Pour sa première exposition, la Oana Ivan Gallery rend hommage à Peter Knapp

30 janvier 2025   •  
Écrit par Apolline Coëffet
Pour sa première exposition, la Oana Ivan Gallery rend hommage à Peter Knapp
Paris, Ungaro, broderie Jakob Schläpfer, Stern, 1967 © Peter Knapp, Courtesy de l’artiste et de Oana Ivan Gallery
Rita Scherrer, Dior haute couture, 1967
Rita Scherrer, Dior haute couture, 1967 © Peter Knapp, Courtesy de l’artiste et de Oana Ivan Gallery

La Oana Ivan Gallery a ouvert ses portes avec Compte à rebours, 2024-1960, une rétrospective inaugurale consacrée à Peter Knapp. Jusqu’au 17 avril 2025, le photographe de mode y présente des œuvres emblématiques ainsi que des compositions inédites. 

Peter Knapp fait partie des photographes qui ont accompagné la démocratisation de la mode et l’écriture de son langage actuel. De fait, d’abord peintre, c’est par l’entremise d’Hélène Lazareff, fondatrice du magazine Elle, qu’il s’immisce dans ce milieu en tant que directeur artistique. Nous sommes alors en 1959 et, au même moment, les clichés commencent à se faire plus nombreux sur les pages des revues et passent peu à peu à la couleur, marquant les prémices de l’âge d’or de la presse féminine. « J’ai vécu deux évolutions en même temps : le changement technologique et celui de la mode. Il a fallu inventer des images », nous raconte l’artiste dans l’intimité de la Oana Ivan Gallery. Situé au 93, rue du Faubourg Saint-Honoré, à Paris, ce nouvel écrin a ouvert ses portes au public le 17 janvier dernier. Sa première exposition, Compte à rebours, 2024-1960, rend hommage à la carrière prolifique de ce grand nom du médium et propose un accrochage qui sera amené à se transformer au fil des semaines. 

© Peter Knapp, Courtesy de l’artiste et de Oana Ivan Gallery
Valentino, fin des années 1960
Valentino, fin des années 1960 © Peter Knapp, Courtesy de l’artiste et de Oana Ivan Gallery
Dorothy Walsh, Saintes-Marie-de-la-Mer, pour Elle, 29 avril 1960
Dorothy Walsh, Saintes-Marie-de-la-Mer, pour Elle, 29 avril 1960 © Peter Knapp, Courtesy de l’artiste et de Oana Ivan Gallery

Le renouvellement de l’imagerie de mode

« Quand je suis arrivé chez Elle, la haute couture était au sommet. Dans la rue, elle était reconnaissable », se souvient Peter Knapp. À l’époque, les couturières avaient coutume de reproduire des tenues inspirées de grandes maisons telles que Chanel, Dior ou encore Balenciaga. Leur identité visuelle était forte et, en conséquence, sélective, car elle ne s’adressait qu’à certains types de femmes qui se retrouvaient dans ce style singulier. Seulement, l’arrivée de Mary Quant et de Courrèges sur la scène mode a bouleversé les codes établis. Le vestiaire féminin s’est défait de ses carcans, la métamorphose est radicale. Gants, chapeaux, tailles cintrées et talons hauts sont délaissés au profit du confort tandis que les minijupes assumées découvrent les jambes et n’entravent plus le mouvement. « Subitement, la fonction était devenue aussi importante que l’apparence. Avoir vécu cette libération vestimentaire, qui a eu lieu en si peu de temps, était bluffant. Pour moi, c’était un moment marquant. Je suis passé du comble du chic à la femme à l’aise, au début du prêt-à-porter », souligne notre interlocuteur. 

Cette révolution signe le renouvellement de l’imagerie de mode à laquelle Peter Knapp prend part. Pour ses compositions, il fait appel à ses amies plutôt qu’à des mannequins et les immortalise dans la rue. Il n’est plus question d’être statique, il convient de montrer l’action du quotidien, d’ouvrir le champ des possibles. Les mises en scène se multiplient alors, de même que les astucieux effets expérimentaux, si caractéristiques de sa pratique. Ils font écho à cette façon de se vêtir, devenue beaucoup plus ludique. Celui qui se qualifie de « faiseur d’images » s’inscrit ainsi dans une esthétique du mouvement. Il incarne une époque autant qu’il participe à esquisser les contours de celle qui suivra, même si ce changement de paradigme s’est opéré avec le temps. « C’est très récent que les photographes de mode soient considérés comme des artistes, déclare-t-il. Il s’agit d’un travail de commande, c’est un art appliqué. Les clichés étaient faits pour être imprimés, par pour être de l’art, malgré leur dimension plastique. Nous étions seulement témoins d’un vêtement qu’une autre personne avait créé. »

Francoise Fabian, 1967
Francoise Fabian, 1967 © Peter Knapp, Courtesy de l’artiste et de Oana Ivan Gallery
Azzedine Alaïa et Marcie Hunt, pour Stern, 1981
Azzedine Alaïa et Marcie Hunt, pour Stern, 1981 © Peter Knapp, Courtesy de l’artiste et de Oana Ivan Gallery

Une créativité infinie

C’est cette effervescence, les débuts d’un nouveau chapitre dans l’histoire de la mode que la Oana Ivan Gallery a souhaité cristalliser à travers Compte à rebours, 2024-1960. Parmi les projets présentés se compte une sélection de monochromes emblématiques, datant pour l’essentiel des années 1960. Nous croisons Rita Scherrer faisant danser le drapé de sa robe. Françoise Fabian apparaît de profil, une cigarette au bord des lèvres, quand Grace Jones se dévoile par fragments, ne révélant que son buste orné d’un corsage en métal. Puis il y a ce tirage bien connu, réalisé en 1981, montrant Azzedine Alaïa, tout sourire, aux côtés de Marcie Hunt qui, dos à nous, le surplombe. À cela s’ajoutent des œuvres inédites, imaginées l’année passée. « Je ne me suis jamais beaucoup occupé de la couleur. J’aime bien l’abstraction de la photographie en noir et blanc, son aspect dramatique, théâtral. Ici, j’ai puisé dans mes archives et j’ai fait des collages que j’ai scannés avant de les imprimer sur toile. À la fin, je les ai retravaillés, manuellement, avec de la gouache, par exemple. Je suis retourné vers un processus qui ressemble à la peinture, mais la base reste photographique », explique-t-il. Cette manière de procéder témoigne tout compte fait de la créativité inépuisable de Peter Knapp.

Peter Knapp : Compte à rebours, 2024-1960
Loulou de la Falaise, Elle, pour sa propre création, 1967 © Peter Knapp, Courtesy de l’artiste et de Oana Ivan Gallery
En cours
Exposition
Peter Knapp : Compte à rebours, 2024-1960
17.0117.04
Oana Ivan Gallery
Jusqu’au 17 avril 2025, la Oana Ivan Gallery accueille Compte à rebours, 2024-1960, une exposition de Peter Knapp.
Grace Jones pour Ungaro, bustier en fer de Sonia Knapp, 1968
Grace Jones pour Ungaro, bustier en fer de Sonia Knapp, 1968 © Peter Knapp, Courtesy de l’artiste et de Oana Ivan Gallery
Loulou de la Falaise, Elle, pour sa propre création, 1967
Loulou de la Falaise, Elle, pour sa propre création, 1967 © Peter Knapp, Courtesy de l’artiste et de Oana Ivan Gallery
Lac bleu, 2024
Lac bleu, 2024 © Peter Knapp, Courtesy de l’artiste et de Oana Ivan Gallery
À lire aussi
Quand la photographie s’inspire de la mode pour expérimenter
© Hugo Mapelli
Quand la photographie s’inspire de la mode pour expérimenter
Parmi les thématiques abordées sur les pages de notre site comme dans celles de notre magazine se trouve la mode. Par l’intermédiaire de…
17 avril 2024   •  
Écrit par Apolline Coëffet
En quête de signes, Peter Knapp révèle les êtres à la galerie Maeght
En quête de signes, Peter Knapp révèle les êtres à la galerie Maeght
Jusqu’au 15 décembre 2022, la galerie Maeght met en lumière les multiples facettes de Peter Knapp. À travers un ensemble encore…
05 décembre 2022   •  
Écrit par Apolline Coëffet
Explorez
Just My Luck : à qui la chance ?
Screenshot montrant les boules 41 et 42 coincées - Just My Luck. © Cécile Hupin et Katherine Longly
Just My Luck : à qui la chance ?
L’Institut pour la photographie de Lille présente une troisième exposition hors les murs dans les espaces de convivialité du Théâtre du...
02 avril 2025   •  
Écrit par Marie Baranger
Arielle Bobb-Willis célèbre la vie
© Arielle Bobb-Willis
Arielle Bobb-Willis célèbre la vie
Issue du mouvement de l’avant-garde noire contemporaine que nous présentons dans notre dernier numéro, Arielle Bobb-Willis capture le...
28 mars 2025   •  
Écrit par Cassandre Thomas
Algorithmes 
sous influence
© Lena Simonne, backstage du show Étam 2024 à Paris.
Algorithmes 
sous influence
Autrefois dominé par les magazines et les photographes, le secteur de la mode s’est transformé sous l’impulsion...
27 mars 2025   •  
Écrit par Anaïs Viand
Focus : capitalisation du corps, tourisme strassé et indépendance
Unprofessional © Matilde Ses Rasmussen
Focus : capitalisation du corps, tourisme strassé et indépendance
Créé par les équipes de Fisheye, Focus est un format vidéo innovant
qui permet de découvrir une série photo en étant guidé·e par la...
26 mars 2025   •  
Écrit par Lou Tsatsas
Nos derniers articles
Voir tous les articles
7 à 9 de Chanel : Nick Knight sous toutes les coutures
© Nick Knight
7 à 9 de Chanel : Nick Knight sous toutes les coutures
Le 17 mars dernier, le photographe britannique Nick Knight était l'invité de la deuxième édition du 7 à 9 de Chanel au Jeu de Paume. En...
02 avril 2025   •  
Écrit par Cassandre Thomas
Just My Luck : à qui la chance ?
Screenshot montrant les boules 41 et 42 coincées - Just My Luck. © Cécile Hupin et Katherine Longly
Just My Luck : à qui la chance ?
L’Institut pour la photographie de Lille présente une troisième exposition hors les murs dans les espaces de convivialité du Théâtre du...
02 avril 2025   •  
Écrit par Marie Baranger
Comédie, étrangeté et légèreté : 18 séries photographiques pour sourire
De la série Extrem Tourism, 2011 © Thomas Mailaender
Comédie, étrangeté et légèreté : 18 séries photographiques pour sourire
Canulars, farces et attrapes et étrangetés rythment chaque année cette première journée d’avril. Pour célébrer le poisson d’avril, la...
01 avril 2025   •  
Écrit par Fisheye Magazine
La sélection Instagram #500 : une bonne blague
© Théophile Baye / Instagram
La sélection Instagram #500 : une bonne blague
Aujourd’hui, attention à votre dos. Celui-ci pourrait être rempli de petits poissons et autres farces si typiques de ce premier jour...
01 avril 2025   •  
Écrit par Marie Baranger