Mundane : la dramaturgie d’une violence sociale

Mundane : la dramaturgie d’une violence sociale
© Salma Abedin Prithi
une femme assise, recouverte d'un tissu
© Salma Abedin Prithi

Dans Mundane, série théâtrale aux contrastes maîtrisés, Salma Abedin Prithi met en scène la violence et ses dynamiques sociales dans son pays d’origine, le Bangladesh. 

« L’un de mes ami·es, Xulhaz Mannan, a été tué chez lui en 2016. Après cet incident, j’ai commencé à m’intéresser à la violence au Bangladesh. Ce récit est né de mon désir d’explorer la manière dont celle-ci fonctionne dans notre société et dont elle affecte notre quotidien », affirme Salma Abedin Prithi. Originaire de Dacca, cette artiste visuelle développe, à travers ces projets, de véritables narrations portées par « les réalités sociales, la profondeur des émotions ainsi que notre vulnérabilité ». 

Un travail d’autant plus complexe à réaliser lorsqu’il s’ancre dans un pays touché par une importante censure. « Quand j’ai débuté Mundane, le Digital Security Act [une loi adoptée dans le but d’empêcher la propagation de contenu haineux, qui permettait au gouvernement de punir les créateur·ices de contenus qu’il jugeait inapproprié·es, ndlr] dictait nos moyens d’expression. De nombreux·ses auteur·ices ont été opprimé·es. Certain·es sont même mort·es en garde à vue », explique l’artiste qui, pour parvenir à contourner cette répression, se tourne vers le symbolisme. 

Une femme regarde une autre femme, vêtue en blanc
© Salma Abedin Prithi
une ampoule allumée dans une pièce sombre
© Salma Abedin Prithi

Des mises en scène nées de cauchemars

Dans une pièce vide, habillée d’un simple rideau, s’oppose le blanc d’une peau, d’une lumière ou d’une explosion au noir du secret. En monochrome, Salma Abedin Prithi fait des violences sociales un théâtre poignant où les visages disparaissent derrière des voiles ou des cheveux, où les herbes et les tissus recouvrent les détails, comme pour nous rappeler que l’horreur s’immisce volontiers dans l’ordinaire. Dans les contrastes des compositions, les repères s’envolent pour ne laisser que la trace du désastre, qu’il soit en train de se dérouler ou tout juste passé – une manière de nous placer face à l’histoire et à ses répercussions.

« Beaucoup d’incidents peuvent sembler incroyables, mais la violence ne naît pas constamment de causes dramatiques. Ses conséquences, cependant, le sont toujours », rappelle la photographe qui a, pour parvenir à mener ce projet à bout, dû endurer l’impact psychologique de sa réalisation. « Mes cauchemars ont influencé ces mises en scène. Certains détails, certaines luttes me revenaient en rêve et modelaient l’atmosphère et l’émotion du shoot », confie-t-elle. 

Définir la violence dans un cadre intime

Et, pour parvenir à ancrer ces instants de tension extrême dans le réel, elle ajoute à ses créations photographiques des collages, mêlant gros titres, coupures de journaux et portraits de victimes. « Ces créations permettent d’expliquer la source de la nervosité ressentie face au reste des images, précise l’autrice. Elles pointent également du doigt différents types de violences. En les incluant dans mon travail, je m’assure que les spectateur·ices comprennent que ces événements sont bel et bien arrivés. » Un dialogue imaginé en dehors des limites posées par la censure qui illustre, en contrepoint, l’impact psychologique d’une telle proximité à la brutalité. 

Aussi belle que glaçante, la série Mundane déplace la contestation au sein du cadre intime. Entre les quatre murs d’une pièce, loin de l’agitation urbaine, Salma Abedin Prithi décrypte avec sensibilité les schémas, la peur, l’inconscience qui nourrissent la violence. Dans un tête-à-tête intense avec ses sujets, elle interroge les dimensions systémiques et sociétales de ces comportements et nous en fait ressentir chaque nuance. 

un lit recouvert de pancartes blanches
© Salma Abedin Prithi
Une femme recouverte de fleurs
© Salma Abedin Prithi
des hautes herbes dans une pièce
© Salma Abedin Prithi
un homme la main posée sur la tête d'un mannequin
© Salma Abedin Prithi
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