Entre ombre et éblouissement

30 avril 2019   •  
Écrit par Lou Tsatsas
Entre ombre et éblouissement

Exposée au Festival Circulation(s), la série Le soleil des loups de la photographe Marine Lanier explore les relations entre Homme et nature, et les bouleversements de l’adolescence. Un travail subtil et onirique.

Diplômée de l’École nationale supérieure de la photographie d’Arles en 2007, Marine Lanier étudie, à travers son œuvre, la relation entre l’Homme et la nature. « J’essaie de capturer la façon dont un paysage, ou des éléments naturels peuvent influencer l’être humain », précise-t-elle. Sa série Le soleil des loups, exposée au Festival Circulation(s), suit deux adolescents, Florentin et Émilien, évoluant dans leur territoire.

« Ils habitent dans une région d’Ardèche située au-dessus d’un ancien volcan. Son activité a créé ce que l’on appelle en géologie un relief inversé : les anciennes couches de l’écorce terrestre se trouvent à la surface, tandis que les plus récentes demeurent enfouies », explique la photographe. Une réaction naturelle singulière et symbolique des bouleversements de l’adolescence. Marine Lanier a rencontré Florentin, l’aîné des deux frères au cours d’une résidence d’artistes. « Sa personnalité et son élan de vie m’ont frappée », confie-t-elle. C’est en faisant connaissance avec sa famille qu’elle découvre Émilien. L’un en pleine transformation, et l’autre encore à la frontière de l’enfance. Deux modèles fascinants qu’elle photographie durant trois ans.

Une aventure primitive et poétique

Le soleil de loups

superpose les esthétiques et les formats. À la manière des couches géologiques, les images se mélangent, jouant avec les couleurs et les monochromes. Une distinction importante pour l’artiste. « Mon noir et blanc est plutôt un gris ; comme une cendre qui serait déposée sur la nature et les hommes. Une sorte d’hommage au volcan », confie-t-elle. Ses clichés en couleurs évoquant, quant à eux, le rêve, la prémonition. Les tons psychédéliques se teintent d’irréels et invoquent l’onirisme. Un thème cher à Marine Lanier, qui souhaite créer un territoire intemporel, entre songe et réalité, entre passé et futur.

Joueurs, Florentin et Émilien fusionnent avec l’espace. Ils s’enfoncent sans peur dans la forêt et communiquent avec la nature. « Ils suggéraient parfois même des mises en scène, ajoute l’auteure. Photographe et modèle deviennent ainsi coauteurs de l’image. » En alternant les zones d’ombre et d’éblouissement, Marine Lanier fait de son Soleil des loups un récit fantastique et organique. Une métaphore subtile des émotions contradictoires de l’adolescence, entre besoin d’appartenance à un clan, et désir d’indépendance. Les noms des images – Sanctuaire, L’Ancêtre, Le Guetteur, Les Racines, Le Repaire, Totem… – renvoient à un récit d’aventures, loin de l’espace urbain. Un environnement sauvage et primitif, régi par l’instinct.



 

© Marine Lanier

© Marine Lanier© Marine Lanier

© Marine Lanier

© Marine Lanier© Marine Lanier

© Marine Lanier© Marine Lanier

© Marine Lanier© Marine Lanier

© Marine Lanier© Marine Lanier

© Marine Lanier

Explorez
Chère Lisa : ces choses que l’on revêt
© Louise Chevallet
Chère Lisa : ces choses que l’on revêt
C’est entre les pages du journal intime de sa mère que Louise Chevallet s’est aventurée pour composer son ouvrage Chère Lisa. À...
03 juillet 2026   •  
Écrit par Ana Corderot
La sélection Instagram #560 : du mouvement et de la danse
© heemuroo / Instagram
La sélection Instagram #560 : du mouvement et de la danse
Comme le disait Pina Bausch dans son discours d'acceptation d'un doctorat honoris causa que lui a attribué l'université de Bologne...
30 juin 2026   •  
Écrit par Esther Baudoin
5 coups de cœur qui explorent le corps et sa mémoire
Cœur de lune © Bérangère Portella
5 coups de cœur qui explorent le corps et sa mémoire
Tous les lundis, nous vous dévoilons deux photographes qui ont retenu notre attention à travers cette rubrique coups de cœur. Cette...
15 juin 2026   •  
Écrit par Ana Corderot
Mesnographies 2026 : nos vies de luttes
© Virginia Morini
Mesnographies 2026 : nos vies de luttes
Jusqu’à début septembre, le festival Mesnographies dévoile un parcours photographique au cœur des problématiques actuelles : dérèglement...
10 juin 2026   •  
Nos derniers articles
Voir tous les articles
Fisheye #77, désormais en kiosque, s’immisce au cœur des festivals photo de l’été 2026
La petite Vera, Lac Baïkal, Sibérie, 1998. © Claudine Doury / Courtesy de l’artiste et de l’agence VU’
Fisheye #77, désormais en kiosque, s’immisce au cœur des festivals photo de l’été 2026
Que valent nos images ? C’est avec cette question en tête que nous avons composé Fisheye #77, que vous pouvez dès à présent retrouver en...
Il y a 2 heures   •  
Écrit par Apolline Coëffet
Eyes of the Storm - Paul McCartney photographe, 1963-64 le calme avant la tempête
Paul McCartney, Autoportrait, Londres, 1963 © 1963-1964 Paul McCartney sous licence exclusive de MPL Archive LLP
Eyes of the Storm – Paul McCartney photographe, 1963-64 le calme avant la tempête
Jusqu'au 3 janvier 2027, le musée Granet accueille Eyes of the Storm, une exposition consacrée à une facette méconnue de Paul McCartney...
04 juillet 2026   •  
Écrit par Ana Corderot
Chère Lisa : ces choses que l’on revêt
© Louise Chevallet
Chère Lisa : ces choses que l’on revêt
C’est entre les pages du journal intime de sa mère que Louise Chevallet s’est aventurée pour composer son ouvrage Chère Lisa. À...
03 juillet 2026   •  
Écrit par Ana Corderot
David Salcedo : dans la lumière, ouvrons les yeux
© David Salcedo
David Salcedo : dans la lumière, ouvrons les yeux
À travers Te vas a quedar ciego, David Salcedo retravaille des images capturées dans des émissions télévisées et recrée d’autres...
02 juillet 2026   •  
Écrit par Ana Corderot