleil doré
« Cosmos XVIII », 2018 © Beatrice Helg

Un univers intérieur

Impossible de ne pas songer à Georges Rousse, dans ce même jeu d’anamorphoses, d’espaces instables. Mais la comparaison l’agace. À juste titre. Là où Georges Rousse investit le monde réel, Béatrice Helg bâtit un univers intérieur. Pas de décor existant, mais un espace reconstitué, pur, mental. « Cette écriture, que je n’ai pas choisie, s’est très vite imposée à moi, confie-t-elle. Elle me donne la possibilité d’exprimer des sentiments, de transmettre des sensations, des pensées que je ne saurais évoquer par une photographie de la réalité, ou par des mots. »

Influencée par l’avant-garde russe et le constructivisme, l’artiste trace une voie singulière. Une photographie non figurative, quasi spirituelle, qui explore « l’espace du dedans », comme elle le nomme. À travers ses séries – Théâtres de la lumière, Cosmos, Résonance, Natura –, on voyage dans un cosmos tactile, où les ombres dansent avec l’absolu.

« Sentir la beauté, c’est participer à l’abstraction à travers un agent particulier », écrivait Rothko dans un essai qui sera publié à titre posthume sous le titre de La Réalité de l’artiste. Béatrice Helg, elle, en fait l’expérience au quotidien. Au fond de l’image, quelque chose vibre, palpite. C’est cela qu’on entend, dans le silence.

nuances de gris
« Resonance VI », 2019 © Beatrice Helg
Rainures dorées
« Natura I », 2023 © Beatrice Helg
À lire aussi
Rencontres d'Arles 2025 : les coups de cœur de la rédaction
Montagne de Corte, Corse, 2022. © Jean-Michel André. Avec l’aimable autorisation de l’Institut pour la photographie / Galerie Sit Down.
Rencontres d’Arles 2025 : les coups de cœur de la rédaction
En parallèle de ses articles sur la 56e édition des Rencontres d’Arles, qui se tient jusqu’au 5 octobre 2025, la rédaction…
12 juillet 2025   •  
Sous les paupières closes : un rêve surréaliste à Arles
Two Dinners, de la série Trust Me © Nyo Jinyong Lian
Sous les paupières closes : un rêve surréaliste à Arles
Du 7 juillet au 5 octobre 2025, la Fisheye Gallery ouvre son espace arlésien à quatre artistes émergentes : Eloïse Labarbe-Lafon, Anna…
02 juillet 2025   •  
Écrit par Fisheye Magazine
Explorez
5 expositions à découvrir au PhotoBrussels Festival 2026
© Deanna Dikeman
5 expositions à découvrir au PhotoBrussels Festival 2026
Jusqu’au 22 février 2026, Bruxelles fait la part belle au 8e art avec PhotoBrussels. Pour sa dixième édition, le festival propose un...
30 janvier 2026   •  
Écrit par Apolline Coëffet
Falaise, Géorgie et clubbing : nos coups de cœur photo de janvier 2026
© Lucie Bascoul
Falaise, Géorgie et clubbing : nos coups de cœur photo de janvier 2026
Expositions, immersion dans une série, anecdotes, vidéos… Chaque mois, la rédaction de Fisheye revient sur les actualités photo qui l’ont...
27 janvier 2026   •  
Écrit par Apolline Coëffet
La sélection Instagram #543 : tous·tes en scène
© Lara Chochon / Instagram
La sélection Instagram #543 : tous·tes en scène
Cette semaine, les artistes de notre sélection Instagram s’inspirent de l’aspect cinégénique du quotidien pour créer leurs images. Tour à...
27 janvier 2026   •  
Écrit par Ana Corderot
Les coups de cœur #574 : Eliot Manoncourt et Joan Tiff
© Eliot Manoncourt
Les coups de cœur #574 : Eliot Manoncourt et Joan Tiff
Eliot Manoncourt et Joan Tiff, nos coups de cœur de la semaine, ont une approche personnelle de la photographie. Le premier transforme la...
26 janvier 2026   •  
Écrit par Apolline Coëffet
Nos derniers articles
Voir tous les articles
Maya Meissner : sur les traces du tueur de The Cedar Lodge
© Maya Meissner
Maya Meissner : sur les traces du tueur de The Cedar Lodge
Comment raconter un traumatisme que l’on n’a pas consciemment vécu, mais qui a marqué toute une famille ? À travers son livre The...
Il y a 11 heures   •  
Écrit par Cassandre Thomas
5 expositions à découvrir au PhotoBrussels Festival 2026
© Deanna Dikeman
5 expositions à découvrir au PhotoBrussels Festival 2026
Jusqu’au 22 février 2026, Bruxelles fait la part belle au 8e art avec PhotoBrussels. Pour sa dixième édition, le festival propose un...
30 janvier 2026   •  
Écrit par Apolline Coëffet
Fleurs émancipées
© Suzanne Lafont, Nouvelles espèces de compagnie, anticipation, 2017.
Fleurs émancipées
Loin d’une approche romantique sur le « langage des fleurs » le livre Flower Power traduit une réflexion sur une écologie...
29 janvier 2026   •  
Écrit par Eric Karsenty
Les Franciscaines : Valérie Belin et les choses entre elles qui échappent
Sans titre, (série Bodybuilders II), 2000, épreuve gélatino-argentique, 100x80cm. © Valérie Belin
Les Franciscaines : Valérie Belin et les choses entre elles qui échappent
Jusqu’au 28 juin 2026, l’établissement culturel de Deauville Les Franciscaines accueille Les choses entre elles . Une rétrospective du...
28 janvier 2026   •  
Écrit par Ana Corderot