Nolwenn Brod entre ambivalence et transformation

20 décembre 2023   •  
Écrit par Costanza Spina
Nolwenn Brod entre ambivalence et transformation
© Nolwenn Brod
© Nolwenn Brod
© Nolwenn Brod
© Nolwenn Brod
© Nolwenn Brod

Jusqu’au 27 janvier, au Carré d’Art à Chartres de Bretagne, est exposée Nolwenn Brod, photographe de l’agence VU’, dont les noirs et blancs saisissants happent le regard. Entre fragilité et force, elle rentre en symbiose avec ses sujets pour donner vie à une photographie qui place au cœur du processus créatif, la rencontre avec l’autre.

La galerie Le Carré d’Art à Chartres de Bretagne accueille Les Dahlias, exposition de la photographe Nolwenn Brod. Représentée par la galerie VU’ depuis 2014, celle-ci développe un travail basé sur les notions de rencontre, de rapport à l’autre, ce qu’elles produisent sur nous, comme dans une grande traversée. C’est une approche de l’image que l’on pourrait qualifier de phénoménologique. Nolwenn Brod « fouille » et creuse son sujet dans la durée, en essayant de saisir son âme profonde, qui se révèle par un usage du noir et blanc très intense. Elle révèle les êtres dont elle tire le portrait avec un mélange de force et de vulnérabilité, de fragilité et d’affirmation. Dans ses travaux, elle aborde la vie, la mort, la filiation, le désir, avec une sensibilité à la chair, en menant une réflexion esthétique sur le renouveau cyclique de la nature et toutes ses possibilités. Les inspirations littéraires sont omniprésentes dans la série Les Dahlias, comme le structuralisme de Witold Gombrowicz en Pologne pour Le Temps de l’immaturité ; en Creuse, sur les lignes de Gilles Deleuze, elle compose La Ritournelle ; Jean-Luc Nancy, Tanguy Viel ou Charles Sanders Peirce l’accompagnent pour Les Hautes solitudes à Brest.

Un travail minutieux d’observation d’un écosystème

La photographie de l’autrice est comme un cercle, un huis clos, dont elle explore les liens intimes qui s’y développent. Par son objectif, elle capte d’infimes détails qui traduisent une transformation, les états émotionnels, charnels, spirituels et leurs ambivalences. C’est un travail minutieux d’observation des micro-changements au sein d’un écosystème. Les tensions, les variations, les saisons, toutes ces étapes sont rendues palpables et concrètes. « L’homme, l’animal, le végétal et le minéral se confondent et se répondent, dans des compositions souvent oxymoriques : entre tradition et modernité, puissance et abandon, volupté et pudeur » écrit Caroline Bénichou, de la galerie VU’. « C’est bien toujours d’affinités qu’il s’agit, quand la photographe, avec délicatesse, se glisse dans le cercle (des êtres et des territoires), et que de boucles en circonvolutions, elle met au jour les paradoxes des jours ordinaires. » Dans Les Dahlias, la photographe arpente un petit centre habité en essayant de traduire en images la violence, la désolation, mais aussi une forme de volupté et d’espoir dans la transformation. « J’ai rencontré exclusivement des femmes dans cette ville qui pourrait s’apparenter à une ville périphérique. La plupart vivaient seules avec leurs enfants. Certaines d’entre elles avaient vécu la mort de leur compagnon ou la violence conjugale. Cette violence subie se traduira parfois dans les corps en tension, la torsion des arbres, l’entrelacement des brindilles gelées, le vent dans les feuillages, autant d’états émotionnels que de saisons passagères » écrit-elle. « J’ai recherché la rondeur de l’être, cette concentration de la vie en son centre jamais dispersée mais qui peut se déformer. A vouloir étreindre le réel ou l’effleurer au moyen de la photographie, l’ambiguïté des situations, l’ambivalence des sentiments, la tendresse et la volupté s’introduisaient progressivement dans et entre les êtres », raconte-t-elle.

L’exposition s’enrichit de la parution d’une monographie, publiée aux éditions Sur la Crête.

© Nolwenn Brod
© Nolwenn Brod
À lire aussi
Les devenirs de l'être humain selon Nolwenn Brod
Les devenirs de l’être humain selon Nolwenn Brod
À la galerie Confluence, à Nantes, Nolwenn Brod sublime corps, animaux et végétaux… Une analyse du rapport ambigu entre l’être…
31 mai 2019   •  
Écrit par Mélanie Baume
Intimité et intrigue à l’exposition collective de la Galerie Vu’
Intimité et intrigue à l’exposition collective de la Galerie Vu’
Jusqu’au 10 novembre, la Galerie Vu’ présente une exposition collective au sein de laquelle six artistes proposent leurs créations…
18 octobre 2022   •  
Écrit par Pablo Patarin
Explorez
La sélection Instagram #561 : frissons dans tout le corps 
La sélection Instagram #561 : frissons dans tout le corps 
Cette semaine les photographes capturent à travers leur objectif le sport sous toutes ses formes. Les frissons parcourent les corps, une...
21 juillet 2026   •  
Écrit par Annabelle GARBIGLIA
Fisheye #77, désormais en kiosque, s’immisce au cœur des festivals photo de l’été 2026
La petite Vera, Lac Baïkal, Sibérie, 1998. © Claudine Doury / Courtesy de l’artiste et de l’agence VU’
Fisheye #77, désormais en kiosque, s’immisce au cœur des festivals photo de l’été 2026
Que valent nos images ? C’est avec cette question en tête que nous avons composé Fisheye #77, que vous pouvez dès à présent retrouver en...
06 juillet 2026   •  
Écrit par Apolline Coëffet
19 événements photographiques à découvrir en juillet 2026
The Passion of Rome, Fendi, From Life, 1986© Sheila Metzner, courtesy la Galerie Rouge Paris
19 événements photographiques à découvrir en juillet 2026
La rédaction de Fisheye a relevé une série d'événements photographiques à découvrir à Paris et dans le reste de la France en juillet...
01 juillet 2026   •  
Écrit par Fisheye Magazine
Boby s’empare de l’instax mini Evo Cinema™ et de l’instax Wide Evo™ !
© Boby
Boby s’empare de l’instax mini Evo Cinema™ et de l’instax Wide Evo™ !
Depuis les quatre coins de la planète, Boby a capturé des souvenirs instantanés à l’aide de deux boîtiers instax™ de la série Evo : le...
12 juin 2026   •  
Écrit par Cassandre Thomas
Nos derniers articles
Voir tous les articles
Le 7 à 9 Chanel : Aïda Muluneh, et les créations comme des messages sur le monde
This Bloom I Borrow, 2026. © Aïda Muluneh
Le 7 à 9 Chanel : Aïda Muluneh, et les créations comme des messages sur le monde
Pour l'édition estivale des 7 à 9, des rencontres organisées par Chanel au Jeu de Paume, la photographe et curatrice éthiopienne Aïda...
29 juillet 2026   •  
Écrit par Ana Corderot
Vigilance : une histoire de la prévention et de la sécurité en entreprise
© Couverture du magazine Vigilance, n°41, un monteur et ses gants isolants, Michel Crépin, septembre 1971. Avec l’aimable autorisation des archives EDF.
Vigilance : une histoire de la prévention et de la sécurité en entreprise
Comme chaque année, les Rencontres d’Arles proposent des expositions faisant la part belle aux archives. En 2026, nous retrouvons...
29 juillet 2026   •  
Écrit par Apolline Coëffet
Jean Marie del Moral et sa collection d’artiste(s)
Monique Frydman © Jean Marie del Moral
Jean Marie del Moral et sa collection d’artiste(s)
Du 30 mai au 1er novembre 2026, le centre d’art Contemporain Bouvet Ladubay situé à Saumur nous propose une immersion au cœur des...
28 juillet 2026   •  
Écrit par Esther Baudoin
Katia Kameli présente le Roman algérien à Arles 2026
© Katia Kameli
Katia Kameli présente le Roman algérien à Arles 2026
À Arles, Katia Kameli dévoile un nouveau chapitre de son vaste projet Le Roman algérien, une œuvre au long cours qui interroge la...
27 juillet 2026   •  
Écrit par Costanza Spina