L’Afrique regarde le monde

09 juin 2015   •  
Écrit par Fisheye Magazine
L'Afrique regarde le monde
Du 5 mars au 17 mai derniers , l’une des plus importantes collections d’art contemporain africain exposait à Porto une sélection de 80 œuvres. État des lieux.

L’Afrique a été beaucoup photographiée de l’extérieur: alors qu’en est-il lorsqu’elle devient son propre sujet ? Quand elle devient un observateur de notre monde contemporain? En retournant l’appareil photo, les artistes africains posent leur regard sur eux et sur le monde avec une vision inédite. Les artistes, pour la plupart, connaissent parfaitement la contemporanéité occidentale alors que, bien souvent, celle-ci ignore l’Afrique telle qu’elle est aujourd’hui. Le collectionneur Sindika Dokolo explique:

“L’Afrique n’est pas la même qu’il y a 10 ans et encore moins celle d’il y a 20 ans”

Avec le titre paradoxal de l’exposition “You Love Me, You Love Me Not“, les photographes nous parlent d’eux et de nousIls nous livrent en quelque sorte une interprétation de cette citation de Jean-Paul Sartre, relevée par le curateur Simon Njami: “Je vous souhaite de ressentir comme moi, le saisissement d’être vu”.

The Diary of a Victorian Dandy (1998) © Yinka Shonibare MBE, All Rights Reserved, 2015

La part de la photographie dans l’exposition

La photographie est très présente dans l’exposition et pourtant elle n’est pas le support préféré du collectionneur Sindika Dokolo. Alors comment expliquer sa relative abondance ? Principalement parce que la photographie prend une place assez importante dans la création contemporaine de l’Afrique.

C’est d’ailleurs le photographe africain Malik Sidibe qui reçoit le Lion d’Or à la biennale de Venise de 2007. Idem pour Edson Chagas en 2013. Entre temps le marché international de la photographie a vu apparaître de grands noms issus de ce continent comme Samuel Fosso ou encore Yinka Shonibare. Les Rencontres de Bamako et le Lagos Photo Festival sont aussi deux évènements d’envergure, preuve que la photographie tient une place cruciale dans le paysage culturel africain.

Quoiqu’il en soit, on retrouvait dans “You Love Me, You Love Me Not” les pierres angulaires de la photographie africaine comme Seydou Keita. L’exposition mettait également en valeur une jeune garde en pleine exploration.

Cela correspond bien à l’ensemble de la collection de Sindika Dokolo. Son rapport à l’image, il l’aborde à la fois comme un geste d’amateur inconditionné et comme un acte militant fondateur. Le collectionneur affirme son parti pris:

“Ce que je recherche [ce sont les travaux] qui ont la prétention de s’engager dans un débat et qui ambitionnent de changer le monde”

Oikonomos, 2011/ © Edson Chagas, courtesy of the artist and Fundação Sindika Dokolo
Oikonomos, 2011/ © Edson Chagas, courtesy of the artist and Fundação Sindika Dokolo

Un continent visionnaire ?

Sindika Dokolo a la conviction que les artistes africains ont une approche pertinente du monde contemporain. Une acuité qui est devenu l’apanage d’un continent en plein essor grâce à sa forte relation avec la Chine, très présente sur le continent. Citant Depardieu, Sindika Dokolo affirme: « Nous, Africains, la Chine on couche avec, on vit avec.”

C’est d’ailleurs avec un triptyque de Samuel Fosso qui se mue en idole chinoise que s’ouvre cette exposition. Le photographe se réincarne en un “Empereur d’Afrique”, sorte de réincarnation de Mao, dont le futur espace d’apparition est l’Afrique. Ce regard sur la relation Chine-Afrique pose les contrastes de ce lien qui sera primordial pour le monde dans les années à venir.

Autoportrait / Emperor of Africa (2013) © Samuel Fosso, courtesy of the artist and Galerie Jean-Marc Patras, Paris

 

Texte par Camille Moulonguet

Explorez
Sélection Instagram #545 : l’amour tout simplement
© Camila Gattamelati / Instagram
Sélection Instagram #545 : l’amour tout simplement
Cette semaine, les cœurs battent un peu plus vite dans notre sélection Instagram. Nos photographes explorent l’amour sous toutes ses...
10 février 2026   •  
La sélection Instagram #544 : de la délicatesse
© @galazka_eyes / Instagram
La sélection Instagram #544 : de la délicatesse
Cette semaine, les photographes de notre sélection Instagram saisissent des instants chargés d’un doux apaisement. Tout en délicatesse...
03 février 2026   •  
Écrit par Ana Corderot
Maya Meissner : sur les traces du tueur de The Cedar Lodge
© Maya Meissner
Maya Meissner : sur les traces du tueur de The Cedar Lodge
Comment raconter un traumatisme que l’on n’a pas consciemment vécu, mais qui a marqué toute une famille ? À travers son livre The...
31 janvier 2026   •  
Écrit par Cassandre Thomas
Les images de la semaine du 19 janvier 2026 : réparer
Multivers, de la série Deuil blanc © Flore Prébay
Les images de la semaine du 19 janvier 2026 : réparer
C’est l’heure du récap ! Cette semaine, la photographie se fait remède au chagrin ou à un passé douloureux. Elle crée des ponts, engage...
25 janvier 2026   •  
Écrit par Ana Corderot
Nos derniers articles
Voir tous les articles
American Images à la MEP : Dana Lixenberg et l’attention portée à l’autre 
Dana Lixenberg, Kamaal “Q-Tip” Fareed, Ali Shaheed Muhammad and Malik “Phife” Taylor (A Tribe Called Quest), 1997 © Dana Lixenberg, courtesy of the artist and Grimm Amsterdam | London | New York
American Images à la MEP : Dana Lixenberg et l’attention portée à l’autre 
Jusqu’au 24 mai 2026, Dana Lixenberg dévoile des fragments de vie américaine à la Maison européenne de la photographie. Intitulée...
Il y a 9 heures   •  
Écrit par Apolline Coëffet
Festival du court métrage de Clermont-Ferrand : nos coups de cœur
© Donna Gottschalk et Hélène Giannecchini / I want my people to be remembered
Festival du court métrage de Clermont-Ferrand : nos coups de cœur
Grand rendez-vous du film en France, le festival international du court métrage de Clermont-Ferrand célébrait sa 48e édition du 30...
10 février 2026   •  
Écrit par Ana Corderot
Sélection Instagram #545 : l’amour tout simplement
© Camila Gattamelati / Instagram
Sélection Instagram #545 : l’amour tout simplement
Cette semaine, les cœurs battent un peu plus vite dans notre sélection Instagram. Nos photographes explorent l’amour sous toutes ses...
10 février 2026   •  
Calendrier Toiletpaper 2026 : l’année où les chats prennent enfin le pouvoir
© Walter Chandoha - Toiletpaper
Calendrier Toiletpaper 2026 : l’année où les chats prennent enfin le pouvoir
En 2026, les chats ne se contentent plus d’envahir nos écrans. Avec les images de Walter Chandoha revisitées par Toiletpaper, contempler...
09 février 2026   •  
Écrit par Cassandre Thomas