Chloé Lefebvre-Lamidey, là où sommeillent les oiseaux

15 avril 2026   •  
Écrit par Ana Corderot
Chloé Lefebvre-Lamidey, là où sommeillent les oiseaux
© Chloé Lamidey
Ombres de branchages
© Chloé Lamidey

Photographe indépendante installée à Paris, Chloé Lefebvre-Lamidey s’intéresse aux liens que peuvent entretenir les humain·es et les animaux. Dans sa série La cité dortoir, elle dévoile un quartier populaire marqué par des années de discriminations et tente d’y localiser un dortoir à perruches.

C’est de façon presque systématique, que l’oiseau revient comme une figure centrale dans l’œuvre Chloé Lefebvre-Lamidey. Nous l’avions d’ailleurs déjà découverte sur les pages de Fisheye à travers sa série Pigeon Non Grata, ode ubuesque aux pigeons, oiseaux des villes. Avec La cité dortoir, son nouveau projet, l’artiste déplace son regard vers la Cité Marcellin Berthelot de Nanterre, où elle s’attache à représenter et localiser un dortoir à perruches. Ces oiseaux venus d’Asie, se sont installés durablement dans un quartier populaire marqué par plus de soixante ans de discriminations, dont découlent de nombreuses violences policières. Ayant passé son enfance dans l’un des immeubles du quartier des Saisons, à la Défense, se pencher sur des territoires de mixité, au cœur de polémiques structurelles et de politiques d’urbanisation, s’est avéré nécessaire dans sa démarche personnelle et artistique. « Plus que jamais, on constate que la déshumanisation s’opère en infusant les esprits de métaphores au vocabulaire animalier. La dignité de l’homme ne tient alors que dans le fait de n’être pas un animal, c’est l’essence même du concept de l’animalisation », explique-t-elle. La construction du projet tire le fil de recherches précédentes, « à la croisée du spécisme et du racisme ». Elle met ainsi en parallèle les habitudes, et lieux de vie des perruches, et relate en creux le parcours des familles issues de l’immigration ouvrière depuis leur arrivée en Île-de-France, jusqu’aux révoltes de juin 2023, survenues après la mort du jeune Nahel Merzouk, provoquée par des policiers.

Air libre

Ici, les perruches – et les oiseaux en général – sont porteurs d’un discours plus symbolique. L’homme, dans sa volonté de dominer, leur a apposé cette étiquette « d’envahisseurs exotiques », tout comme il a pu l’imposer à d’autres humain·es, jugé·es à tort différent·es de lui. Et si les oiseaux apparaissent à l’image, tapis sagement dans les branchages, ils se révèlent à la fois féroces et fébriles, se dissimulant dans la nuit, échappant savamment aux prédateurs pour mieux s’envoler. Les flous, eux, traduisent le rapport à la cité, aux mouvements de personnes, aux tensions et rapports de force ou de vitesse dans un écosystème qui contraint, retient et relègue à la marge. Pourtant, malgré cette pression constante, quelque chose résiste… Ce sont ces oiseaux, qui, après tout, continuent de voler bien haut, à l’air libre.

Visage de profil dans le noir
© Chloé Lamidey
Rue dans la nuit floutée
© Chloé Lamidey
Tour floutée
© Chloé Lamidey
Verre brisé
© Chloé Lamidey
Arbres avec oiseaux fond rouge
© Chloé Lamidey
Explorez
Les Photaumnales : pour une éducation aux images
© Marisol Mendez
Les Photaumnales : pour une éducation aux images
À l’occasion du Bicentenaire, l’heure est au constat. Intitulée « La Photographie, et après ? », l’édition 2026 des Photaumnales...
26 septembre 2026   •  
Écrit par Ana Corderot
Les coups de cœur #585 : Lorenzo Levi et Federico Pacini
A non Fairy, Tale. © Lorenzo Levi
Les coups de cœur #585 : Lorenzo Levi et Federico Pacini
Cette semaine, Lorenzo Levi et Federico Pacini, tous deux originaires d’Italie, parcourent la ville, ses lieux parfois déserts et les...
21 septembre 2026   •  
Écrit par Ana Corderot
Quand la photographie rencontre la grandeur de Fontevraud
Saul Leiter, Taxi, 1957 Collection Florence et Damien Bachelot © The Saul Leiter Foundation
Quand la photographie rencontre la grandeur de Fontevraud
Dans l’écrin spectaculaire de l’abbaye royale de Fontevraud, la photographie se mesure à la peinture, s’en inspire, la détourne et finit...
19 septembre 2026   •  
Écrit par Cassandre Thomas
Vincent Gouriou remporte le prix Roger Pic 2026
© Vincent Gouriou
Vincent Gouriou remporte le prix Roger Pic 2026
Les membres du jury de la 34e édition du prix Roger Pic ont récompensé Vincent Gouriou pour Les ombres claires. À travers cette...
28 août 2026   •  
Écrit par Apolline Coëffet
Nos derniers articles
Voir tous les articles
Les Photaumnales : pour une éducation aux images
© Marisol Mendez
Les Photaumnales : pour une éducation aux images
À l’occasion du Bicentenaire, l’heure est au constat. Intitulée « La Photographie, et après ? », l’édition 2026 des Photaumnales...
26 septembre 2026   •  
Écrit par Ana Corderot
Et après la fumée ? : Louis Lepron révèle les dégâts des incendies de Fontainebleau
© Louis Lepron
Et après la fumée ? : Louis Lepron révèle les dégâts des incendies de Fontainebleau
Cet été caniculaire n'a épargné personne, encore moins la nature, première victime du dérèglement climatique. Le constat a été sanglant...
24 septembre 2026   •  
Écrit par Ana Corderot
Jaka Mojškerc : des déchirures comme des bouts de vie
© Jaka Mojškerc
Jaka Mojškerc : des déchirures comme des bouts de vie
À travers ses images et ses collages, Jaka Mojškerc construit de petites histoires d'un quotidien qui passe lentement dans la...
22 septembre 2026   •  
Écrit par Ana Corderot
Les coups de cœur #585 : Lorenzo Levi et Federico Pacini
A non Fairy, Tale. © Lorenzo Levi
Les coups de cœur #585 : Lorenzo Levi et Federico Pacini
Cette semaine, Lorenzo Levi et Federico Pacini, tous deux originaires d’Italie, parcourent la ville, ses lieux parfois déserts et les...
21 septembre 2026   •  
Écrit par Ana Corderot