
Avec Deuil Blanc, Flore Prébay réalise une réponse plastique et poétique à la disparition progressive de sa mère, atteinte de la maladie de Charcot et de démence fronto-temporale.
Paysages instables, glaciers qui fondent, terre qui tremble… C’est la beauté fragile qu’a choisi de nous ramener d’Islande Flore Prébay. « L’appareil photo m’a permis de regarder la réalité sans être engloutie », confie la photographe, qui s’est envolée pour la « Terre de Glace » après avoir appris une terrible nouvelle : sa mère est atteinte d’une démence fronto-temporale, accompagnée de la maladie de Charcot. Ce voyage, qu’elles devaient faire ensemble, devient une traversée intime. En Islande, elle signe un portrait sans visage : celui de sa mère, absente, mais omniprésente. « Le paysage islandais traduisait le chaos de cette situation », se souvient-elle. Deuil blanc – le titre de la série – évoque cette parenthèse suspendue, la disparition progressive de l’être aimée. « C’est le deuil avant la mort. Beaucoup de gens le vivent sans savoir le nommer », ajoute-t-elle. Face à l’extinction d’une voix et à la dissolution des souvenirs, le paysage devient métaphore du cerveau qui s’efface, et un hommage à la mère. Impuissante face à la fragilité de l’existence, Flore Prébay choisit de créer. Ici, la photographie se fait sculpture, peinture, matière vivante. Pour ce travail, elle collabore avec son oncle, artisan papetier : « En se transformant, le papier devient le témoin de mon deuil en mutation. » Elle y ajoute des touches de peinture, « pour enrichir la mémoire, habiter ce monde en train de se dérober ». Lentement, chaque tirage devient un corps fragile, une trace à la fois vulnérable et persistante. « Ce qui reste, ce sont les images. Elles sont la preuve que tout cela a existé. »


« Ajouter de la douceur dans les situations compliquées »
Longtemps identifiée à la photographie de mode – deux fois finaliste du Prix Picto de la mode, l’artiste opère ici un virage à 360°. Ce drame l’a reconnectée à son geste premier, sincère et incarné. Deuil Blanc est aussi un témoignage sur les failles du système hospitalier français. « Tout le monde parle de Charcot, mais jamais de la démence fronto-temporale. C’est comme si les deux maladies s’annulaient l’une l’autre : ma mère ne pouvait être reçue en soins palliatifs à cause de la démence. J’ai dormi trois semaines à la maison médicale Jeanne-Garnier pour qu’elle puisse être acceptée. » Aujourd’hui, Flore Prébay poursuit cette démarche où l’intime devient collectif. Après Deuil blanc, elle travaille sur les soins palliatifs et sur de nouvelles formes d’attention à l’autre. Une photographie à la fois sociale et poétique, engagée « dans tous les sens du terme ». « J’aimerais ajouter de la douceur dans les situations compliquées », confie l’artiste qui s’adresse à celles et ceux qu’on a tendance à oublier. Entre geste et mémoire, son œuvre tisse un lien durable entre l’art, la douleur et la beauté du vivant.


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