a ppr oc he : Rencontre au cœur de l’image

a ppr oc he : Rencontre au cœur de l’image
© Emile Gostelie
Image de bottes de foin cadrillée
© Emile Gostelie
170 pages
7,50 €

Dans cet espace pensé comme une exposition, un·e photographe et un·e commissaire croisent leurs regards. Pour cette première édition, Emile Gostelie explore les réalités invisibles de la matière et de la perception, tandis qu’Emilia Genuardi, fondatrice du salon a ppr oc he, qui se tient du 13 au 16 novembre, inscrit ce travail dans un dialogue autour de l’image contemporaine et de ses métamorphoses.

Emile Gostelie : « Je me considère comme un chercheur artistique, explorant des réalités que nous ne pouvons pas voir. La science est pour moi une source d’inspiration essentielle, et la conjuguer avec la liberté créative me donne l’opportunité de devenir le “chercheur” que j’ai toujours voulu être. Je suis particulièrement fasciné par le physicien Ludwig Boltzmann (1844- 1906) et ses travaux sur l’entropie. Il suggérait que notre monde macroscopique visible ne serait qu’une accumulation statistique – une ombre, pourrait-on dire – des positions combinées d’innombrables particules minuscules qui, invisibles pour nous, se déplacent en permanence et forment sans cesse de nouvelles micro-constellations aléatoires.

Mon projet au long cours a commencé il y a plusieurs années, lors d’un séjour en Normandie. J’ai pris un unique cliché d’un tas de foin. Bien qu’ordinaire, ce tas de foin m’a coupé le souffle. Il a éveillé en moi des “souvenirs” de formes que je n’avais jamais vues, mais que je reconnaissais pourtant. Lorsque je suis revenu quelques jours plus tard, le tas avait disparu. Mais l’image, elle, est restée, tout comme l’élan de découvrir ce que cette image contenait sans le révéler.

Cherchant une approche pour libérer le potentiel de cette image unique, je me suis tourné vers l’idée de Boltzmann : de petites particules qui s’assemblent en différentes constellations. J’ai commencé à déconstruire puis à recomposer l’image originale à la main. En faisant cela, je révèle et découvre d’infinies mutations et de nouveaux sens. Je vois une “réalité” évoluer vers de nouvelles “réalités” et vers des monuments mythiques. Je vois cet objet familier devenir un prisme d’imagination, de mémoire et de transformation – un processus qui interroge la valeur de réalité de la perception, de la photographie et de mes propres intentions obsessionnelles. »

Image de bottes de foin cadrillée
© Emile Gostelie
Image de bottes de foin cadrillée
© Emile Gostelie
Image de bottes de foin cadrillée
© Emile Gostelie

Art et science

Pour Emilia Genuardi, la démarche d’Emile Gostelie relève autant de l’art que de la pensée scientifique. « Il transforme la simplicité du quotidien en un champ d’exploration poétique », souligne-t-elle. Ce projet touche aussi par son universalité : nul besoin d’explications pour y entrer. Il se suffit à lui-même et invite chacun·e à s’y plonger librement. C’est dans cette perspective qu’Emilia Genuardi a choisi de présenter le travail d’Emile Gostelie lors de la prochaine édition du salon a ppr oc he, salon qu’elle a fondé en 2017 à Paris et qui se tient chaque année au Molière, un hôtel particulier du 1er arrondissement (40, rue de Richelieu). Devenu un rendez-vous incontournable du mois de novembre, il révèle des pratiques singulières, souvent peu visibles ailleurs, et propose d’autres manières d’expérimenter l’image.

Pensée au plus près des œuvres, la scénographie de l’événement fait partie intégrante de cette démarche. Elle se nourrit du caractère intime du lieu pour créer des résonances entre les projets présentés et transformer l’espace en un véritable lieu d’exposition. Emilia Genuardi défend ainsi une expérience globale, où artistes, commissaires invité·es, galeries et publics participent ensemble à une même conversation autour de l’image contemporaine. « Nous travaillons main dans la main : les échanges ne s’arrêtent pas à la fin du salon, ils se prolongent bien au-delà et créent des liens durables », explique-t-elle tout en insistant sur l’importance de ces collaborations à long terme qui prolongent et enrichissent le travail des artistes.

Entrée libre sur réservation. www.approche.paris.

Cet article est à retrouver dans Fisheye #74.

À lire aussi
PhotoSaintGermain et a ppr oc he dévoilent une collaboration inédite 
© Julie Cockburn / Courtesy Hopstreet Gallery
PhotoSaintGermain et a ppr oc he dévoilent une collaboration inédite 
Pour leur édition 2025, PhotoSaintGermain et a ppr oc he ont présenté leur programmation lors d’une conférence commune. À cette…
15 octobre 2025   •  
Écrit par Apolline Coëffet
unRepresented by approche 2025 : mémoire et paysages sensibles
© Chloé Sharrock
unRepresented by approche 2025 : mémoire et paysages sensibles
Jusqu’au 6 avril 2025, l’espace Le Molière accueille UnRepresented by Approche. Comme son nom le suggère, le salon s’intéresse aux…
04 avril 2025   •  
Écrit par Apolline Coëffet
Explorez
Wet Ground : les marges ukrainiennes d’Aria Shahrokhshahi
© Aria Shahrokhshahi 2026 courtesy Loose Joints
Wet Ground : les marges ukrainiennes d’Aria Shahrokhshahi
Depuis 2019, le photographe anglo-iranien Aria Shahrokhshahi multiplie les séjours en Ukraine. Dans Wet Ground, il compose un récit en...
Il y a 6 heures   •  
Écrit par Cassandre Thomas
Ovoo de Margarita Galandina
© Margarita Galandina
Ovoo de Margarita Galandina
Dans Ovoo, Margarita Galandina retravaille sur des archives familiales, et se tourne plus particulièrement vers ses aïeux·lles du côté de...
Il y a 6 heures   •  
Écrit par Deng Qiwen
Par-delà le mur du son : une immersion au cœur des soirées techno
Murs de l'Atlantique, 2013-2025 © Julie Hascoët
Par-delà le mur du son : une immersion au cœur des soirées techno
À travers les travaux de trois photographes, la maison Doisneau, à Gentilly, nous propose une immersion au cœur des soirées...
26 mai 2026   •  
Écrit par Esther Baudoin
Le 7 à 9 de Chanel : Rodrigo Chapa, des constructions et des corps
© Rodrigo Chapa
Le 7 à 9 de Chanel : Rodrigo Chapa, des constructions et des corps
À l’occasion du 8e épisode du 7 à 9 de Chanel, qui s’est tenu le 18 mai dernier, organisé en collaboration avec le Jeu de Paume et...
22 mai 2026   •  
Écrit par Ana Corderot
Nos derniers articles
Voir tous les articles
Wet Ground : les marges ukrainiennes d’Aria Shahrokhshahi
© Aria Shahrokhshahi 2026 courtesy Loose Joints
Wet Ground : les marges ukrainiennes d’Aria Shahrokhshahi
Depuis 2019, le photographe anglo-iranien Aria Shahrokhshahi multiplie les séjours en Ukraine. Dans Wet Ground, il compose un récit en...
Il y a 6 heures   •  
Écrit par Cassandre Thomas
Ovoo de Margarita Galandina
© Margarita Galandina
Ovoo de Margarita Galandina
Dans Ovoo, Margarita Galandina retravaille sur des archives familiales, et se tourne plus particulièrement vers ses aïeux·lles du côté de...
Il y a 6 heures   •  
Écrit par Deng Qiwen
Lili Lévy-Lajeunesse : une poésie du risque
© Lili Lévy-Lajeunesse
Lili Lévy-Lajeunesse : une poésie du risque
La série D’un vide à l’autre de Lili Lévy-Lajeunesse explore le plongeon comme un geste de bascule autant physique que mental. Réalisé...
27 mai 2026   •  
Écrit par Cassandre Thomas
La sélection Instagram #557 : du surnaturel 
© albertopelayo.jpg / Instagram
La sélection Instagram #557 : du surnaturel 
Repenser le corps et ses frontières, tel est le mot d’ordre des photographes de cette semaine. De l’édito de mode à des projets plus...
26 mai 2026   •  
Écrit par Esther Baudoin