Like father, like son : façonner son identité

03 octobre 2023   •  
Écrit par Ana Corderot
Like father, like son : façonner son identité
© Anna Aicher

Pour son projet en cours, Like Father, like son, Anna Aicher est allée à la rencontre de divers clubs traditionnels, se penchant sur les plus jeunes générations qui les perpétuent. Un récit d’apprentissage où l’identité se construit dans une compétition perpétuelle. Une partie de cette série est exposée au WESTLICHT, musée de la photographie de Vienne.

© Anna Aicher

L’appartenance : s’il fallait choisir un concept clef pour illustrer la série d’Anna Aicher, ce serait certainement celui-ci. Une appartenance tant du point de vue de l’individu face au groupe, à la société et ses traditions, que du point de vue du lien filial. Née d’une coopération entre le musée de la région de Salzbourg et la galerie FOTOHOF en 2020 à l’occasion d’une découverte d’archives photographiques, regroupant plus de 11 400 photos historiques de la région traitant de la culture rurale, des modes de vie et du travail, Like father, like son se penche quant à elle, sur les jeunes générations qui perpétuent ces coutumes sportives, ou culturelles dans des clubs où la compétition entre les membres joue parfois un rôle primordial.« Dans ce travail, ma préoccupation première n’était pas de documenter le sport ou la tradition, mais plutôt d’utiliser ces lieux comme point de départ pour aborder mes propres interrogations. Faisant moi aussi partie d’une équipe de football pendant mon enfance, j’ai toujours trouvé qu’il était important de se retrouver dans un groupe où l’on s’engage également sur le plan social. Mais les clubs traditionnels ont toujours été un peu mystérieux pour moi, car j’essayais constamment de déterminer les limites de mon lien avec eux », déclare-t-elle. Une série toujours en cours qui s’inscrit véritablement dans la continuité de la démarche photographique ritualisée d’Anna Aicher.

Parcourant la campagne du sud de l’Allemagne, et celle de l’Autriche à la recherche de clubs et d’évènements traditionnels en tout genre, elle capte ce qui la captive. Les Perchten, ces processions étranges de jeunes gens déguisés en monstres, et créatures diaboliques au Tyrol, des clubs de musique, des clubs de tir et des évènements sportifs comme le Fingerhakeln (compris comme « accrochage des doigts »), un ancien sport de force alpin, pratiqué en Bavière et en Autriche. Après près de douze rencontres des plus atypiques, elle décide de se concentrer sur le Ranggeln, un art martial ancien originaire des Alpes salzbourgeoises. « On peut trouver des versions similaires du Ranggeln dans d’autres pays (le Gouren en France par exemple). On pourrait le comparer au judo ou à la lutte, mais avec des règles et des vêtements très stricts. C’est l’une des plus anciennes traditions de la campagne et, depuis 2010, les compétitions annuelles au Hundstein, une montagne de 2100 mètres d’altitude dans les Alpes salzbourgeoises, font partie du patrimoine mondial de l’UNESCO. Des documents prouvent que cette compétition existait déjà en 1518. Le vainqueur de chaque compétition reçoit le titre de Hagmoar, qui signifie quelque chose comme le maître de l’enclos. Il existe de nombreuses histoires et légendes sur ce sport, que je recueille et que j’associe à mes photographies », ajoute-t-elle.

© Anna Aicher
© Anna Aicher
© Anna Aicher

© Anna Aicher
© Anna Aicher

Trouver sa place

D’une enfance passée dans un petit village de cette même campagne allemande photographiée, l’artiste indépendante a apposé sur ses œuvres une marque sensible et subjective, un intérêt personnel et une ambition autobiographique. Avec ce projet singulier, elle démarre une recherche davantage sociologique, centrée sur la construction de l’identité, celle des autres, mais également de la sienne. « Ici je me penche particulièrement sur les enfants et sur les jeunes qui n’ont pas encore trouvé leur place. Mes photographies montrent la compétition comme une action symbolique et les portraits des protagonistes et des spectateurices comme une représentation de leur rôle social. En entrant dans des sociétés dominées par les hommes en tant que femme, je me suis confrontée aux stéréotypes, mais j’ai aussi regardé derrière eux, ce qui a ouvert de nouvelles questions sur les traditions et les rituels en général et sur leur importance dans notre société actuelle », explique-t-elle. S’immisçant dans leur quotidien, prenant part à leurs entraînements, leurs moments de pauses, de repos ou de liesse, elle prend le pouls de cette génération et rentre à son tour avec bienveillance dans leur univers.

En visionnant une dernière fois les images, il nous semblerait que ces jeunes protagonistes rejouent avec le passé dans un présent qui peut parfois les troubler. Pris dans un entre-deux, entre l’adolescence et l’âge adulte, à la recherche de leur singularité, ils jouent, rient, luttent, courent vers un avenir invisible, tentent de marquer leur propre corps, de s’égratigner, comme pour tromper la légèreté de leur jeune âge. Ils paraissent vouloir se dérober à l’enfance, grandir à une vitesse éclair, mais restent inlassablement attirés vers les chemins de traditions archaïques. Ou alors sont-ils juste présents pour célébrer ce qui a été, afin d’accueillir ce qui reste à venir. Ils grandissent et s’amusent à l’unisson.

© Anna Aicher

© Anna Aicher
© Anna Aicher

© Anna Aicher
© Anna Aicher
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