Les coups de cœur #517 : Valentina Luraghi et Adeline Praud

04 novembre 2024   •  
Écrit par Apolline Coëffet
Les coups de cœur #517 : Valentina Luraghi et Adeline Praud
© Valentina Luraghi
Photographie de Valentina Luraghi montrant l'œil d'une personne anémiée
© Valentina Luraghi

Valentina Luraghi et Adeline Praud, nos coups de cœur de la semaine, abordent des sujets en lien avec la santé, qu’elle soit physique ou mentale. La première témoigne des conséquences de l’anémie tandis que la seconde s’intéresse aux représentations et aux enjeux actuels de la psychiatrie

Valentina Luraghi

« La photographie n’est pas arrivée à un moment donné : elle a toujours été là. […] Il s’agit donc d’une mémoire innée, et je pense de n’avoir jamais connu une version de moi-même sans un appareil à la main ou en face de moi », explique Valentina Luraghi. Immortalisant ce qui compose son quotidien, l’artiste italienne a tout naturellement tenu à documenter son anémie, qui titre l’une de ses séries. « J’ai toujours remarqué que trop de femmes, en particulier les jeunes, sont anémiques et que l’accès à un traitement est un long chemin de négligence médicale et de manque d’égard quant à la douleur psychophysique de cette maladie, déplore-t-elle. Certaines n’ont même pas conscience des divers effets sur leur santé, et la recommandation de “manger plus de viande” a raison d’elles. Mais que se passe-t-il lorsque la perte de cheveux, les douleurs musculaires, la pâleur du visage, les frissons, la mauvaise oxygénation et un cycle menstruel qui oblige à rester au lit cessent d’être des symptômes que l’on peut considérer comme “normaux” ? » Au fil des images se déploie ainsi la vie des personnes atteintes par ce trouble. Les traitements, les transfusions, les signes de fragilité qui marquent la peau se dévoilent dans une approche intime et directe. Toujours en cours, le projet se nourrit des expériences de celles et ceux qui souhaitent y prendre part. « Partager des parties de soi, c’est enrichir l’autre, et avec Anemia, c’est comme si une grande chaîne de témoignages, de prise de conscience et de solidarité mutuelle était en train de se construire », conclut-elle.

Photographie de Valentina Luraghi montrant une ecchymose
© Valentina Luraghi
Photographie de Valentina Luraghi montrant une coquille d'œuf cassée
© Valentina Luraghi
Photographie de Valentina Luraghi montrant du sang perlant sur une jambe
© Valentina Luraghi
Photographie de Valentina Luraghi montrant un médicament posé au creux d'une épaule
© Valentina Luraghi
Photographie d'Adeline Praud montrant un homme en costume assis
© Adeline Praud

Adeline Praud

Les différentes séries d’Adeline Praud gravitent autour de sujets en lien avec les trajectoires individuelles ou communautaires. « En cela, les enjeux liés à la santé mentale ou aux violences subies sont au cœur de ma recherche », précise-t-elle. Réalisé dans le cadre d’une résidence de création portée par la galerie Le Carré d’Art, Comme une branche de laquelle un oiseau s’est envolé s’inscrit dans ce sillage et prend racine dans un évènement survenu quelques années auparavant. « En 2019, je me suis retrouvée en grande détresse psychique. Grâce à mon capital culturel et au soutien de mes proches, j’ai pu rapidement accéder aux soins qui m’ont progressivement permis de guérir. Consciente de mes privilèges, j’ai souhaité m’intéresser aux parcours des individus qui croisent les chemins de la psychiatrie, mais aussi, plus largement, aux représentations de cette dernière », assure-t-elle. Pendant cinq mois, la photographe documentaire est allée à la rencontre de celles et ceux qui ont séjourné au centre hospitalier de Rennes. De longs échanges ont suivi, puis, au fur et à mesure, sont devenus plus légers. Les images ont alors pris le relais. « Construit à partir de l’expérience des patient·es et de leur désir commun de bousculer les imaginaires sur les troubles psychiatriques, ce travail invite au dialogue les personnes concernées et la société. À l’occasion de la dernière exposition, j’ai créé une nouvelle installation qui s’intitule “La chambre de Théo”. Celle-ci interroge plus précisément les liens entre corps, psychiatrie et queerness », indique-t-elle. Ainsi ce projet est-il voué à évoluer, tout comme les préjugés sur la santé mentale.

Photographie d'Adeline Praud montrant une personne dans une aire de jeu
© Adeline Praud
Photographie d'Adeline Praud montrant des scarifications
© Adeline Praud
Photographie d'Adeline Praud montrant une souche d'arbre
© Adeline Praud
Photographie d'Adeline Praud montrant deux personnes qui s'enlacent
© Adeline Praud
© Adeline Praud
À lire aussi
Les coups de cœur #516 : Maru Kuleshova et Rebeca Balas
© Maru Kuleshova
Les coups de cœur #516 : Maru Kuleshova et Rebeca Balas
Dans nos coups de cœur de la semaine, Maru Kuleshova et Rebeca Balas examinent les profondeurs du corps humain. L’épiderme devient le…
28 octobre 2024   •  
Écrit par Marie Baranger
Les coups de cœur #515 : Valentine de Villemeur et Giulia Balletta
© Giulia Balletta
Les coups de cœur #515 : Valentine de Villemeur et Giulia Balletta
À travers leurs images, Valentine de Villemeur et Giulia Balletta, nos coups de cœur de la semaine, dépeignent deux univers aux…
21 octobre 2024   •  
Écrit par Apolline Coëffet
Explorez
5 coups de cœur qui explorent le corps et sa mémoire
Cœur de lune © Bérangère Portella
5 coups de cœur qui explorent le corps et sa mémoire
Tous les lundis, nous vous dévoilons deux photographes qui ont retenu notre attention à travers cette rubrique coups de cœur. Cette...
15 juin 2026   •  
Écrit par Ana Corderot
Mesnographies 2026 : nos vies de luttes
© Virginia Morini
Mesnographies 2026 : nos vies de luttes
Jusqu’à début septembre, le festival Mesnographies dévoile un parcours photographique au cœur des problématiques actuelles : dérèglement...
10 juin 2026   •  
Eboro de Nuits Balnéaires, un retour poétique aux ancêtres
Adama et Awa 3, Eboro, 2026 © Nuits Balnéaires
Eboro de Nuits Balnéaires, un retour poétique aux ancêtres
En descendant les marches qui mènent au sous-sol de la Fondation Henri-Cartier Bresson, l'on découvre Eboro. Cette série de photographies...
05 juin 2026   •  
Écrit par Esther Baudoin
Les coups de cœur #584 : Daria Nazarova et WTNS
© Daria Nazarova
Les coups de cœur #584 : Daria Nazarova et WTNS
WNTS et Daria Nazarova, nos coups de cœur de la semaine, traitent de la représentation des corps et du mouvement. Toutes deux inspirées...
01 juin 2026   •  
Écrit par Esther Baudoin
Nos derniers articles
Voir tous les articles
Watching TV : Olivier Culmann et l'histoire des regards perdus
Watching TV © Olivier Culmann
Watching TV : Olivier Culmann et l’histoire des regards perdus
Dans Watching TV, Olivier Culmann montre différents regards, ceux hypnotisés, et l’histoire qui émerge à travers les téléviseurs. 
19 juin 2026   •  
Écrit par Annabelle GARBIGLIA
5 coups de cœur qui explorent le corps et sa mémoire
Cœur de lune © Bérangère Portella
5 coups de cœur qui explorent le corps et sa mémoire
Tous les lundis, nous vous dévoilons deux photographes qui ont retenu notre attention à travers cette rubrique coups de cœur. Cette...
15 juin 2026   •  
Écrit par Ana Corderot
Les images de la semaine du 8 juin 2026 : quand l’image remplace les mots
© Clara Watt
Les images de la semaine du 8 juin 2026 : quand l’image remplace les mots
C’est l’heure du récap ! Cette semaine, les images éveillent des réflexions profondes là où les mots font parfois défaut. En se...
14 juin 2026   •  
Écrit par Esther Baudoin
Anna Leonte Loron réinvente les représentations des femmes à table
© Anna Leonte Loron
Anna Leonte Loron réinvente les représentations des femmes à table
Avec Les Femmes ont faim, la photographe Anna Leonte Loron explore les liens entre plaisir, alimentation et représentations féminines....
13 juin 2026   •  
Écrit par Costanza Spina