Sebastião Salgado, cinquante ans de photographie humaniste

26 mai 2025   •  
Écrit par Costanza Spina
Sebastião Salgado, cinquante ans de photographie humaniste
© Sebastião Salgado
Portrait d'un guerrier
© Sebastião Salgado

Le photographe brésilien Sebastião Salgado nous a quitté·es ce vendredi 23 mai 2025 à l’âge de 81 ans. Porteur du courant humaniste contemporain, il a pendant plus de cinquante ans retranscrit, dans un noir et blanc contrasté et emblématique, les enjeux en mutation de nos sociétés. Jusqu’au 1er juin, Les Franciscaines de Deauville présentent une exposition sur son travail intemporel et sensible en puisant dans les archives de la Maison européenne de la Photographie.

Sebastião Salgado était une figure incontournable de la photographie humaniste contemporaine. Décédé à l’âge de 81 ans, vendredi 23 mai 2025, il a, pendant plus de cinquante ans, capturé les profondes mutations de notre époque, explorant à la fois les enjeux anthropologiques et écologiques qui redessinent notre monde. Ses images témoignent des bouleversements sociaux, des migrations massives, des conditions de travail extrêmes, mais aussi de la beauté brute et fragile de la Terre. Sa photographie, immédiatement reconnaissable, se distingue par une palette en noir et blanc baignée de lumière, conférant à ses sujets une dimension presque intemporelle. Les projets de Salgado ont souvent eu une portée monumentale. Ce sont des recherches documentaires menées sur plusieurs années en s’appuyant sur une étude approfondie et une politique réfléchie. Son travail a le pouvoir de sensibiliser le public à des réalités souvent invisibilisées. L’exposition présentée par la Maison européenne de la Photographie offre une rétrospective de son œuvre, condensant cinq décennies d’engagement à travers une sélection issue de son fonds photographique. Déclinée en deux parties, elle propose un voyage à travers son regard, entre témoignage des souffrances humaines et célébration des territoires encore préservés. Le premier parcours de l’exposition est consacré aux travaux de photographe engagé dans les causes humanitaires et il est suivi d’un deuxième focus autour de son projet Genesis, un hommage à la beauté et à la fragilité d’une planète qu’il est vital de préserver.

Mouvement des paysans sans-terre
© Sebastião Salgado
Gisement de pétrole du Grand Burhan
© Sebastião Salgado
Fisheye Hors-Série

116 pages
12,90 €

Une vision du monde profonde et sensible

Sebastião Salgado et Lélia Wanick Salgado se sont engagé·es à rendre visibles les drames socio-politiques à travers le monde. En couple depuis le début de cette aventure, les deux donnent vie à un fond photographique considérable. L’exposition aux Franciscaines dédie une grande partie de l’espace à la découverte des reportages majeurs signés par Salgado. Des images issues de ses débuts, dans le milieu des années 1970, lorsqu’il parcourt l’Afrique en tant que photojournaliste. Il couvre la guerre en Angola et au Sahara espagnol, puis la crise du Sahel en 1984-1985. Aux côtés de Médecins sans frontières, il documente la situation au Mali, au Tchad, en Éthiopie, au Soudan et en Érythrée. Ces images marquent durablement l’opinion internationale. Il explore ensuite la Sierra Madre mexicaine, partageant le quotidien de communautés isolées. Publié en 1986 par Contrejour, Autres Amériques est son premier livre, devenu une référence des années 1980. Parmi les travaux documentaires les plus importants, figure sa série sur les garimpeiros (chercheur·ses d’or, ndlr), mettant en lumière l’extraction de l’or dans la mine de Serra Pelada, située dans l’État brésilien du Pará. Les ouvrier·ères y transportaient sans relâche de lourds sacs de boue, dans l’espoir hypothétique d’y trouver ce métal précieux. Les images dénoncent avec force l’exploitation humaine, la misère palpable et les ravages d’un capitalisme effréné qui met à genoux certaines populations, exploitées et soumises à des dynamiques coloniales. Avec le même acharnement, il dénonce les incendies colossaux des puits de pétrole qui ont éclaté après la guerre du Golfe, libérant dans les airs des flots de pétrole brut, tandis que la majorité des puits projetaient des torrents de flammes à plus de vingt mètres de hauteur. Une catastrophe qui mettra plus d’un an à être endiguée. Avec cette exposition, on retrace non seulement la carrière d’un photographe, mais aussi le travail de Lélia Wanick Salgado, directrice de leur fondation, avec qui il a tout entrepris. Leur collaboration indissociable a façonné chaque projet, donnant à cette œuvre une cohérence remarquable.

L’œuvre de Sebastião Salgado a marqué plusieurs générations, et continuera de bouleverser nos perspectives sur le monde. Sa lignée artistique se poursuit, notamment avec le travail de son fils Rodrigo Ribeiro Salgado, atteint de trisomie 21, actuellement exposé dans l’ancienne église du Sacré-Cœur de Reims jusqu’au 10 septembre 2025. « À cinq heures du matin, il est déjà assis devant son chevalet. Parfois, il se réveille la nuit pour aller peindre. Il en a toujours été ainsi », disait son père en parlant de son œuvre qui se compose de peintures, de sculptures et de dessins.

Masque rituel
© Sebastião Salgado
Amazonie
© Sebastião Salgado
Paysage de montagne
© Sebastião Salgado
Pinguins se jetant à la mer
© Sebastião Salgado
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