Héloïse Conésa, une experte de l’ombre

28 octobre 2021   •  
Écrit par Anaïs Viand
Héloïse Conésa, une experte de l’ombre

Historienne de l’art, conservatrice du patrimoine et commissaire d’expositions, Héloïse Conésa a rejoint la Bibliothèque nationale de France en 2014. Elle y est chargée de la collection de photographie contemporaine au département des estampes et de la photographie. Portrait d’une spécialiste bienveillante. Cet article à est à retrouver dans notre dernier numéro

« Always look on the bright side of life. »(« Il faut toujours regarder la vie du bon côté. »)

Rien de mieux que cette formule des Monty Python pour rendre compte de l’optimisme d’Héloïse Conésa. C’est elle qui, durant notre entrevue de juillet, lance la référence. Au bout du dédale de la Bibliothèque nationale de France (BnF), dans un bureau assez commun, s’amoncellent livres, dossiers et reproductions de photos. Aucun doute, nous voilà dans le bureau d’une conservatrice passionnée. « Dans notre monde, c’est essentiel de savoir regarder, bien re- garder, et décrypter le sens d’une image », affirme-t-elle alors qu’elle revient rapidement sur son parcours.

Une trajectoire amorcée au sein d’un terreau familial fertile, puis jalonnée par des rencontres marquantes. Un père historien de l’art – spécialisé dans les avant-gardes – et une mère professeure de lettres. Il lui a fallu choisir. « La photographie m’intéressait dans son rapport à la littérature, se souvient-elle. Il y a une proximité dans le rapport qu’entretiennent les deux disciplines au réel. » Au cours de cet itinéraire assumé, elle compte plusieurs guides. Alors qu’elle s’approche de la majorité, dans les années 2000, François Cheval lui fait visiter le musée Nicéphore Niépce qu’il dirige à l’époque, et ses collections. Un stage au cabinet de la photographie du centre Pompidou en 2008 auprès de Quentin Bajac et Clément Chéroux la conforte dans sa vocation.

Mario Giacomelli, Je n’ai pas de main qui me caresse le visage / © BnF - Département des Estampes et de la photographie © Archivio Mario Giacomelli - Simone Giacomelli

Mario Giacomelli, Je n’ai pas de main qui me caresse le visage / © BnF – Département des Estampes et de la photographie © Archivio Mario Giacomelli – Simone Giacomelli

Son autre mentor ? L’historien de la photographie Michel Poivert. C’était bien plus tard : elle était diplômée et venait de terminer ses épreuves du concours de conservateur du patrimoine. « Il a lui aussi été bienveillant, et accessible. Et pour l’anecdote, il a accepté d’être mon directeur de thèse, en précisant : “Je vous souhaite tout de même de réussir le concours, parce que la recherche en photo, c’est vraiment encombré.” » Elle a aussi dialogué avec Joan Fontcuberta à l’occasion de son mémoire de master. Le photographe espagnol a notamment signé un autoportrait sur un vélo qui, selon Héloïse Conésa, résume le pouvoir de la photographie. « Cette image m’a hantée un certain temps, notamment durant ma thèse sur la photographie post-franquisme – “La photographie espagnole contemporaine de 1970 à 2010: miroir d’un pays en quête d’identité”. On ne décèle pas directement l’absence des jambes sur la photo mais on sent qu’il y a quelque chose d’étrange. Cette image m’a happée, car elle rend compte de la complexité du réel, tout en concentrant une part de fiction irréductible. Et puis la dimension
politique évidemment : alors que la dictature franquiste avait instrumentalisé la photo pour construire une fiction oppressante, Joan Fontcuberta a prouvé qu’il était possible de développer une fiction libératrice. »

Après cinq ans au sein du Musée d’art moderne et contemporain de Strasbourg, elle rejoint, en 2014, la BnF en tant que conservatrice du patrimoine, en charge de la collection de photographie contemporaine au département des estampes et de la photographie. Dans la continuation de Jean-Claude Lemagny (responsable des collections de photographies de 1968 à 1996), elle valorise et veille à la bonne conservation de la collection. Autrement dit, elle recueille les dépôts légaux et les donations, et procède à des acquisitions. Elle enrichit ainsi un ensemble de plus de six millions d’images dont les auteur·es sont pour la majorité français, américains et japonais. « La photographie d’Amérique latine (brésilienne et mexicaine notamment), et provenant des pays du Maghreb et d’Asie du Sud-Est constitue des axes d’acquisition renforcés », complète Héloïse Conésa. En parallèle, elle organise des expositions. On pense bien évidemment aux Paysages français. Une aventure photographique 1984-2017 (2017) ou à Josef Koudelka. Ruines (2020) – deux succès publics – ou à l’exposition Noir et Blanc. Une esthétique de la photographie, accueillie au Grand Palais et démontée avant que le public ne puisse l’apprécier – mais qui se dévoilera finalement à l’automne 2023 sur les murs de la BnF.

 

Cet article est à retrouver dans son intégralité dans Fisheye #49, disponible ici

Héloïse Conésa © Marie Rouge

Héloïse Conésa © Marie Rouge

Explorez
Cat Island Blues : Katherine Longly grave la mémoire d'Aoshima
Cat Island Blue © Katherine Longly
Cat Island Blues : Katherine Longly grave la mémoire d’Aoshima
Sur l’île japonaise d’Aoshima, rendue célèbre par ses centaines de chats, il ne reste aujourd’hui que trois habitant·es et une poignée de...
17 mai 2026   •  
Écrit par Marie Baranger
Nos coups de cœur de Photo London 2026 !
© Han Yang, courtesy of Han Yang and Bright Gallery
Nos coups de cœur de Photo London 2026 !
Jusqu’au 17 mai, Photo London investit pour la première fois le mythique Olympia de Londres, dans le quartier de Kensington. Entre...
16 mai 2026   •  
Écrit par Ana Corderot
La sélection Instagram #555 : manifestons !
© satch3l__ / Instagram
La sélection Instagram #555 : manifestons !
Ce jeudi 1er mai, manifestants et manifestantes élevaient leur voix pour revendiquer leurs droits en cette fête des travailleur·euses....
05 mai 2026   •  
Écrit par Esther Baudoin
Les images de la semaine du 27 avril : questionner nos croyances
Shine Heroes, 2018 © Federico Estol
Les images de la semaine du 27 avril : questionner nos croyances
C’est l’heure du récap ! Cette semaine, les images nous poussent à prendre du recul face à nos certitudes et à interroger ce que l’on...
03 mai 2026   •  
Écrit par Esther Baudoin
Nos derniers articles
Voir tous les articles
Les Rencontres de Niort 2026 : nos urgences contemporaines
Piton Carré, massif du Vignemale, 2021, série De glace © Grégoire Eloy
Les Rencontres de Niort 2026 : nos urgences contemporaines
Jusqu’au 31 mai 2026, les Rencontres de la jeune photographie internationale de Niort 2026 dévoilent leur nouvelle édition. Cette année...
Il y a 2 heures   •  
Écrit par Fabrice Laroche
L’identité est au cœur de Fisheye #76, désormais disponible en kiosque
© Nyo Jinyong Lian
L’identité est au cœur de Fisheye #76, désormais disponible en kiosque
Qui sommes-nous ? Telle est la question qui traverse les pages de Fisheye #76, que vous pouvez retrouver dans les kiosques ainsi que sur...
Il y a 3 heures   •  
Écrit par Apolline Coëffet
MANN de Robbie Lawrence
© Robbie Lawrence
MANN de Robbie Lawrence
Dans les images de Robbie Lawrence, les motos filent à une allure hors du commun, parfois fatale. Et c'est justement ce lien étrange avec...
19 mai 2026   •  
Écrit par Thomas Andrei
Les coups de cœur #582: Lou Kalliopi et Lola Rossi
© Lou Kalliopi
Les coups de cœur #582: Lou Kalliopi et Lola Rossi
Lou Kalliopi et Lola Rossi, nos coups de coeur de la semaine, s’attachent à photographier le paysage. D’une représentation surréaliste de...
18 mai 2026   •  
Écrit par Esther Baudoin