
Photographe indépendante installée à Paris, Chloé Lefebvre-Lamidey s’intéresse aux liens que peuvent entretenir les humain·es et les animaux. Dans sa série La cité dortoir, elle dévoile un quartier populaire marqué par des années de discriminations et tente d’y localiser un dortoir à perruches.
C’est de façon presque systématique, que l’oiseau revient comme une figure centrale dans l’œuvre Chloé Lefebvre-Lamidey. Nous l’avions d’ailleurs déjà découverte sur les pages de Fisheye à travers sa série Pigeon Non Grata, ode ubuesque aux pigeons, oiseaux des villes. Avec La cité dortoir, son nouveau projet, l’artiste déplace son regard vers la Cité Marcellin Berthelot de Nanterre, où elle s’attache à représenter et localiser un dortoir à perruches. Ces oiseaux venus d’Asie, se sont installés durablement dans un quartier populaire marqué par plus de soixante ans de discriminations, dont découlent de nombreuses violences policières. Ayant passé son enfance dans l’un des immeubles du quartier des Saisons, à la Défense, se pencher sur des territoires de mixité, au cœur de polémiques structurelles et de politiques d’urbanisation, s’est avéré nécessaire dans sa démarche personnelle et artistique. « Plus que jamais, on constate que la déshumanisation s’opère en infusant les esprits de métaphores au vocabulaire animalier. La dignité de l’homme ne tient alors que dans le fait de n’être pas un animal, c’est l’essence même du concept de l’animalisation », explique-t-elle. La construction du projet tire le fil de recherches précédentes, « à la croisée du spécisme et du racisme ». Elle met ainsi en parallèle les habitudes, et lieux de vie des perruches, et relate en creux le parcours des familles issues de l’immigration ouvrière depuis leur arrivée en Île-de-France, jusqu’aux révoltes de juin 2023, survenues après la mort du jeune Nahel Merzouk, provoquée par des policiers.
Air libre
Ici, les perruches – et les oiseaux en général – sont porteurs d’un discours plus symbolique. L’homme, dans sa volonté de dominer, leur a apposé cette étiquette « d’envahisseurs exotiques », tout comme il a pu l’imposer à d’autres humain·es, jugé·es à tort différent·es de lui. Et si les oiseaux apparaissent à l’image, tapis sagement dans les branchages, ils se révèlent à la fois féroces et fébriles, se dissimulant dans la nuit, échappant savamment aux prédateurs pour mieux s’envoler. Les flous, eux, traduisent le rapport à la cité, aux mouvements de personnes, aux tensions et rapports de force ou de vitesse dans un écosystème qui contraint, retient et relègue à la marge. Pourtant, malgré cette pression constante, quelque chose résiste… Ce sont ces oiseaux, qui, après tout, continuent de voler bien haut, à l’air libre.





