Les fantômes de Facebook

02 novembre 2017   •  
Écrit par Anaïs Viand
Les fantômes de Facebook

« J’y vais » ? « Peut-être » ? Facebook détermine aujourd’hui en grande partie votre agenda. Depuis 2016, le photographe américain Eric Pickersgill s’intéresse aux faux événements sur la Toile et nous propose, avec sa nouvelle série No Show, une analyse des pratiques sur les réseaux sociaux. Ce projet multidimensionnel est exposé lors de la seconde édition du Mérignac Photographic Festival. Cet article fait partie de notre dernier numéro.

Souvenons-nous un instant du projet Removed, et plus précisément de la photo d’un couple installé dans son lit, chacun devant un smartphone qui a été effacé de l’image. Ce cliché d’Eric Pickersgill a fait le tour de la Toile, et l’auteur aborde aujourd’hui, avec sa série NoShow, l’omniprésence de la technologie dans nos vies quotidiennes. En mai 2016, le photographe américain remarque que certains de ses amis indiquent participer à un événement Facebook. La page en question, intitulée « Fred Durst LIVE at Rose’s Department Store », annonçait la venue du groupe Limp Bizkit dans la commune de Morganton, en Caroline du Nord. « Un événement qui ne semblait pas réel », nous confie-t-il. Intrigué par le nombre de « J’y vais » et la couverture de la manifestation par la presse locale, il se rend lui aussi au supermarché discount. Là-bas, il photographie les participants esseulés du concert qui n’aura pas lieu. Il rencontre aussi l’homme qui a créé la page. À ce sujet, Eric nous révèle que « pendant tout le rendez-vous, il a tenu son personnage, il a maintenu son histoire : il savait que quelque chose allait se passer, mais il ne pouvait révéler sa source. En discutant avec lui, j’ai compris qu’il s’était amusé en organisant cet événement, en inventant un mystère dans sa ville. »

© Eric Pickersgill

Des écrans à la vraie vie

Le terrain de jeux d’Eric Pickersgill est double. D’abord, il a opéré sur Facebook en traquant les supercheries virtuelles. Car « Facebook est le réseau social le plus couramment utilisé. Il est aussi, peut-être, celui qui manipule le plus, car il mélange le commercial et le personnel. Il brouille la ligne entre les deux. C’est aussi le seul média où se répandent autant de faux événements », explique-t-il. Et puis, il s’est éloigné des écrans et s’est aventuré sur le terrain, dans la vraie vie. Les mois qui ont suivi le « Fred Durst LIVE at Rose’s Department Store », il a arpenté les États-Unis, d’Atlanta à Chicago, et a assisté à une quinzaine de fakes annonçant des concerts : « J’ai passé environ huit mois à assister à autant de rassemblements que mon agenda le permettait », précise-t-il. La musique était tendance pour les trolls : il suffisait de « choisir un groupe de la fin des années 1990, du début des années 2000, et dire que celui-ci allait jouer dans un centre commercial local », détaille le photographe. C’est d’abord par curiosité qu’il a renouvelé l’expérience, il lui fallait savoir pourquoi les participants étaient venus, et s’ils étaient dupes. Au-delà du désir de documenter ce phénomène, il souhaitait montrer « comment le public reçoit les informations », et les impacts de Facebook sur la réalité. S’il dénonçait avec Removed l’omniprésence des smartphones, il signe aujourd’hui avec NoShow une nouvelle étape de sa démonstration. Car Facebook a le mérite de rassembler des internautes – virtuellement et physiquement –, mais il modifie aussi l’opinion et influe sur les actions des individus. Ces supercheries affectent la confiance et le jugement critique de chacun. Eric est aussi pessimiste sur l’avenir du réseau social, et pense que ce média continuera à diviser les personnes, car il expose « les utilisateurs à un contenu qui n’appelle ou ne soutient pas leur opinion ou leur vision du monde. Je ne peux imaginer un algorithme qui empêcherait la création et la diffusion de fausses informations, puisque l’opinion laisse la porte ouverte à l’imprécision », ajoute-t-il.

À Mérignac, le public pourra découvrir une exposition pluridisciplinaire. Afin de rendre ces non-expériences plus réelles, le photographe a choisi une scénographie immersive. Ses images seront associées à des installations vidéo et audio. Eric Pickersgill espère ainsi « rassembler de véritables personnes ».

No Show is a series of film photographs by Eric Pickersgill that document his travels attending fake Facebook events in the summer of 2016. He traveled the United States to attend fake events that were posted to the social media site Facebook as a hoax. He photographed the benal locations, the people who lived or worked in those spaces, individuals who showed up at the fake event who may or may not have believed in the post, as well as some of the people who created the events. The work is a look into the way internet culture has spilled over into reality, altering the way we see the world, where we go, and what we believe.
No Show is a series of film photographs by Eric Pickersgill that document his travels attending fake Facebook events in the summer of 2016. He traveled the United States to attend fake events that were posted to the social media site Facebook as a hoax. He photographed the benal locations, the people who lived or worked in those spaces, individuals who showed up at the fake event who may or may not have believed in the post, as well as some of the people who created the events. The work is a look into the way internet culture has spilled over into reality, altering the way we see the world, where we go, and what we believe.
Artist and Photographer

 

© Eric Pickersgill

© Eric Pickersgill

L’intégralité de cet article est à retrouver dans Fisheye #26, en kiosque depuis le 16 septembre et disponible sur Relay.com

Explorez
Écran, écran, dis-moi ce que pensent les photographes...
© Jonathan Chandi
Écran, écran, dis-moi ce que pensent les photographes…
Indissociables de notre quotidien, les écrans et les réseaux sociaux ont radicalement transformé notre rapport à l'image. Entre la...
Il y a 8 heures   •  
Écrit par Marie Baranger
Mundane : la dramaturgie d’une violence sociale
© Salma Abedin Prithi
Mundane : la dramaturgie d’une violence sociale
Dans Mundane, série théâtrale aux contrastes maîtrisés, Salma Abedin Prithi met en scène la violence et ses dynamiques sociales dans son...
04 avril 2026   •  
Écrit par Lou Tsatsas
Pour Toujours : le regard subversif de Birgit Jürgenssen
© Birgit Jürgenssen
Pour Toujours : le regard subversif de Birgit Jürgenssen
Fortes de 130 ans d'engagement auprès des artistes, les Galeries Lafayette s'associent aux quinze ans du Centre Pompidou-Metz. Le projet...
30 mars 2026   •  
Tassiana Aït-Tahar : "Uber et l'argent du beurre"
© Tassiana Aït-Tahar
Tassiana Aït-Tahar : « Uber et l’argent du beurre »
Le 27 mars 2026, l’artiste et photographe Tassiana Aït-Tahar publie Uber Life aux éditions Fisheye, un ouvrage immersif retraçant ses...
26 mars 2026   •  
Nos derniers articles
Voir tous les articles
Écran, écran, dis-moi ce que pensent les photographes...
© Jonathan Chandi
Écran, écran, dis-moi ce que pensent les photographes…
Indissociables de notre quotidien, les écrans et les réseaux sociaux ont radicalement transformé notre rapport à l'image. Entre la...
Il y a 8 heures   •  
Écrit par Marie Baranger
Les Rencontres d’Arles ont annoncé la programmation de leur édition 2026 !
© Carlos Idun-Tawiah, Many Reasons to Live Again [De nombreuses raisons de vivre à nouveau], 2022. Avec l’aimable autorisation de l’artiste et de la Galería Alta.
Les Rencontres d’Arles ont annoncé la programmation de leur édition 2026 !
La programmation de la 57e édition des Rencontres d’Arles, qui se tiendra du 6 juillet au 4 octobre 2026, a été dévoilée. Les expositions...
08 avril 2026   •  
Écrit par Apolline Coëffet
mini EPIC : des petits livres qui disent grand
© Cedric Roux
mini EPIC : des petits livres qui disent grand
Pensés comme une « petite bibliothèque de voyages » , les livres mini EPIC déploient la série d’un·e artiste sur 48 pages. De petits...
08 avril 2026   •  
Écrit par Ana Corderot
La sélection Instagram #552 : chasse aux oeufs et lapin blanc
© tipsa_fse / Instagram
La sélection Instagram #552 : chasse aux oeufs et lapin blanc
Le matin de Pâques, sur l’herbe encore mouillée par la rosée, un lapin blanc se presse. Il dissimule délicatement des œufs, tantôt au...
07 avril 2026   •  
Écrit par Esther Baudoin