Les coups de cœur #436

10 avril 2023   •  
Écrit par Ana Corderot
Les coups de cœur #436

Street-photography et paysages romanesques, chez Jakub Jakobiszyn et Fabio Sozza, nos coups de cœur #436, le voyage dans l’instant présent est de mise. Pour l’un, c’est le loufoque qui prime, et pour l’autre, la beauté du naturel.

Jakub Jakobiszyn

« Ne pas juger, juste montrer », tel est le leitmotiv artistique de Jakub Jakobiszyn – Korbusje sur Instagram. Installé à Wroclaw, ville de toutes ses premières fois, le photographe s’est initié à la photographie de manière autodidacte. D’abord en s’amusant avec des appareils photo jetables et analogues, et plus tard en utilisant compulsivement son smartphone. Fan invétéré des situations loufoques et hasardeuses, Jakub Jakobiszyn découvre à chaque coin de rue, chaque vitrine ou publicité, des scènes qui parlent d’elles-mêmes. « Je photographie tous les objets qui me semblaient étranges, inhabituels, abstraits ou géométriquement intéressants. Je ressens un désir dynamique d’immortaliser des choses qui n’apparaissent qu’un instant, comme si la nature massive et la diffusion de la photographie devenaient un défi pour montrer des choses opposées – rares, uniques ou communes, mais dévoilées d’une manière spécifique. Je tente de montrer l’unicité de certaines choses afin de susciter la réflexion », avoue-t-il. Dans sa série Windbreakers (coupe-vent, ndlr), éditée en un ouvrage de 122 pages, il s’est intéressé aux installations des vacanciers sur le littoral polonais. D’un regard madré et amusé, il y dévoile toute l’absurdité de ces bivouacs criards, se focalisant sur la façon dont ils modifient – en bien ou en mal – le paysage et l’environnement. Un panorama pictural d’un bord de plage débordant de parasols, crème solaire et coup de soleil. « Je travaille tout le temps avec la couleur, car c’est elle qui m’affecte et rend le monde qui m’entoure multidimensionnel. La photographie en couleurs s’apparente à la peinture :  la sélection, la prudence dans la coloration du monde. C’est aussi grâce à la couleur que j’ai pu aborder ce sujet controversé en Pologne. Dans mon livre, j’ai essayé d’habiller le regard porté sur ces stations balnéaires, d’une manière objective et esthétique, et ce, toujours sans jugements », conclut-il.

© Jakub Jakobizsyn / Korbusje© Jakub Jakobizsyn / Korbusje
© Jakub Jakobizsyn / Korbusje© Jakub Jakobizsyn / Korbusje
© Jakub Jakobizsyn / Korbusje© Jakub Jakobizsyn / Korbusje

© Jakub Jakobizsyn / Korbusje

Fabio Sozza

« Je crois que les voyages sont réellement beaux et qu’ils ressourcent l’âme. Je n’aurais pas pu raconter l’histoire des Philippines sans quitter ma maison. Mais il n’est pas nécessaire de voyager pour trouver de belles scènes. Je suis amoureux de la beauté du réel, du quotidien. Je peux la trouver en voyageant comme dans mon jardin. Ce qui compte, c’est la quête », déclare Fabio Sozza. Professeur d’anglais en Italie, il a fait de la photographie une échappatoire, une passion pour déchainer toutes les autres. D’une nature introvertie et d’une famille où le médium n’a jamais vraiment trouvé sa place, il s’est d’abord renseigné, a beaucoup lu, étudié et appris seul à manier un boîtier – argentique puis numérique. Afin de se confronter aux autres, d’apprendre de leur différence et savoir-faire, il a alors rejoint un club local, ainsi qu’une communauté de photographes en ligne. Un moment charnière de son apprentissage, car depuis, plus un seul jour n’est passé sans prendre d’images, sans créer des souvenirs esthétiques. Considérant les beaux livres comme « des maîtres silencieux », Fabio Sozza puise son inspiration entre les lignes et les témoignages des figures de proue du 8e art. Harry Gruyaert, Luigi Ghirri et ses paysages minimalistes, Fred Herzog et son « langage du Kodachrome », mais aussi Edward Hopper et son réalisme pictural… Pour l’artiste italien, chaque apport artistique est bon à prendre puisqu’il lui parle différemment d’un même monde. « J’ai compris que la couleur parlait un langage audacieux, et que les couches de signification d’une image pouvaient être nombreuses et potentiellement illimitées. Aujourd’hui, la couleur fait partie intégrante de mon dialecte photographique. Je l’embrasse, je lui donne du pouvoir, je la laisse dire les choses qu’elle veut dire comme elle veut les dire », conclut-il.

© Fabio Sozza© Fabio Sozza
© Fabio Sozza© Fabio Sozza
© Fabio Sozza© Fabio Sozza

© Fabio Sozza

Image d’ouverture : © Fabio Sozza

Explorez
Rebekka Deubner, lettres d'amour à terre
© Rebekka Deubner
Rebekka Deubner, lettres d’amour à terre
Exposé aux Rencontres d'Arles, à la Croisière, le projet La terre amoureuse de Rebekka Deubner nous parle avec une grande justesse de la...
09 juillet 2026   •  
Écrit par Ana Corderot
L’exposition, Au bord des mondes, pour les 5 ans de La Kabine 
© Lys Arango / La Kabine
L’exposition, Au bord des mondes, pour les 5 ans de La Kabine 
Au bord des mondes : Habiter les territoires, survivre aux fractures, du 27 juin au 20 septembre, une exposition qui invite à repenser...
08 juillet 2026   •  
Écrit par Annabelle GARBIGLIA
Bleu comme désert pour interroger notre regard sur un territoire
© Leïla Macaire
Bleu comme désert pour interroger notre regard sur un territoire
Bleu comme désert est un projet photographique réalisé par Leïla Macaire dans les dunes du désert du Tassili n’Ajjer, en Algérie, qui...
30 juin 2026   •  
Écrit par Esther Baudoin
Festival Mondes en commun 2026 ou les empreintes en repères
© Yasmina Benabderrahmane
Festival Mondes en commun 2026 ou les empreintes en repères
Pour la 3e édition du festival Mondes en commun du musée départemental Albert-Kahn, ce sont onze photographes qui déploient leurs œuvres...
30 mai 2026   •  
Écrit par Ana Corderot
Nos derniers articles
Voir tous les articles
Mallory Lowe Mpoka élue lauréate du prix de la photo Madame Figaro
© Mallory Lowe Mpoka, In the Weft of Memory [Dans la trame de la mémoire] (détail), Musée des Beaux-Arts du Canada, Ottawa, 2025, tissage jacquard et perles de verre Avec l’aimable autorisation de l’artiste.
Mallory Lowe Mpoka élue lauréate du prix de la photo Madame Figaro
Le prix de la photo Madame Figaro, dédié aux femmes photographes émergentes, soutenu par Kering, a récompensé ce jeudi 9 juillet, à...
Il y a 4 heures   •  
Écrit par Ana Corderot
Le prix Dior de la photographie attribué à Akari Takenobu...
Threshold © Akari Takenobu, pour Christian Dior Parfums
Le prix Dior de la photographie attribué à Akari Takenobu…
Initié en 2018 par Christian Dior Parfums, en partenariat avec LUMA Arles et l’École nationale supérieure de la photographie (ENSP) le...
Il y a 5 heures   •  
Écrit par Ana Corderot
Rebekka Deubner, lettres d'amour à terre
© Rebekka Deubner
Rebekka Deubner, lettres d’amour à terre
Exposé aux Rencontres d'Arles, à la Croisière, le projet La terre amoureuse de Rebekka Deubner nous parle avec une grande justesse de la...
09 juillet 2026   •  
Écrit par Ana Corderot
Émotions et mémoire brute à la Fisheye Gallery d’Arles
© Li Hui
Émotions et mémoire brute à la Fisheye Gallery d’Arles
Cet été, la Fisheye Gallery, rouvre ses portes à Arles, avec deux expositions sous le commissariat de Tess Druot. La première réunit...
09 juillet 2026   •  
Écrit par Deng Qiwen