
Dans les collages et créations scannées de Mahaut Harley, l’érotisme féminin est retravaillé, collé et réinterprété pour évoquer une autre histoire, insuffler plus de douceur, d’humour, et surtout un peu d’amour.
Issue d’une grande fratrie, Mahaut Harley a grandi dans un entourage enveloppant. Saisis avec tendresse dans l’objectif argentique de sa maman, les souvenirs de cette enfance ont ensuite été conservés dans des boîtes ou albums photos. Les feuilletant, elle a vite été consciente de la force de ces archives visuelles, de la façon dont les émotions pouvaient sortir du cadre et se révéler à l’intérieur des cœurs, ailleurs, et ce, à travers les époques. « [Ma mère] capturait des moments de liberté, des instants simples de notre enfance, parfois mis en scène. J’étais fascinée par son regard, et je jouais le jeu malgré ma timidité. Avec le temps, ces quelques images sont devenues presque les seuls vestiges de cette époque, puisque le numérique n’existait pas encore », avoue-t-elle.
De ce premier rapport à l’image, Mahaut Harley commence à se photographier, et plus précisément à photographier son corps nu, sous « tous ses angles », comme pour mettre en exergue ses mutations. Une façon également pour elle de le comprendre, se comprendre, « de l’apprivoiser et de l’accepter, tel qu’il [était] ». Plus tard, en école d’art, son regard se déplace petit à petit sur le corps des autres et notamment à travers des images glanées dans des vestiges autres que ses propres « boîtes à souvenir ». Elle commence alors à réinterpréter et à se réapproprier l’existant et compose ainsi ses premiers collages, dont le pouvoir de transformer et de déplacer le sens s’en fait l’essence.



Coller, décaler, apprivoiser
Pour composer ses différentes séries, elle est allée piocher dans les images érotiques des magazines des années 1980. Sur des enveloppes usagées, où l’on peut lire « IMPORTANT », « TV LICENCING » ou encore « PRIVATE AND CONFIDENTIAL », sont apposées des courbes à moitié nues, vêtues de lingerie fine et des mains qui effleurent ou se donnent du plaisir. Du côté des diapositives l’on trouve quelques éléments de contexte qui importent peu, mais parfois des jeux de mots qui en disent long : « Il était une fois le bonbon… »
Insufflant de la légèreté et de la drôlerie dans ses collages, Mahaut Harley transforme l’intention et propose aux inconnu·es qui les recevraient de se questionner sur le « corps du mail ». Car défaits du male gaze d’origine qui les avaient capturés, les corps de ces images se transforment et se libèrent sur de nouveaux supports. Ils font fi des anciens contours qui les enfermaient jusqu’alors. L’érotisme s’affirme enfin par celles et seulement celles qui en sont à l’origine. « Je m’intéresse à ce qui se produit lorsque ces images sont perçues avec douceur plutôt que par simple consommation – lorsqu’on leur accorde de la tendresse, de l’ambiguïté, voire une forme de bienveillance. À l’instar d’une pièce vintage revisitée et réinventée, l’objectif n’est pas d’effacer le passé, mais de lui permettre d’être habité autrement. »






