
Paulina Korobkiewicz et Andreas Hammer, nos coups de cœur de la semaine, documentent des aspects du monde dans des approches distinctes. La première mise sur une esthétique colorée tandis que le second opte pour un noir et blanc contrasté.
Paulina Korobkiewicz
Un panneau surmonté d’un palmier en plastique se distingue dans la grisaille d’une zone pavillonnaire. Plus loin, une silhouette masculine apparaît à la fenêtre d’un immeuble dont la façade présente de formes colorées et géométriques. À l’intérieur d’un appartement, une étonnante suspension de tasses éclectiques trône fièrement dans ce qui doit être une cuisine ou une salle à manger. « Les images ont tendance à venir à moi. La vie me donne des idées. Elles me tiennent toujours très à cœur : ce sont des choses que je remarque dans mon environnement, au cours de mon parcours, qui m’intriguent ou me surprennent », explique Paulina Korobkiewicz, qui signe ce corpus. La photographe polonaise, désormais installée à Londres, puise son inspiration dans ses souvenirs familiaux. « L’histoire de mes parents, qui ont émigré très jeunes pour gagner leur vie à l’étranger, m’a sans doute le plus marquée, confie-t-elle. Je me rappelle encore les photos qu’ils ont prises lorsqu’ils ont quitté le bloc de l’Est. À l’époque, les magasins en Pologne étaient vides, les salaires minimes et la vie difficile : rien à voir avec aujourd’hui, heureusement. Cependant, ces récits, ces photos et les coupures de magazines qu’ils ont collectionnés ont profondément influencé mon langage visuel. » Dans leur sillage, comme pour prolonger cet héritage esthétique, elle immortalise ainsi à son tour ce qui retient son attention.





Andreas Hammer
« Je travaille sur des projets documentaires en noir et blanc, car je ne possède qu’un seul boîtier, qui est monochrome. Je suis fasciné par le noir et blanc, c’est là que tout a commencé et j’apprécie son esthétique intemporelle », explique Andreas Hammer. À travers sa pratique de la photographie, il s’intéresse à ce qui reste, à ces traces qui marquent aussi bien « les paysages, les corps [que] les structures sociales une fois que l’histoire a suivi son cours ». Il se plaît ainsi à créer des compositions dont les interprétations peuvent être multiples, préférant la projection de tout un chacun à une narration stricte. La série qu’il nous présente aujourd’hui, intitulée The Taste of Black Residue, s’inscrit dans ce mouvement. « Elle est née de ma propre histoire. J’ai été blessé en tant que soldat en Irak, en 2005. Vingt ans plus tard, je me suis rendu au Maroc pour photographier des lieux marqués par la violence. […] Elle traite des conséquences au sens large, de la manière dont les conflits laissent des traces qui persistent dans l’architecture, les gestes, les paysages et les atmosphères. Il ne s’agit pas d’un documentaire sur les événements en tant que tels », précise-t-il.




