Polaraki : une collection de polaroids d’Araki sort d’un appartement parisien

06 octobre 2025   •  
Écrit par Marie Baranger
Polaraki : une collection de polaroids d'Araki sort d'un appartement parisien
Sans titre, Araki Nobuyoshi 1990 -2024 © Nobuyoshi Araki © Musée Guimet, Paris, Nicolas Fussler
Diptyque d'une femme en kimono et d'une fleur
Sans titre, Araki Nobuyoshi 1990 -2024 © Nobuyoshi Araki © Musée Guimet, Paris, Nicolas Fussler

Jusqu’au 12 janvier 2026, le musée des arts asiatiques – Guimet accueille une collection foisonnant de polaroids, issue de l’œuvre du photographe japonais Nobuyoshi Araki. Fruit d’une donation de Stéphane André à l’institut parisien, cette exposition du nom de Polaraki, dévoile autant l’univers expérimental de l’artiste que la réappropriation de son travail par le collectionneur.

Stéphane André n’est pas un collectionneur comme les autres. Pendant près de vingt-cinq ans, il a accumulé, sur les murs de son appartement parisien, une collection prolifique de polaroids signés Araki, photographe japonais connu pour son obsession pour les fleurs, le sexe et la mort. En mai 2025, il fait le don de pas loin de mille photographies au musée Guimet, qui les révèle aujourd’hui au public dans l’exposition Polaraki, visible jusqu’au 12 janvier 2026. « “Polaraki” est un mot-valise, précise le collectionneur. C’est l’essence même du désir de joindre le commencement et la fin, fil rouge de cette exposition. » Présentés dans la rotonde de l’institut, à l’image de l’appartement de Stéphane André, les polaroids d’Araki entraînent les spectateur·ices (de plus de 18 ans) dans des pérégrinations pointilleuses. On s’accroupit, on s’approche, on s’éloigne, on plisse les yeux à la vue de quelques clichés à caractère sexuel, on s’émerveille devant des œufs et des poissons, on s’interroge sur les interprétations des fleurs. « Le polaroid est une image qui tient dans la main, elle reflète la réalité du monde tel qui s’offre à nous. C’est quelque chose de magique. Il y a une véritable consistance émotive au travail d’Araki », confie Stéphane André.

Polaroid de fleurs roses
Sans titre, Araki Nobuyoshi 1990 -2024 © Nobuyoshi Araki © Musée Guimet, Paris, Nicolas Fussler
un tournesol
Sans titre, Araki Nobuyoshi 1990 -2024 © Nobuyoshi Araki © Musée Guimet, Paris, Nicolas Fussler
fleur
Sans titre, Araki Nobuyoshi 1990 -2024 © Nobuyoshi Araki © Musée Guimet, Paris, Nicolas Fussler
drôle de lézard sur une fleur rouge
Sans titre, Araki Nobuyoshi 1990 -2024 © Nobuyoshi Araki © Musée Guimet, Paris, Nicolas Fussler

Recomposer une œuvre

Les images disposées dans des cadres blancs se déploient seules, en diptyques ou en triptyques. Si la moitié des compositions est l’œuvre directe d’Araki, l’autre moitié a été réalisée par les soins de Stéphane André. « L’objet du polaroid permet de créer des associations, remarque le donateur. Araki, quand il rentrait de sa journée, les dispersait sur le lit et les mettait en rapport. Il y a une teneur poétique liée au rapprochement, un rythme, une rime, un leitmotiv, un flux métaphorique dans le regroupement de ces photos. » Un flux que s’approprie le collectionneur qui, dans l’exposition, fait particulièrement attention à la volonté de certains modèles féminins du photographe japonais ne souhaitant plus être exhibés. « Il y a des cadres vides sur les cimaises. Ils sont la traduction d’un retrait volontaire des images pourtant présentes dans l’appartement de Stéphane André, par respect pour les modèles d’Araki », explique Édouard de Saint-Ours, conservateur des collections photographiques du musée Guimet et co-commissaire de Polaraki. Le parcours se termine sur un positif emprisonné dans une résine qui interroge la reproductibilité de la photographie, en écho à l’unicité du polaroid.

Polaraki : Mille polaroids d’Araki Nobuyoshi
Sans titre, Araki Nobuyoshi 1990-2024 © Musée Guimet, Paris Nicolas Fussler.
Terminé
Exposition
Polaraki : Mille polaroids d’Araki Nobuyoshi
01.1012.01
Musée Guimet
Le musée Guimet accueille, du 1er octobre 2025 au 12 janvier 2026, l’exposition Polaraki, qui a vu le jour grâce à l’exceptionnel don de…
Vue d'une chambre avec pleins de photos aux murs
Appartement de Stéphane André, 24 janvier 2025 © Nicolas Fussler
Triptyque de trois polaroids de fleurs
Sans titre, Araki Nobuyoshi 1990 -2024 © Nobuyoshi Araki © Musée Guimet, Paris, Nicolas Fussler
Polaroid d'une femme allongée sur un tatami
Sans titre, Araki Nobuyoshi 1990 -2024 © Nobuyoshi Araki © Musée Guimet, Paris, Nicolas Fussler
Mur d'un appartement avec pleins de polaroids
Appartement de Stéphane André, 24 janvier 2025 © Nicolas Fussler
Diptyque de polaroid de fleurs
Sans titre, Araki Nobuyoshi 1990 -2024 © Nobuyoshi Araki © Musée Guimet, Paris, Nicolas Fussler
À lire aussi
Les obsessions de Nobuyoshi Araki
Les obsessions de Nobuyoshi Araki
Les éditions Skira ont publié Polarnography, un coffret en édition limitée contenant cent polaroids de Nobuyoshi Araki. Une série…
16 mai 2019   •  
Écrit par Lou Tsatsas
Dans Fisheye, les photographes japonais·es écrivent des histoires au féminin
© Sakiko Nomura
Dans Fisheye, les photographes japonais·es écrivent des histoires au féminin
Enjeux sociétaux, crise environnementale, représentation du genre… Les photographes publié·es sur Fisheye ne cessent de raconter, par le…
13 septembre 2024   •  
Écrit par Marie Baranger
Explorez
Caty Jan et Mat Jacob remportent le prix du Livre Robert Delpire 2026
Caty Jan, Chine, 1993 © Mat Jacob, Tendance Floue
Caty Jan et Mat Jacob remportent le prix du Livre Robert Delpire 2026
Pour sa deuxième édition, le prix du Livre Robert Delpire a récompensé le projet Caty, la vie, la mort, de Caty Jan et Mat Jacob....
05 octobre 2026   •  
Écrit par Apolline Coëffet
Jaka Mojškerc : des déchirures comme des bouts de vie
© Jaka Mojškerc
Jaka Mojškerc : des déchirures comme des bouts de vie
À travers ses images et ses collages, Jaka Mojškerc construit de petites histoires d'un quotidien qui passe lentement dans la...
22 septembre 2026   •  
Écrit par Ana Corderot
500 portes, neuf douches : l’étrange expérience de Suwa Shin
기다리는 여자 (Waitng Woman), Be Nu (累) © Suwa Shin
500 portes, neuf douches : l’étrange expérience de Suwa Shin
Pendant six mois, la photographe coréenne Suwa Shin a frappé à 500 portes de son immeuble pour poser une question pour le moins...
19 septembre 2026   •  
Écrit par Marie Baranger
On Prom's Eve : Lucas Troadec raconte l'adolescence et son obsolescence
© Lucas Troadec
On Prom’s Eve : Lucas Troadec raconte l’adolescence et son obsolescence
Réalisée à Abu Dhabi, On Prom's Eve nous parle du passage à l'âge adulte dans un contexte géopolitique compliqué. Une série à retrouver...
17 septembre 2026   •  
Écrit par Ana Corderot
Nos derniers articles
Voir tous les articles
InCadaqués Festival : Julie Peiffer remporte le Premi Fotografia Femenina 2026
© Julie Peiffer
InCadaqués Festival : Julie Peiffer remporte le Premi Fotografia Femenina 2026
Le Premi Fotografia Femenina Fisheye x InCadaqués 2026 a récompensé Julie Peiffer pour Renversement, une série où la nature fragile...
Il y a 11 heures   •  
Écrit par Apolline Coëffet
Le Chant des villes : un urbain intime chez agnès b. 
© Alexandre Dupeyron
Le Chant des villes : un urbain intime chez agnès b. 
Jusqu’au 25 octobre 2026, la Galerie du Jour agnès b. présente Le Chant des villes, une exposition collective aux écritures contrastées...
09 octobre 2026   •  
Écrit par Lou Tsatsas
Blindfolded : Antoine De Winter dialogue avec les glaciers
© Antoine De Winter
Blindfolded : Antoine De Winter dialogue avec les glaciers
Dans Blindfolded, Antoine De Winter s'intéresse à la disparition des glaciers des Alpes suisses en mêlant abstractions colorées et images...
08 octobre 2026   •  
Écrit par Marie Baranger
Blinded by your Grace : les tempêtes chassées
© Sarah Chaplin Espenon, 2026, courtesy Loose Joints
Blinded by your Grace : les tempêtes chassées
Dans son ouvrage Blinded by the Grace, publié chez Loose Joints, Sarah Chaplin Espenon s’intéresse aux femmes chasseuses de tornades. Une...
07 octobre 2026   •  
Écrit par Lou Tsatsas