
Jusqu’au 24 mai 2026, Dana Lixenberg dévoile des fragments de vie américaine à la Maison européenne de la photographie. Intitulée American Images, l’exposition revient sur trente ans de carrière et de rencontres qui ont façonné une œuvre tournée vers l’autre.
En ce début d’année, la MEP présente « deux expositions qui résonnent », qui sont articulées « autour de la conception du corps », annonce Julie Jones, qui vient de prendre la suite de Simon Baker à la direction du musée. D’une part, Joel Quayson interroge les multiples strates de son identité par l’entremise de vidéos diffusées au Studio. D’autre part, Dana Lixenberg dévoile American Images, son premier accrochage d’envergure en France. « J’ai approché Dana il y a plus de deux ans et je lui ai fait part de cette idée de travailler sur une exposition un peu plus large que ce qu’elle a l’habitude de faire », indique Marcel Feil, qui assure le commissariat aux côtés de Laurie Hurwitz. La rétrospective occupe les deux étages et dresse un portrait pluriel des États-Unis, pays que l’artiste néerlandaise habite en partie depuis 1989. À travers ses tirages, le rêve américain se délite pour laisser place à une réalité plus abrupte. Les marges dont certains préfèreraient taire l’existence se juxtaposent à d’autres mondes, plus légers, que nous entrevoyons notamment dans une salle pleine de polaroïds.




La puissance d’un regard
Dana Lixenberg a toujours eu à cœur de laisser la place à celles et ceux qu’elle photographie. Ainsi travaille-t-elle presque exclusivement à la chambre 4 x 5 pouces, y compris pour ses éditoriaux pour Vibe, The New York Times Magazine, Interview, i-D, The New Yorker, Newsweek ou encore Rolling Stone. Cette technique confère un niveau de détails important à ses compositions et instaure un temps long propice à la rencontre. Un dialogue se tisse alors avec ses modèles, qu’il s’agisse de personnalités publiques ou d’illustres inconnus. Ils cessent d’être en représentation pour se montrer sous un jour vulnérable. À mesure que nous avançons dans le parcours, les images se succèdent sans contexte. Elles portent en elles des histoires chargées, impossibles à déceler. Nous remarquons notamment cette femme vêtue de blanc. Elle semble apprêtée, sa pose est classique. Pourtant, elle attend dans le couloir de la mort. Le tribunal l’a condamnée pour un double infanticide, nous renseigne l’artiste. Plus loin se découvre une galerie de portraits en couleur, réalisés dans la rue. À première vue, nul ne peut savoir qu’il fait face à des sans-abris hébergés dans un refuge, car rien n’évoque leur situation. « Dana nous permet de voir les gens tels qu’ils sont », appuie Marcel Feil.
Le dernier étage est consacré à Imperial Courts, une série qui survivra à Dana Lixenberg, soutiennent les commissaires d’exposition. Commencé en 1993 et toujours en cours, ce projet se compose de tirages en noir et blanc ayant pour cadre des logements sociaux de Los Angeles. Avant de pouvoir s’immiscer dans cette communauté, l’artiste a dû gagner la confiance de ses membres. C’est d’ailleurs le chef d’un gang qui l’y a fait entrer. Au fil des salles, des visages reviennent. Les années passent et des rides marquent les traits. La vie se dessine. Il y a des naissances, mais également des disparitions, parfois nimbées d’incertitude, toujours brutales. Deux vidéos montrent la joie, les sourires, la tendresse qui a suivi la parution d’un ouvrage, en 2015, autour de l’existence de cette communauté. Elles traduisent la puissance d’un regard et la reconnaissance d’être perçu par celui-ci. Ces réactions résument, tout compte fait, tout le propos de Dana Lixenberg.