Les mémoires de Guillaume Herbaut

26 février 2018   •  
Écrit par Lou Tsatsas
Les mémoires de Guillaume Herbaut

À la Grande Arche du Photojournalisme, Guillaume Herbaut expose plusieurs de ses travaux. Pour Mémoire nous plonge dans un univers subjuguant, habité par la guerre et la destruction. Une exposition à découvrir jusqu’au 13 mai 2018.

La photographie de Guillaume Herbaut dépasse le simple photojournalisme. Ses séries sont des récits, transcendant l’actualité pour raconter une véritable histoire. Ses voyages en Europe de l’Est, notamment à Tchernobyl ou en Ukraine racontent pertes et conflits. Pourtant, les souffrances associées aux images sont souvent balayées par des actualités plus pressantes. « Je m’attache à aller sur des lieux qu’on oublie, déclare Herbaut, j’aime travailler le rapport au temps, la destruction d’une société, la guerre et la mémoire. » La vision unique de l’artiste est devenue une référence pour une nouvelle génération de photographes-conteurs.

Si l’exposition n’est pas une rétrospective, elle s’attache à mettre en lumière quelques éléments phares de la carrière de Guillaume Herbaut. Dans un espace gigantesque de 1 200 mètres carrés, c’est finalement un retour aux sources que celui-ci nous propose. « J’avais peur de me disperser, de trop raconter, puisque quand on raconte trop, on ne raconte rien finalement… Je suis donc revenu à l’essentiel », confie-t-il. Une sélection des plus grands moments de la carrière du photographe, tous inspirés par une thématique commune : la guerre. Il y a d’abord Tchernobyl. À travers les clichés du conflit passé, ce sont les répercussions de la catastrophe qui transparaissent. Puis une salle composée d’images immenses présente les salons d’armes internationaux : la guerre commercialisée. Véritables spectacles où des outils de destruction massive brillent sous les pluies de paillettes. Enfin, le conflit en Ukraine vient clore l’exposition : la véritable guerre. À ses côtés, des souffrances dissimulées, des « ombres des vivants » où vendettas, meurtres organisés, travail de mémoire sont subtilement révélés. « Face à ce flux constant d’informations, la meilleure chose à faire est d’en montrer le moins possible, pour faire travailler l’imaginaire », conclut Herbaut.

© Guillaume Herbaut

Une expérience fondatrice qui permet de tout appréhender 

Lorsqu’il se rend à Tchernobyl pour la première fois, en 2001, Guillaume Herbaut doit tout réapprendre. « Il a fallu que je revoie entièrement ma manière de photographier. Revenir à l’idée que la photo est tout d’abord un document. » Si son expérience de reporter l’a habitué à saisir l’instant rapidement, ce voyage l’oblige à prendre son temps. « Lorsqu’on arrive là-bas, il n’y a rien », explique-t-il. Ses premières expéditions le conduisent dans les ghettos, en marge de la zone interdite. Là-bas, il réalise des portraits de familles, et de leurs objets précieux, emportés à toute vitesse avec eux lors de l’évacuation. Sur chaque cliché, des numéros mystérieux. Un cartel nous informe qu’il s’agit du taux de radiation. En écho à ses clichés, on observe des images de portes d’appartements et de ruines de la ville fantôme, Pripiat. « Les intérieurs, eux, étaient tous identiques, mais chaque porte était unique, raconte Herbaut, je me suis dit que ce seraient les derniers portraits de famille que je pourrais faire là-bas ».

Au cours d’une énième visite guidée dans ces lieux déserts, Herbaut réalise que tout semble caché. « C’était comme si on nous montrait avec une lampe de poche ce qu’il fallait regarder .» Il s’enfonce alors dans la zone interdite, entre dans un bar délabré et y rencontre un homme qui accepte de lui faire visiter la part inconnue de Tchernobyl. De 2009 à 2011, il fera plusieurs visites clandestines, photographiant la vie dissimulée dans ces lieux maudits. Les images d’Herbaut se font alors allégories, Tchernobyl illustrant un déclin, une triste nostalgie, comme les cicatrices d’un corps essayant de guérir. Les images brillent, illuminent la pureté d’une histoire racontée dans cet espace toxique. Une plongée en apnée dans un monde interdit.

© Guillaume Herbaut

© Guillaume Herbaut

© Guillaume Herbaut

© Guillaume Herbaut

© Guillaume Herbaut

© Guillaume Herbaut

Explorez
Wet Ground : les marges ukrainiennes d’Aria Shahrokhshahi
© Aria Shahrokhshahi 2026 courtesy Loose Joints
Wet Ground : les marges ukrainiennes d’Aria Shahrokhshahi
Depuis 2019, le photographe anglo-iranien Aria Shahrokhshahi multiplie les séjours en Ukraine. Dans Wet Ground, il compose un récit en...
29 mai 2026   •  
Écrit par Cassandre Thomas
Ovoo de Margarita Galandina
© Margarita Galandina
Ovoo de Margarita Galandina
Dans Ovoo, Margarita Galandina retravaille sur des archives familiales, et se tourne plus particulièrement vers ses aïeux·lles du côté de...
29 mai 2026   •  
Écrit par Deng Qiwen
Par-delà le mur du son : une immersion au cœur des soirées techno
Murs de l'Atlantique, 2013-2025 © Julie Hascoët
Par-delà le mur du son : une immersion au cœur des soirées techno
À travers les travaux de trois photographes, la maison Doisneau, à Gentilly, nous propose une immersion au cœur des soirées...
26 mai 2026   •  
Écrit par Esther Baudoin
Le 7 à 9 de Chanel : Rodrigo Chapa, des constructions et des corps
© Rodrigo Chapa
Le 7 à 9 de Chanel : Rodrigo Chapa, des constructions et des corps
À l’occasion du 8e épisode du 7 à 9 de Chanel, qui s’est tenu le 18 mai dernier, organisé en collaboration avec le Jeu de Paume et...
22 mai 2026   •  
Écrit par Ana Corderot
Nos derniers articles
Voir tous les articles
Les images de la semaine du 25 mai 2026 : résistance et affirmation
22h41, Romainville, Juillet 2022 © Cha Gonzalez
Les images de la semaine du 25 mai 2026 : résistance et affirmation
C’est l’heure du récap’ ! Cette semaine, les images sont porteuses d’un message sur la résistance, tant individuelle que collective...
Il y a 2 heures   •  
Écrit par Esther Baudoin
Festival Mondes en commun 2026 ou les empreintes en repères
© Yasmina Benabderrahmane
Festival Mondes en commun 2026 ou les empreintes en repères
Pour la 3e édition du festival Mondes en commun du musée départemental Albert-Kahn, ce sont onze photographes qui déploient leurs œuvres...
30 mai 2026   •  
Écrit par Ana Corderot
BMW ART MAKERS : les vitraux organiques de Lara Tabet et Yasmine Chemali
Les Aygalades (détail), Bactériographie, impression UV sur verre, 2026 © Lara Tabet / BMW ART MAKERS
BMW ART MAKERS : les vitraux organiques de Lara Tabet et Yasmine Chemali
Lauréates du programme de mécénat BMW ART MAKERS 2026, l’artiste Lara Tabet et la commissaire Yasmine Chemali explorent les eaux...
29 mai 2026   •  
Écrit par Cassandre Thomas
Wet Ground : les marges ukrainiennes d’Aria Shahrokhshahi
© Aria Shahrokhshahi 2026 courtesy Loose Joints
Wet Ground : les marges ukrainiennes d’Aria Shahrokhshahi
Depuis 2019, le photographe anglo-iranien Aria Shahrokhshahi multiplie les séjours en Ukraine. Dans Wet Ground, il compose un récit en...
29 mai 2026   •  
Écrit par Cassandre Thomas