
Deux ans après le lancement du projet SUAVES par Sorbonne Université, un tiré à part est édité avec Fisheye. Il retrace la collaboration entre photographes et chercheur·ses, ainsi que les apports de ces échanges croisés. À travers une trentaine de pages, les participant·es racontent comment ce travail a ouvert de nouveaux champs dans leur pratique, révélé des dimensions insoupçonnées de leurs recherches, ou encore favorisé un dialogue plus poreux entre les disciplines. Un objet éditorial niché au cœur du numéro #75 de Fisheye.
« Comment capturer la science en action, au plus près du travail, des corps et des matières ? » Telle est la question posée en préambule du projet SUAVES. Pensé comme un espace de dialogue entre arts et sciences, le projet fonctionne comme un laboratoire créatif où se rencontrent les savoir-faire des chercheur·ses et les regards des photographes. Au total, 82 projets de recherche ont été explorés par sept photographes sélectionné·es à l’issue d’un appel national. Cette collaboration a donné naissance à plus de 820 images, dont 82 ont été retenues pour l’exposition collective Recherche sans filtre, organisée fin 2024 en partenariat avec Fisheye. Présentée d’abord à la Sorbonne Université, dans le campus de Marie Curie, puis dans plusieurs lieux parisiens habituellement éloignés des espaces scientifiques, cette exposition itinérante propose une autre lecture de la recherche contemporaine. Dans le prolongement de cette mise en lumière, le tiré à part revient aujourd’hui sur sept duos de chercheur·ses et de photographes, et sur les formes que ces rencontres ont produites.


Regarder la science autrement
L’ambition de cette collaboration est plurielle : valoriser une « science en train de se faire », encourager le dialogue entre disciplines et proposer une lecture éclairée et sensible des pratiques scientifiques souvent peu visibles pour le grand public. À cette occasion, les photographes Céline Lecomte, Juliette Pavy, Grégoire Delanos, Antoine Martin, Alban Lécuyer, Guillaume Herbaut et Virginie Merle ont chacun·e travaillé aux côtés de chercheur·ses issu·es de champs variés, dont Karim Benzerara (géobiologie), Vanda Luengo (informatique), Marie Alberic (chimie), Fabrizio Andreelli (médecine), Mokrane Boudaoud (robotique), Sacha Reichman (biologie) et Anna Arzoumanov (littérature et droit).
Approches plastiques, jeux de superpositions, mises en scène, portraits, détails de gestes techniques, visualisations de données… Les images produites déploient une grande diversité d’écritures visuelles. Elles traduisent, chacune à leur manière, la tentative de rendre perceptible un univers souvent abstrait. Comme le souligne Karim Benzerara, « les photographies donnent à voir des instantanés de nos pratiques de recherche plus que des savoirs ou des résultats ». De son côté, Guillaume Herbaut rappelle que « la science n’est pas facile à photographier », mais que ce type de projet ouvre précisément des voies nouvelles de médiation.
Ce qui émerge de ces collaborations dépasse la simple illustration. Ces dernières nous parlent d’un déplacement du regard. Il s’agit ici d’accepter de ne pas tout comprendre immédiatement, et d’accueillir de nouveaux univers, de nouveaux champs de pensée. SUAVES refuse la distance entre les domaines et unit arts et sciences, mais aussi celles et ceux qui les pratiquent, tout comme celles et ceux qui les regardent.
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