« Glace et jade, le rituel du peigne » : un poème visuel

17 juillet 2019   •  
Écrit par Lou Tsatsas
« Glace et jade, le rituel du peigne » : un poème visuel

Ground Control, lieu d’exposition des Rencontres d’Arles abrite Glace et jade, le rituel du peigne. Un hommage touchant du photographe Kurt Tong à son ancienne nourrice, Mak. Une exposition minimaliste et poétique.

Né à Hong Kong en 1977, Kurt Tong a déménagé en Angleterre à l’âge de 13 ans. C’est en travaillant pour une ONG en Inde qu’il découvre le 8e art et commence à expérimenter avec le média. Après un master en photographie documentaire au London College of Communications, l’artiste se tourne vers une création plus introspective. « J’ai réalisé que j’avais seulement effleuré la surface de certaines histoires. J’ai donc choisi de travailler sur des récits qui me sont familiers, confie Kurt Tong. Et puis, la naissance de ma fille m’a donné envie de me reconnecter à mes racines chinoises, mes projets se sont donc orientés dans cette direction. »

Glace et jade, le rituel du peigne, exposition intime et touchante se trouve à Ground Control, un grand espace d’expositions, situé près de la gare d’Arles. Un poème visuel que Kurt Tong a dédié à son ancienne nourrice, Mak, ayant passé le « Rituel du peigne » dans sa jeunesse. « À la fin du 19e siècle, grâce au marché de la soie, des femmes chinoises ont gagné leur indépendance financière et ont profité de cette autonomie nouvelle, qui a débouché sur ce rituel », explique le photographe. Après avoir pris un bain infusé de feuilles de mûrier et tressé ses cheveux, Mak, comme beaucoup d’autres femmes, a fait vœu de chasteté et a commencé sa vie, libérée de ses obligations familiales.

Un récit drôle, touchant et authentique

« Fin 2014, Mak a appris qu’elle avait un cancer. Si j’avais déjà commencé à réaliser un projet sur ces femmes peignées j’ai réalisé à ce moment que je connaissais peu de choses de son histoire, et j’ai choisi de consacrer ma série à sa vie »,

raconte Kurt Tong. Véritable lettre d’amour à son ancienne nourrice, le projet joue avec les formes et les médias pour construire un récit drôle, touchant et authentique. Images d’archives, coupures de magazines, encres chinoises et photos de familles fusionnent, formant un ensemble passionnant. Une immersion dans l’histoire complexe de cette femme.

« Mak ne possèdait que huit photos d’elle-même. J’ai donc cherché dans mes propres images des scènes où elle apparaissait, et je les ai retravaillées, couvrant mes frères et sœurs et moi de ses possessions, pour qu’elle devienne la protagoniste de ces portraits accidentels », explique l’artiste. À Ground Control, ces créations attentionnées se déroulent sur les murs blancs de l’espace, dans une scénographie dépouillée, imaginée par l’artiste et Duan Yuting, le commissaire de l’événement. « Un espace minimaliste qui rend hommage à la vie simple que Mak menait », précise Kurt Tong. Au sein de l’exposition, les espaces laissés vides évoquent les souvenirs gardés secrets par la nourrice. Une histoire émouvante et incomplète, à l’image des relations humaines.

 

Combing for ice and jade, Éditions Jiazazhi, 55 euros, 278 p.

© Kurt Tong

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