La photographie, littéralement l’écriture avec la lumière, nous a habitués, dans une acception largement fausse, à rendre compte d’une réalité. Or il est évident que cela n’est pas le cas la plupart du temps. Non parce que la réalité y serait altérée, mais sûrement plus parce que l’évidence que nous captons avec nos yeux n’est pas forcément le reflet de la vérité. Comme nous le dit Friedrich Nietzsche : « La vie n’est désormais plus conçue par la morale : elle veut l’illusion, elle vit d’illusion. » Et c’est dans cette veine que nous avons conçu ce 51e opus de Fisheye. Comment capter un monde qui n’offre pas à nos yeux une transposition du réel ? C’est toute la démarche de Sari Soininen, photographe finlandaise qui nous emmène dans sa chevauchée visuelle suite à une prise excessive de LSD. Bien que désormais sevrée, elle reste marquée par cette expérience et essaie de retranscrire une aventure alternative, pas forcément très réjouissante par ailleurs. Nous sommes aussi allés voir du côté des femmes médiums et de leur relation aux esprits. Un travail colossal de Philippe Baudouin dans Surnaturelles. Une histoire visuelle des femmes médiums. Un périple qui nous pousse à nous confronter à nos propres croyances ainsi qu‘à nos propres limites. Guérisseuses, voyantes, sorcières, somnambulisme magnétique, conversation avec les esprits… Le spectre est large. Plus proche de nous, Delfina Carmona joue avec la lumière et les couleurs pour influencer nos émotions. Tout comme Gabriel Dia, qui réinvente une iconographie de son propre corps pour transcender son histoire et en changer la destinée. Tout cela nous décrit un champ des possibles à l’horizon inexploré. Un pas de côté salvateur pour un monde qui meurt de se conformer. Alors même que nous entrons dans une troisième année de dystopie virale, nous avons besoin de renouveler notre imaginaire collectif pour savoir vers quoi nous devons regarder. Cette frontière fine entre réalité et virtuel, nous allons la sillonner toute l’année avec Fisheye. Sous la forme d’une exposition cet été à Arles au sein des Rencontres. Mais avant cela, au Grand Palais éphémère, avec le Palais augmenté qui revient en juin pour franchir le pas de la réalité augmentée. Enfin sur l’inévitable question du métavers que nous interrogeons depuis 2016. Il semble nécessaire d’en dessiner le cadre éthique si nous ne voulons pas le regretter dès son avènement. En somme, une nouvelle année pleine d’égarements salvateurs afin d’avoir la joie d’emprunter un chemin que nous n’avions pas envisagé. En 2022, rien ne se passera comme prévu : ce qui nous évitera d’être déçus. Tout, sauf la capacité de Fisheye à détecter les auteurs et les artistes qui disent le monde autrement. Il nous semble ainsi évident de vous souhaiter une belle année 2022, alternative, surprenante, irréelle et surtout disruptive. La clarté n’est pas toujours la destination, il faut savoir apprécier le chemin, surtout lorsqu’il devient sinueux.
Janvier 2022
Fisheye Magazine #51 Mirage
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