Les coups de cœur #509 : Anthony Saroufim et Jude Vadée

09 septembre 2024   •  
Écrit par Milena III
Les coups de cœur #509 : Anthony Saroufim et Jude Vadée
© Anthony Saroufim
Une personne en long manteau noir est assise sur un cheval de carrousel en action.
© Anthony Saroufim

Nos coups de cœur de la semaine, Anthony Saroufim et Jude Vadée, fréquentent la vie nocturne underground. Si le premier explore les fêtes insoupçonnées qui se déploient au sein de la capitale libanaise, le second documente les espaces de sous-cultures queer et celleux qui y évoluent. 

Anthony Saroufim

Après un long passage à Paris, Anthony Saroufim, né en 1990, a décidé de revenir à son Liban natal, et en particulier, à ses nuits et aux âmes libres qui les traversent. Travail participatif au long cours, entamé en 2019, Les Indisciplinés raconte, sans jugement, la sauvagerie nocturne au cœur de Beyrouth, la liberté insouciante et la beauté sans compromis. « Il ne s’agit pas simplement de documenter, mais d’inviter le·a spectateurice à ressentir ces moments de libération et à plonger dedans », révèle-t-il. Cet auteur trouve dans les contradictions, les crises et les habitant·es de cette ville dont il est originaire tout ce qui peut le nourrir, artistiquement et spirituellement. Les moments de liesse sont capturés pour eux-mêmes, mais aussi parce qu’ils permettent l’expression des identités, peuvent être animés par l’idée de rébellion, de « résistance aux normes, aux attentes sociales, à la conformité », énumère le photographe. « Je ne cherche pas à glorifier la “joie de vivre” libanaise, ni à romancer la résilience en période de crise. Il s’agit plutôt de la peur – celle de ne jamais vraiment vivre à nouveau », confie-t-il. En quête d’intensité et d’expériences immersives, l’artiste explore une pratique authentique et spontanée, en communion avec les subjectivités documentées.

Photo en noir et blanc, une femme porte une robe dos nu. Une main vient se poser sur l'une de ses hanches.
© Anthony Saroufim
Deux femmes de dos montrent leurs fesses à la caméra.
© Anthony Saroufim
Photo en noir et blanc, plan rapproché sur un buste féminin, avec de nombreux colliers autour du cou. La personne photographiée prend ses seins entre ses mains.
© Anthony Saroufim
Une femme quasi nue, en culotte, est face à l'objectif. Deux mains appartenant à une personne derrière elle prennent ses seins entre ses mains gantées.
© Anthony Saroufim
Une personne de dos dont la robe est soulevée, si bien que l'on voit l'entièreté de ses jambes et de ses fesses.
© Anthony Saroufim
© Jude Vadée

Jude Vadée

Performeur·ses, artistes drag, musicien·nes, stylistes, Jude Vadée raconte ses rencontres fécondes et salvatrices. « J’ai envie que mon travail soit une contribution à la création d’une archive queer, capable de créer un sentiment d’appartenance pour les personnes à la marge, et permettant d’être en contrôle de notre histoire », confie-t-il. Cet artiste visuel trans, passé par l’école des Gobelins, vit à Berlin depuis la fin de ses études. Hors de la binarité et loin de la normativité, il existe en nous des manières d’être belles et monstrueuses, sublimes et vivantes, qu’il s’agit à présent d’affirmer haut et fort. C’est ce à quoi s’engage Jude Vadée, qui s’intéresse au 8e art en tant qu’outil de savoir et révélateur de vérité au 20e siècle, à travers la photo médicale, légale et juridique. « L’image a contribué à fabriquer des normes corporelles, à décider de ce qui était un corps normal et un corps déviant, affirme-t-il. Un corps contre-nature, mutant, monstrueux. » Qu’elles soient trans, intersexes, handicapées, racisées et/ou neuro-diverses, un grand nombre de personnes étaient représentées avec déshumanisation et diabolisation. Apparue dans la continuité de sa pratique du dessin, la photo représente aujourd’hui pour lui « un intermédiaire entre lui et le monde, qui (lui) permet de faire communauté avec les autres », déclare-t-il. Explorer ces esthétiques de l’a-normalité, c’est ainsi répondre à « cent années de censure, d’indifférence et de répression », explique-t-il, et de se réapproprier cette pratique en tant que forme inédite d’activisme.

© Jude Vadée
© Jude Vadée
© Jude Vadée
© Jude Vadée
© Jude Vadée
À lire aussi
Ces séries de photographies qui célèbrent les corps queers
© Léa Colombo
Ces séries de photographies qui célèbrent les corps queers
En ce mois des fiertés, Fisheye fait la part belle à la communauté LGBTQIA+. À cet effet, nous avons sélectionné une série de…
01 juin 2024   •  
Écrit par Fisheye Magazine
« C’est Beyrouth » : portrait d’une ville tumultueuse
« C’est Beyrouth » : portrait d’une ville tumultueuse
Dans le cadre de l’exposition C’est Beyrouth, l’Institut des cultures d’islam a réuni seize photographes et vidéastes représentant le…
24 mai 2019   •  
Écrit par Lou Tsatsas
Explorez
Flore Prebay : Ce qui s'efface, ce qui demeure
© Flore Prebay
Flore Prebay : Ce qui s’efface, ce qui demeure
Avec Deuil Blanc, Flore Prébay réalise une réponse plastique et poétique à la disparition progressive de sa mère, atteinte de la maladie...
22 janvier 2026   •  
Écrit par Anaïs Viand
Oleñka Carrasco et La Chica remportent le prix Swiss Life à 4 mains 2026
© Marie Docher
Oleñka Carrasco et La Chica remportent le prix Swiss Life à 4 mains 2026
Ce lundi 19 janvier, le jury du prix Swiss Life à 4 mains, qui associe photographie et musique, s’est réuni pour élire le duo lauréat de...
21 janvier 2026   •  
Écrit par Apolline Coëffet
Les coups de cœur #573 : Ninon Boissaye et Guillaume Millet
00/00/0000 - 00:00, de la série (Ni) Non © Ninon Boissaye
Les coups de cœur #573 : Ninon Boissaye et Guillaume Millet
Ninon Boissaye et Guillaume Millet, nos coups de cœur de la semaine, s’intéressent à des sujets engagés et à des moments de flottement....
19 janvier 2026   •  
Écrit par Marie Baranger
Jo Ratcliffe et Martin Parr : quand paysages et société se reflètent
© Martin Parr
Jo Ratcliffe et Martin Parr : quand paysages et société se reflètent
Au Jeu de Paume, du 30 janvier au 24 mai 2026, deux expositions majeures de photographie interrogent la manière dont l’image rend compte...
17 janvier 2026   •  
Écrit par Costanza Spina
Nos derniers articles
Voir tous les articles
La sélection Instagram #543 : tous·tes en scène
© Lara Chochon / Instagram
La sélection Instagram #543 : tous·tes en scène
Cette semaine, les artistes de notre sélection Instagram s’inspirent de l’aspect cinégénique du quotidien pour créer leurs images. Tour à...
Il y a 1 heure   •  
Écrit par Ana Corderot
Les coups de cœur #574 : Eliot Manoncourt et Juan
© Eliot Manoncourt
Les coups de cœur #574 : Eliot Manoncourt et Juan
Eliot Manoncourt et Juan, nos coups de cœur de la semaine, ont une approche personnelle de la photographie. Le premier transforme la...
26 janvier 2026   •  
Écrit par Apolline Coëffet
Les images de la semaine du 19 janvier 2026 : réparer
Multivers, de la série Deuil blanc © Flore Prébay
Les images de la semaine du 19 janvier 2026 : réparer
C’est l’heure du récap ! Cette semaine, la photographie se fait remède au chagrin ou à un passé douloureux. Il crée des ponts, engage...
25 janvier 2026   •  
Écrit par Ana Corderot
Flore Prebay : Ce qui s'efface, ce qui demeure
© Flore Prebay
Flore Prebay : Ce qui s’efface, ce qui demeure
Avec Deuil Blanc, Flore Prébay réalise une réponse plastique et poétique à la disparition progressive de sa mère, atteinte de la maladie...
22 janvier 2026   •  
Écrit par Anaïs Viand