Jeu de Paume : le regard singulier de Tina Barney sur les rituels familiaux 

12 octobre 2024   •  
Écrit par Apolline Coëffet
Jeu de Paume : le regard singulier de Tina Barney sur les rituels familiaux 
Julianne Moore and Family, 1999 © Tina Barney. Courtesy de l’artiste et Kasmin, New York.
Autoportrait de Tina Barney
Self-Portrait in Red Raincoat, 1990 © Tina Barney. Courtesy de l’artiste et Kasmin, New York.

Jusqu’au 19 janvier 2025, le Jeu de Paume met Tina Barney à l’honneur en lui consacrant sa première rétrospective européenne. Depuis quarante ans, la photographe américaine immortalise les rituels familiaux dans de grands formats aux compositions singulières.

Tout au long de l’automne et jusqu’au milieu de l’hiver, le Jeu de Paume accueille Tina Barney. Cette dernière semble d’ailleurs nous y attendre : sur le pas de la porte menant vers l’exposition, à notre droite, se trouve l’un de ses autoportraits. La photographe américaine est vêtue d’un long imperméable rouge et, les mains dans les poches, les pieds dans l’eau, ancrée dans son environnement, elle fixe l’objectif. Autour d’elle se dessinent des encyclies, des ondulations qui déforment son reflet comme ses images ont pu l’avoir été au fil des ans. Ces quatre dernières décennies, l’artiste autodidacte a notamment pris ses proches pour muses avec une certaine distance. Issue d’un milieu aisé, beaucoup ont pensé qu’elle dressait le portrait de ce monde méconnu et duquel émergent de nombreux fantasmes. Pourtant, ces tirages, insiste Tina Barney, ne traitent pas des plus riches, mais bien de familles, de personnes qui se côtoient au quotidien. 

Photographie de Tina Barney montrant une fête d'enfants
The Children’s Party, 1986 © Tina Barney. Courtesy de l’artiste et Kasmin, New York.
Photographie de Tina Barney montrant une femme âgée
The Entrance Hall, 1996 © Tina Barney. Courtesy de l’artiste et Kasmin, New York.

Reconsidérer les clichés

De fait, Familiy Ties a tout l’air d’une réunion de famille où les membres se rencontrent, transcendant les époques et les géographies. L’organisation de l’exposition est libre, ne suit aucune chronologie. Aussi les portraits des Barney s’entremêlent-ils à ceux d’autres lignées de la haute bourgeoisie et de l’aristocratie, américaines ou européennes, réalisés à l’occasion de commandes de magazines ou personnelles. Dans des nuances à la fois douces et profondes, un dialogue commence. Il gravite autour des générations qui se croisent et se succèdent, sur l’éducation et la transmission. Ces êtres, connus ou non, adoptent une pose étudiée quand ils ne s’adonnent pas à leurs activités habituelles. Ils se révèlent sur des murs de verre transparent où ils semblent flotter. L’utilisation de la chambre engendre un léger déséquilibre dans les cadrages qui attire le regard. Dans les années 1980, cette forme d’intimité est encore rarement vue en photographie. Dans le sillage de Jeff Wall, dont elle a suivi le travail, son approche se situe à la lisière de l’instantané et de l’observation de la peinture de chevalet.

Au gré de nos déambulations, nous remarquons des constances, mais également des évolutions dans ces rituels familiaux, de même que dans la pratique de l’artiste. Les images de groupe, qu’elle a produites, pour l’essentiel, au début de sa carrière, laissent place à des portraits solitaires. Progressivement, la photographe commence à les diriger et ses tirages se transforment dès lors en des courts-métrages où l’action demeure latente. Les cartels de l’exposition donnent parfois quelques indications. Les textes, sélectionnés par Quentin Bajac, directeur du Jeu de Paume, sont en réalité des extraits d’articles et d’entretiens parus dans la presse. Ils permettent d’entrevoir la manière dont les images ont été reçues, mais également d’avoir le retour de Tina Barney sur ses propres compositions. Un double niveau de lecture se développe ainsi, nous invitant, plus largement, à reconsidérer les clichés au travers d’un autre prisme, teinté par nos expériences de vie.

Photographie de Tina Barney montrant des enfants jouant aux chaises musicales
Musical Chairs, 1990 © Tina Barney. Courtesy de l’artiste et Kasmin, New York.
Photographie de Tina Barney montrant une famille dont la fille, en robe blanche, tient un serpent
Family Commisson With Snake (Close Up), 2007 © Tina Barney. Courtesy de l’artiste et Kasmin, New York.
Photographie de Tina Barney montrant deux femmes dans une salle de bain rose.
Jill and Polly in the Bathroom, 1987 © Tina Barney. Courtesy de l’artiste et Kasmin, New York.
Photographie de Tina Barney montrant trois jeunes hommes portant des costumes.
The Young Men, 1992 © Tina Barney. Courtesy de l’artiste et Kasmin, New York.
Photographie de Tina Barney montrant deux sœurs
Two Sisters, 2019 © Tina Barney. Courtesy de l’artiste et Kasmin, New York.
Photographie de Tina Barney montrant une réunion de famille
The Reunion, 1999 © Tina Barney. Courtesy de l’artiste et Kasmin, New York.
Photographie de Tina Barney montrant le couple Leo Castelli
Mr. and Mrs. Leo Castelli, 1998 © Tina Barney. Courtesy de l’artiste et Kasmin, New York.
À lire aussi
Les 21 expositions photo à voir cet automne 2024 !
Jill and Polly in the Bathroom, 1987 © Tina Barney. Courtesy de l’artiste et Kasmin, New York.
Les 21 expositions photo à voir cet automne 2024 !
Chaque saison fait fleurir de nouvelles expositions. À cet effet, la rédaction de Fisheye a répertorié toute une déclinaison…
08 novembre 2024   •  
Écrit par Fisheye Magazine
« Les loyautés » : les gestes qui construisent une famille
« Les loyautés » : les gestes qui construisent une famille
Dans son nouvel ouvrage Les loyautés, la photographe Lise Dua se plonge dans l’étude des gestes qui perdurent génération après…
11 octobre 2022   •  
Écrit par Lou Tsatsas
Explorez
Émotions et mémoire brute à la Fisheye Gallery d’Arles
© Li Hui
Émotions et mémoire brute à la Fisheye Gallery d’Arles
Cet été, la Fisheye Gallery, rouvre ses portes à Arles, avec deux expositions sous le commissariat de Tess Druot. La première réunit...
09 juillet 2026   •  
Écrit par Deng Qiwen
Park Chan-wook, quand la photographie fait son cinéma
Mademoiselle Minhee Kim. © Park Chan-wook
Park Chan-wook, quand la photographie fait son cinéma
Connu pour ses films à l’esthétique millimétrée, Park Chan-wook offre à Arles une facette plus secrète de son travail : la photographie....
07 juillet 2026   •  
Écrit par Marie Baranger
Chère Lisa : ces choses que l’on revêt
© Louise Chevallet
Chère Lisa : ces choses que l’on revêt
C’est entre les pages du journal intime de sa mère que Louise Chevallet s’est aventurée pour composer son ouvrage Chère Lisa. À...
03 juillet 2026   •  
Écrit par Ana Corderot
La sélection Instagram #560 : du mouvement et de la danse
© heemuroo / Instagram
La sélection Instagram #560 : du mouvement et de la danse
Comme le disait Pina Bausch dans son discours d'acceptation d'un doctorat honoris causa que lui a attribué l'université de Bologne...
30 juin 2026   •  
Écrit par Esther Baudoin
Nos derniers articles
Voir tous les articles
Rebekka Deubner, lettres d'amour à terre
© Rebekka Deubner
Rebekka Deubner, lettres d’amour à terre
Exposé aux Rencontres d'Arles, à la Croisière, le projet La terre amoureuse de Rebekka Deubner nous parle avec une grande justesse de la...
09 juillet 2026   •  
Écrit par Ana Corderot
Émotions et mémoire brute à la Fisheye Gallery d’Arles
© Li Hui
Émotions et mémoire brute à la Fisheye Gallery d’Arles
Cet été, la Fisheye Gallery, rouvre ses portes à Arles, avec deux expositions sous le commissariat de Tess Druot. La première réunit...
09 juillet 2026   •  
Écrit par Deng Qiwen
Sabelo Mlangeni reçoit le prix James Barnor 2026
"Faith and Sakhi Moruping, Thembisa Township", 2004, de la série Isivumelwano © Sabelo Mlangeni
Sabelo Mlangeni reçoit le prix James Barnor 2026
La nouvelle vient de tomber : Sabelo Mlangeni remporte la troisième édition du prix James Barnor pour son œuvre autour des notions de...
08 juillet 2026   •  
Écrit par Apolline Coëffet
L’exposition, Au bord des mondes, pour les 5 ans de La Kabine 
© Lys Arango / La Kabine
L’exposition, Au bord des mondes, pour les 5 ans de La Kabine 
Au bord des mondes : Habiter les territoires, survivre aux fractures, du 27 juin au 20 septembre, une exposition qui invite à repenser...
08 juillet 2026   •  
Écrit par Annabelle GARBIGLIA