Sophie Calle, fierté queer et Martinique, dans la photothèque d’Adeline Rapon

28 mars 2024   •  
Écrit par Milena III
Sophie Calle, fierté queer et Martinique, dans la photothèque d'Adeline Rapon
© Adeline Rapon, Lien·s, « Sterelle IV », 2023
Si tu devais ne choisir qu’une seule de tes images, laquelle serait-ce ?
© Adeline Rapon, « Audrey », 2020

Des premiers émois photographiques aux coups de cœur les plus récents, les auteurices publié·es sur les pages de Fisheye reviennent sur les œuvres et les sujets qui les inspirent particulièrement. Aujourd’hui, c’est Adeline Rapon qui nous prend par la main et nous guide à travers les multiples allées de sa création – du documentaire à une photographie plus onirique en passant par l’autoportrait.

Si tu devais ne choisir qu’une seule de tes images, laquelle serait-ce ?

J’hésite fortement entre le portrait d’Audrey, réalisé avec l’association Amazones Paris en 2020 et le Monument au conteur de 2022. Dans ces deux images, il y a tout ce pourquoi je suis photographe : le plaisir à la fois de créer du beau, mais aussi et surtout de raconter quelque chose qui me tient à cœur.

La première photographie qui t’a marquée et pourquoi ?

Je n’ai pas le souvenir précis de la première qui m’ait particulièrement marquée, cependant mes parents prenaient énormément de photos familiales et plusieurs m’émeuvent particulièrement. C’est une leçon constante, que je continuerai à apprendre toute ma vie : une photographie marquante dépend énormément de ce qu’il s’y passe, et il faut parfois laisser faire le hasard et porter d’abord son attention sur l’émotion.

Un shooting rêvé ?

Il y a tellement de choses que je rêve de faire… Là tout de suite, peut-être réaliser une séance photo avec de nombreuses personnes queer et martiniquaises qui passent un moment doux, sur une plage ou à la rivière.

La première photographie qui t’a marquée et pourquoi ?
© Adeline Rapon, « Cristina », 2022
Un shooting rêvé ?
© Adeline Rapon, Fanm Fô, « Matisse “la Martiniquaise” », 2020
Un ou une artiste que tu admires par-dessus tout ?
© Adeline Rapon, « Raphaëlle Red et Baldwin », 2023

Un ou une artiste que tu admires par-dessus tout ?

J’essaie de ne pas idéaliser les artistes. Longtemps, j’ai été une fan inconditionnelle de Man Ray, mais en en apprenant davantage sur sa vie, sa démarche et ses relations vis-à-vis des femmes et personnes racisées, je ne peux plus voir son œuvre en peinture ! Aujourd’hui, je cite régulièrement Joshua Kissi pour ses couleurs, Kate Barry pour sa sensibilité, Omar Victor Diop pour sa faculté à raconter des histoires, Ana Mendieta pour sa liberté, ou Cindy Sherman pour le refus du sérieux.

Une émotion à illustrer ?

La plupart des gens qualifient à la fois mon travail et mon tempérament par le mot « douceur », et c’est par celle-ci que j’aime laisser s’exprimer les choses – la fierté, l’amour, mais aussi parfois la tristesse.

Un genre photographique, et celui ou celle qui le porte selon toi ?

Je m’intéresse de plus en plus à la photographie documentaire, à celle qui ne cherche pas nécessairement la beauté à tout prix pour raconter quelque chose. C’est en découvrant l’œuvre de Lee Miller et tout particulièrement ses reportages lors de la fin de la Seconde Guerre mondiale que j’ai compris l’importance de la diversification des regards. Aujourd’hui, c’est Motaz Azaiza et son travail à Gaza qui me semble avoir été extrêmement impactant dans le monde, d’autant plus qu’il s’agit là d’une auto-documentation, abolissant au passage le mythe du « héros » reporter.

Une émotion à illustrer ?
© Adeline Rapon, « Mariana et Stessy », 2023
Un genre photographique, et celui ou celle qui le porte selon toi ?
© Adeline Rapon, Vie et mort, « Monument au conteur (Alin Légarès) », 2022
Un territoire, imaginaire ou réel, à capturer ?
© Adeline Rapon, Saint-Pierre, « Pêcheur nocturne », 2023

Un territoire, imaginaire ou réel, à capturer ?

Bien que je ne souhaite pas la « capturer », c’est la Martinique que j’ai envie de documenter, d’archiver, de questionner. J’ai déjà commencé cela il y a plus d’un an, et je suis de retour afin d’avoir le temps de poser mes questions… et d’écouter pleinement les réponses.

Une thématique que tu aimes particulièrement aborder et voir aborder ?

J’aime montrer et voir ce qui est mis de côté, les choses cachées, ce qu’il y a derrière les portes. Les récits des marges. Par exemple, le travail de Marvin Bonheur qui va à la rencontre de celleux qui ont, comme lui, grandi dans les cités. Ou celui de Cédrine Scheidig, qui est partie photographier les jeunes motards de Fort-de-France (capitale de la Martinique, ndlr). Mon travail sur la série Lien·s, c’était aussi ceci : recueillir des histoires de la communauté queer de Martinique pour constituer une archive de son imaginaire.

Un événement photographique que tu n’oublieras jamais ?

J’en ai vécu plusieurs depuis plus d’un an. Ma série Lien·s m’a bouleversée ; photographier celle que j’aime et en faire mes plus belles images pour les perdre à jamais quelques jours plus tard ; le conteur sur l’ancienne statue qui se fait alpaguer par un passant (série Vie et mort, « Monument au conteur (Alin Légarès) », ndlr) ; l’artiste qui a fait preuve d’une bienveillance soulageante alors que je doutais de mes capacités… J’ai hâte d’accumuler d’autres de ces moments !

Une œuvre d’art qui t’inspire particulièrement ?

Je n’arrive jamais à me limiter à une seule inspiration, généralement parce que j’ai tendance à oublier les noms ou les références lorsque l’on me les demande. La plupart vivent cependant dans mon imaginaire et réapparaissent lorsque j’en ai besoin. Dernièrement, c’est la rétrospective de Sophie Calle au musée Picasso qui m’a inspirée. Faire de l’intime un récit direct, mais aussi cette façon particulière d’associer les mots, les pensées, les blagues, chercher les points de vue des autres, forcer la·e spectateur·rice à lire et à se mettre dans les chaussures de l’autre…

Une thématique que tu aimes particulièrement aborder et voir aborder ?© Adeline Rapon, « Morgan Noam », 2022
Un événement photographique que tu n’oublieras jamais ? © Adeline Rapon, Lien·s, « Sterelle IV », 2023
Une œuvre d’art qui t’inspire particulièrement ? © Adeline Rapon, « ur traxx », 2022
À lire aussi
Adeline Rapon : à notre vie, à notre mort, à nos aïeux
© Adeline Rapon
Adeline Rapon : à notre vie, à notre mort, à nos aïeux
Artiste et influenceuse, pourtant bien loin de se limiter à des posts promotionnels, Adeline Rapon milite pour le décolonialisme, le…
03 novembre 2023   •  
Écrit par Milena III
« Fanm Fô » : l'ode aux femmes antillaises par Adeline Rapon
« Fanm Fô » : l’ode aux femmes antillaises par Adeline Rapon
Invitée des Rencontres photographiques du Xe, l’artiste et influenceuse aux multiples casquettes Adeline Rapon présente Fanm Fô – femmes…
20 novembre 2021   •  
Écrit par Ana Corderot
Explorez
Écran, écran, dis-moi ce que pensent les photographes...
© Jonathan Chandi
Écran, écran, dis-moi ce que pensent les photographes…
Indissociables de notre quotidien, les écrans et les réseaux sociaux ont radicalement transformé notre rapport à l'image. Entre la...
09 avril 2026   •  
Écrit par Marie Baranger
Mundane : la dramaturgie d’une violence sociale
© Salma Abedin Prithi
Mundane : la dramaturgie d’une violence sociale
Dans Mundane, série théâtrale aux contrastes maîtrisés, Salma Abedin Prithi met en scène la violence et ses dynamiques sociales dans son...
04 avril 2026   •  
Écrit par Lou Tsatsas
Pour Toujours : le regard subversif de Birgit Jürgenssen
© Birgit Jürgenssen
Pour Toujours : le regard subversif de Birgit Jürgenssen
Fortes de 130 ans d'engagement auprès des artistes, les Galeries Lafayette s'associent aux quinze ans du Centre Pompidou-Metz. Le projet...
30 mars 2026   •  
Tassiana Aït-Tahar : "Uber et l'argent du beurre"
© Tassiana Aït-Tahar
Tassiana Aït-Tahar : « Uber et l’argent du beurre »
Le 27 mars 2026, l’artiste et photographe Tassiana Aït-Tahar publie Uber Life aux éditions Fisheye, un ouvrage immersif retraçant ses...
26 mars 2026   •  
Nos derniers articles
Voir tous les articles
Art Paris 2026, le printemps de l’art
© Sarfo Emmanuel Annor / The Bridge Gallery
Art Paris 2026, le printemps de l’art
Le très attendu rendez-vous de l’art contemporain a donné son coup d’envoi jeudi soir. Jusqu’à dimanche, 165 galeries présentent, sous la...
Il y a 10 heures   •  
Écrit par Jordane de Faÿ
Voici nos coups de cœur du salon unRepresented by a ppr oc he 2026
© Auriane Kolodziej
Voici nos coups de cœur du salon unRepresented by a ppr oc he 2026
La 4e édition d’unRepresented by a ppr oc he se tient à l'espace Molière jusqu'au 12 avril 2026. Comme à l’accoutumée, le salon fait la...
10 avril 2026   •  
Lore Van Houte : le cyanotype comme journal intime et refuge poétique
© Lore Van Houte
Lore Van Houte : le cyanotype comme journal intime et refuge poétique
Étudiante en sciences culturelles et artiste visuelle, Lore Van Houte capture la poésie de son environnement à travers le prisme bleuté...
10 avril 2026   •  
Écran, écran, dis-moi ce que pensent les photographes...
© Jonathan Chandi
Écran, écran, dis-moi ce que pensent les photographes…
Indissociables de notre quotidien, les écrans et les réseaux sociaux ont radicalement transformé notre rapport à l'image. Entre la...
09 avril 2026   •  
Écrit par Marie Baranger