
Odysseas Tsompanoglou et Macy Castañeda-Lee, nos coups de cœur de la semaine, s’intéressent tous deux à des thématiques intimes ayant trait à la psychologie. Le premier s’inspire d’un mythe de la Grèce antique pour parler de ses troubles obsessionnels compulsifs quand la seconde rend compte de son expérience en tant qu’immigrante.
Odysseas Tsompanoglou
Dans Actaeonia, Odysseas Tsompanoglou puise dans le mythe grec du même nom pour en faire la métaphore de ses troubles obsessionnels compulsifs. Dans ce récit antique, la déesse Artémis transforme Actéon, un chasseur orgueilleux, en cerf après que celui-ci l’a épiée dans son bain. Ne le reconnaissant plus, ses propres chiens le dévorent. « Je perçois mes pensées ruminantes comme Actéon voyait ses chiens : c’est comme si vous étiez dévoré par quelque chose de très proche de vous, explique l’artiste. L’idée de ce projet a germé il y a trois ans, lorsque ma crise de TOC a atteint son paroxysme. Il y avait des jours où, pendant plus de dix heures consécutives, je ne pouvais me concentrer sur quoi que ce soit. J’avais perdu mon sens de la présence et je me sentais émotionnellement bloqué. » À ce moment-là, la photographie s’impose comme la seule manière de s’extraire un tant soit peu de cet état. Muni de son boîtier, il saisit des séquences évoquant une violence latente, une absence de repères ou encore un mal-être, qu’il finit par assembler dans un ouvrage grâce à un programme du PhMuseum. « Le projet s’articule autour du concept de boucle : il suit les étapes mentales de mes crises de TOC. Au début, des pensées ruminantes tentent de s’immiscer dans mon esprit, mais je me sens fort et je leur résiste : à ce stade, elles me semblent complètement absurdes. Ensuite, je commence à engager un dialogue avec elles jusqu’à ce qu’elles occupent tout mon espace mental. Cela conduit à une phase de panique, où je suis incapable d’être présent. Vient alors la phase post-traumatique, l’épuisement causé par l’expérience. Puis, le cycle recommence », conclut-il.





Macy Castañeda-Lee
« J’adore prendre des portraits de toutes sortes de personnes », nous confie Macy Castañeda-Lee. Également activiste et curatrice, la photographe a à cœur que chacun de ses projets soit porteur de sens. « Mes passions et mes choix de vie découlent de mon éducation, de ma famille, de mes rêves et de ma culture en tant que Philippine et membre de la communauté sud-asiatique. Dans mon travail, je m’attache à promouvoir la psychologie, la santé mentale, la justice sociale et l’éducation, assure-t-elle. À l’adolescence, j’ai créé une organisation à but non lucratif, aux Philippines, appelée Talang Dalisay, qui fêtera ses 10 ans l’année prochaine. Elle s’engage à aider les enfants handicapés et encourage les mouvements en faveur de la santé mentale dans le pays. Parallèlement à ma pratique de la photographie, avec des amis, je dirige Worlds Through Minds, un collectif qui fonctionne comme un espace d’atelier mondial et une galerie ouverte à tous à New York. » Parmi les tirages qu’elle nous présente aujourd’hui, certaines proviennent de Burnt Orange, une série qui s’intéresse aux personnes issues d’une troisième culture et témoigne de son expérience en tant qu’immigrante. « C’est ma vision de l’Amérique, explique-t-elle. L’ensemble est immortalisé en noir et blanc et couvre aussi bien des portraits que des paysages. Ce sont les premières images que j’ai réalisées dans la chambre noire, que j’ai eu le privilège d’utiliser lorsque je vivais à New York. Burnt Orange aborde le fait de grandir et d’essayer de se réinventer constamment. » L’artiste a consigné ces clichés dans un zine, édité avec Salt & Pepper, disponible à la vente par ici.




