Flore Prebay : Ce qui s’efface, ce qui demeure

22 janvier 2026   •  
Écrit par Anaïs Viand
Flore Prebay : Ce qui s'efface, ce qui demeure
© Flore Prebay
Une femme en robe bleue marche sur une plage
Éphémère, de la série Deuil blanc © Flore Prébay

Avec Deuil Blanc, Flore Prébay réalise une réponse plastique et poétique à la disparition progressive de sa mère, atteinte de la maladie de Charcot et de démence fronto-temporale.

Paysages instables, glaciers qui fondent, terre qui tremble… C’est la beauté fragile qu’a choisi de nous ramener d’Islande Flore Prébay. « L’appareil photo m’a permis de regarder la réalité sans être engloutie », confie la photographe, qui s’est envolée pour la « Terre de Glace » après avoir appris une terrible nouvelle : sa mère est atteinte d’une démence fronto-temporale, accompagnée de la maladie de Charcot. Ce voyage, qu’elles devaient faire ensemble, devient une traversée intime. En Islande, elle signe un portrait sans visage : celui de sa mère, absente, mais omniprésente. « Le paysage islandais traduisait le chaos de cette situation », se souvient-elle. Deuil blanc – le titre de la série – évoque cette parenthèse suspendue, la disparition progressive de l’être aimée. « C’est le deuil avant la mort. Beaucoup de gens le vivent sans savoir le nommer », ajoute-t-elle. Face à l’extinction d’une voix et à la dissolution des souvenirs, le paysage devient métaphore du cerveau qui s’efface, et un hommage à la mère. Impuissante face à la fragilité de l’existence, Flore Prébay choisit de créer. Ici, la photographie se fait sculpture, peinture, matière vivante. Pour ce travail, elle collabore avec son oncle, artisan papetier : « En se transformant, le papier devient le témoin de mon deuil en mutation. » Elle y ajoute des touches de peinture, « pour enrichir la mémoire, habiter ce monde en train de se dérober ». Lentement, chaque tirage devient un corps fragile, une trace à la fois vulnérable et persistante. « Ce qui reste, ce sont les images. Elles sont la preuve que tout cela a existé. »

Une personne dans un paysage de terre
Multivers, de la série Deuil blanc © Flore Prébay
photo en noir et blanc d'un bord de mer
Vague de la série Deuil blanc © Flore Prébay

« Ajouter de la douceur dans les situations compliquées »

Longtemps identifiée à la photographie de mode – deux fois finaliste du Prix Picto de la mode, l’artiste opère ici un virage à 360°. Ce drame l’a reconnectée à son geste premier, sincère et incarné. Deuil Blanc est aussi un témoignage sur les failles du système hospitalier français. « Tout le monde parle de Charcot, mais jamais de la démence fronto-temporale. C’est comme si les deux maladies s’annulaient l’une l’autre : ma mère ne pouvait être reçue en soins palliatifs à cause de la démence. J’ai dormi trois semaines à la maison médicale Jeanne-Garnier pour qu’elle puisse être acceptée. » Aujourd’hui, Flore Prébay poursuit cette démarche où l’intime devient collectif. Après Deuil blanc, elle travaille sur les soins palliatifs et sur de nouvelles formes d’attention à l’autre. Une photographie à la fois sociale et poétique, engagée « dans tous les sens du terme ». « J’aimerais ajouter de la douceur dans les situations compliquées », confie l’artiste qui s’adresse à celles et ceux qu’on a tendance à oublier. Entre geste et mémoire, son œuvre tisse un lien durable entre l’art, la douleur et la beauté du vivant.

Vague abstraite
Silence mauve, de la série Deuil blanc © Flore Prébay
Champs avec des fleurs bleues
Jasmin, de la série Deuil blanc © Flore Prébay
170 pages
7,50 €
À lire aussi
Fisheye #74 sonde la notion d’éthique en photographie
© Stan Desjeux
Fisheye #74 sonde la notion d’éthique en photographie
Fisheye #74 sera disponible en kiosque ce samedi 8 novembre ! En ce mois consacré à la photographie, notre nouveau numéro s’intéresse à…
06 novembre 2025   •  
Écrit par Apolline Coëffet
Focus #77 : La dysmorphophobie vue par Flore Prébay
05:16
Focus #77 : La dysmorphophobie vue par Flore Prébay
Après une pause bien méritée, Focus revient, ce mois-ci, avec un épisode dédié à Flore Prébay et sa série Illusion. Un travail pictural à…
30 avril 2025   •  
Écrit par Lou Tsatsas
Explorez
American Images à la MEP : Dana Lixenberg et l’attention portée à l’autre 
Dana Lixenberg, Kamaal “Q-Tip” Fareed, Ali Shaheed Muhammad and Malik “Phife” Taylor (A Tribe Called Quest), 1997 © Dana Lixenberg, courtesy of the artist and Grimm Amsterdam | London | New York
American Images à la MEP : Dana Lixenberg et l’attention portée à l’autre 
Jusqu’au 24 mai 2026, Dana Lixenberg dévoile des fragments de vie américaine à la Maison européenne de la photographie. Intitulée...
Il y a 4 heures   •  
Écrit par Apolline Coëffet
Les images de la semaine du 2 février 2026 : se raconter
© Jerry Schatzberg. Bob Dylan Studio Portraits Side Light: 1965, Manhattan, New York, USA.
Les images de la semaine du 2 février 2026 : se raconter
C’est l’heure du récap' ! Cette semaine, la photo se déploie sur les murs des galeries et lieux de culture. Elle est aussi, pour...
08 février 2026   •  
Écrit par Ana Corderot
Jerry Schatzberg et « l’histoire autour de l’image attendue »
© Jerry Schatzberg. Snake Lady, New York.
Jerry Schatzberg et « l’histoire autour de l’image attendue »
Le photographe et réalisateur Jerry Schatzberg revient sur ses images et déroule le fil de sa vie. Se dessine un rapport bienveillant aux...
05 février 2026   •  
Écrit par Ana Corderot
Les images de la semaine du 26 janvier 2026 : sous différents prismes
© Lee Daesung
Les images de la semaine du 26 janvier 2026 : sous différents prismes
C'est l'heure du récap ! Cette semaine, les images nous parlent de la complexité du réel sous couches, textures et formes plurielles.
01 février 2026   •  
Écrit par Ana Corderot
Nos derniers articles
Voir tous les articles
American Images à la MEP : Dana Lixenberg et l’attention portée à l’autre 
Dana Lixenberg, Kamaal “Q-Tip” Fareed, Ali Shaheed Muhammad and Malik “Phife” Taylor (A Tribe Called Quest), 1997 © Dana Lixenberg, courtesy of the artist and Grimm Amsterdam | London | New York
American Images à la MEP : Dana Lixenberg et l’attention portée à l’autre 
Jusqu’au 24 mai 2026, Dana Lixenberg dévoile des fragments de vie américaine à la Maison européenne de la photographie. Intitulée...
Il y a 4 heures   •  
Écrit par Apolline Coëffet
Festival du court métrage de Clermont-Ferrand : nos coups de cœur
© Donna Gottschalk et Hélène Giannecchini / I want my people to be remembered
Festival du court métrage de Clermont-Ferrand : nos coups de cœur
Grand rendez-vous du film en France, le festival international du court métrage de Clermont-Ferrand célébrait sa 48e édition du 30...
10 février 2026   •  
Écrit par Ana Corderot
Sélection Instagram #545 : l’amour tout simplement
© Camila Gattamelati / Instagram
Sélection Instagram #545 : l’amour tout simplement
Cette semaine, les cœurs battent un peu plus vite dans notre sélection Instagram. Nos photographes explorent l’amour sous toutes ses...
10 février 2026   •  
Calendrier Toiletpaper 2026 : l’année où les chats prennent enfin le pouvoir
© Walter Chandoha - Toiletpaper
Calendrier Toiletpaper 2026 : l’année où les chats prennent enfin le pouvoir
En 2026, les chats ne se contentent plus d’envahir nos écrans. Avec les images de Walter Chandoha revisitées par Toiletpaper, contempler...
09 février 2026   •  
Écrit par Cassandre Thomas