« Lilou », un livre pour un frère et pour l’autisme

02 avril 2023   •  
Écrit par Lou Tsatsas
« Lilou », un livre pour un frère et pour l'autisme
© Lucie Hodiesne Darras

À l’occasion de la journée mondiale de sensibilisation à l’autisme, découvrez l’ouvrage Lilou de Lucie Hodiesne Darras, publié aux Éditions Fisheye. Un livre touchant consacré à son frère autiste, qui reflète tout l’amour et la fierté qu’elle lui porte.

« À la maison, on documentait beaucoup nos souvenirs, les instants drôles passés ensemble… J’ai toujours pris des photos de mon frère, mais sans jamais vraiment avoir l’idée d’en faire un projet. En première année à Gobelins, on nous a proposé de créer une histoire en 36 poses. Instinctivement, j’ai eu envie de raconter l’histoire d’Antoine, de documenter sa journée… Et je n’ai pas su me montrer patiente : au bout d’une quinzaine d’images, j’ai développé. Incapable d’attendre, comme une enfant qui déballe ses cadeaux de Noël, j’ai découvert mes propres photos. C’était dans le RER, et je me suis mise à pleurer. J’étais très émue, je voyais l’amour que j’éprouvais pour mon frère, la manière dont il s’était inscrit sur le papier. Je me suis dit : on tient un truc, on va construire quelque chose de fort », se remémore Lucie Hodiesne Darras. Nous sommes fin 2017, lorsque la jeune photographe, encore étudiante, se lance dans la composition de Lilou. Cinq ans, et « entre 3 000 et 4 000 photos » plus tard, le tendre récit d’une collaboration fraternelle, d’une relation fusionnelle, prend forme sur les pages d’un ouvrage siglé Fisheye Éditions. Un projet au long cours, d’abord animé par l’amour que porte l’artiste à sa famille, mais aussi par une volonté : celle de parler de l’autisme, de lever les tabous qui entourent ce trouble et d’aider les lecteur·ices à mieux connaître ses symptômes. Car si aujourd’hui des voix d’expert·es s’élèvent pour éclairer la lanterne du grand public, quand Antoine naît, ce handicap demeure bien mystérieux. « Lorsqu’il a été diagnostiqué, les représentations étaient dichotomiques : on songeait au mythe de l’enfant sauvage, ou bien à celui du savant Asperger. On ignorait le spectre de l’autisme, rappelle Lucie Hodiesne Darras. Petit à petit, les informations nous sont arrivées, bien que toujours lacunaires. Des personnages de séries – comme Sheldon Cooper de Big Bang Theory, ou Sherlock Holmes, d’une certaine manière – ont apporté différentes clés de compréhension, et permis aux spectateur·ices de reconnaître la personne derrière le trouble. »

© Fisheye Éditions

 © Fisheye Éditions

La lettre d’amour d’une petite sœur à son frère

Dès les balbutiements du projet, Lilou se construit comme une collaboration, un dialogue entre l’artiste et sa muse. « S’il ne communique pas avec le langage, mon frère comprend tout ce qu’on lui dit. Je lui ai expliqué que je voulais que le grand public découvre son quotidien, sache qui il était vraiment. Je voulais le révéler comme une rockstar ! », s’amuse l’autrice. Conquis, Antoine se prête au jeu, se place, attend que sa sœur déclenche, se tourne vers elle en quête d’un signe, sourit pour l’encourager… Et l’aide parfois même à départager deux clichés. « C’est lui qui donne le tempo. Moi, je m’adapte à son timing », résume-t-elle simplement. Une entente intuitive, nourrie par la profonde confiance que ces deux-là partagent. Comme un flot incessant, les instants se succèdent, les portraits s’accumulent et forment une mosaïque complexe de l’homme derrière le trouble, fascinant dans son charisme et sa complexité. « Je n’entendais pas donner montrer les notions d’exclusion ou de santé qui vont de pair avec l’autisme, mais bien l’humain avant tout », précise la photographe. Une honnêteté troublante, qui émane des pages du livre et qui touche en plein cœur. L’objet lui-même renvoyant à la notion d’histoire et d’album de famille : écrin intime et sincère d’un père, d’une mère et de leurs enfants, qui interagissent en se laissant guider par leur seule affection. « Il y a beaucoup d’intuition et d’alchimie dans ce projet. Une connexion qui va bien au-delà des mots », affirme Lucie.

Lilou se lit donc comme la lettre d’amour d’une petite sœur, « louve protectrice » devenue « coéquipière », à son frère, comme une fable universelle inspirée de l’humain et de ses bizarreries, mais aussi comme le récit initiatique d’une créatrice parvenant à voler de ses propres ailes. Des esquisses timides, factuelles, documentent un ordinaire atypique au dialogue muet et intense de deux êtres. L’ouvrage déborde d’une poésie touchante, dont les envolées lyriques ne se lisent pas, mais se ressentent. Une œuvre thérapeutique dont on ne peut ressortir indemne. 

 

Cet article est à retrouver en intégralité dans le Fisheye #58

Lilou, Lucie Hodiesne Darras, Préface de Minh Tran Huy, Éd. Fisheye, 35 euros, 160 p.

© Fisheye Éditions

 

© Fisheye Éditions

 

© Fisheye Éditions

 

© Fisheye Éditions

 © Fisheye Éditions

Explorez
Prix Bayeux Calvados-Normandie : l'Afghanistan vu de l'intérieur par Elise Blanchard
© Elise Blanchard
Prix Bayeux Calvados-Normandie : l’Afghanistan vu de l’intérieur par Elise Blanchard
Jusqu'au 7 novembre 2026, Elise Blanchard présente Vu de l'intérieur, l'Afghanistan depuis le retour des Talibans, une immersion de sept...
06 novembre 2026   •  
Écrit par Annabelle GARBIGLIA
LaCinetek : quand Raymond Depardon plongeait au cœur du système judiciaire
Image issue de Faits divers de Raymond Depardon © Raymond Depardon
LaCinetek : quand Raymond Depardon plongeait au cœur du système judiciaire
Jusqu'au 5 décembre 2026, LaCinetek met à disposition, dans son abonnement, deux films documentaires de Raymond Depardon : Faits divers...
05 novembre 2026   •  
Écrit par Ana Corderot
FLASH : la photographie au cœur des périphéries
Noubia © Mohamed Bourouissa
FLASH : la photographie au cœur des périphéries
Jusqu’au 7 novembre, la commune de Fontenay-sous-Bois accueille la première édition de FLASH, festival social et citoyen qui dresse un...
06 octobre 2026   •  
Alain Paviot, pionnier du marché de la photographie en France, est décédé
© Philippe Vermès
Alain Paviot, pionnier du marché de la photographie en France, est décédé
Alain Paviot nous a quittés ce mardi 29 septembre. Pionnier du marché de l’art, il a créé l’une des premières galeries de photographies...
29 septembre 2026   •  
Écrit par Apolline Coëffet
Nos derniers articles
Voir tous les articles
Au Hangar, à Bruxelles, les photographes réinventent leur médium
© Fisheye
Au Hangar, à Bruxelles, les photographes réinventent leur médium
Jusqu’au 20 décembre 2026, le Hangar, à Bruxelles, présente Reinventing Photography. Vingt projets dans un lieu dédié à la photo : la...
Il y a 6 heures   •  
Écrit par Fabrice Laroche
Des premières séries aux foires, Fisheye #79 et le parcours des photographes
© Jonas Glanz
Des premières séries aux foires, Fisheye #79 et le parcours des photographes
Disponible à compter de ce samedi 7 novembre, Fisheye #79 retrace le parcours des photographes à travers son dossier. Les portfolios...
Il y a 11 heures   •  
Écrit par Apolline Coëffet
Les Vestiges indociles ou les souvenirs évanescents de Léonard Bourgois-Beaulieu
© Léonard Bourgois-Beaulieu
Les Vestiges indociles ou les souvenirs évanescents de Léonard Bourgois-Beaulieu
Jusqu’au 28 novembre 2026, au cœur du 3e arrondissement parisien, la galerie Alain Gutharc se fait l’écrin de fragments de mémoire voués...
06 novembre 2026   •  
Écrit par Apolline Coëffet
Prix Bayeux Calvados-Normandie : l'Afghanistan vu de l'intérieur par Elise Blanchard
© Elise Blanchard
Prix Bayeux Calvados-Normandie : l’Afghanistan vu de l’intérieur par Elise Blanchard
Jusqu'au 7 novembre 2026, Elise Blanchard présente Vu de l'intérieur, l'Afghanistan depuis le retour des Talibans, une immersion de sept...
06 novembre 2026   •  
Écrit par Annabelle GARBIGLIA