
Publié chez Zoetrope, De tous les chemins sauvages imagine une errance poétique dans une nature indomptée. Un périple jusqu’aux paysages intérieurs de son autrice, Claire Amaouche.
Il y a les montagnes et les bois enneigés, la brume proche des cimes, et le chemin qu’on improvise. Il y a les noirs profonds, les teintes de gris, les monochromes qu’il nous reste d’une errance, et les souvenirs qui s’accrochent au grain du papier. Il y a un voyage, qui s’impose à nous, et dont la fin « laisse le même goût triste que la dernière page d’un bon roman », comme le décrit Claire Amaouche. Ce goût qui donne envie de planifier, dès notre retour, l’occasion, à nouveau, de partir s’égarer.
C’est à l’adolescence que l’autrice française découvre la photographie, en empruntant le boîtier de son père. Si elle s’en éloigne en grandissant, elle finit par renouer avec en acceptant, cette fois, « le travail – souvent ingrat – et la rigueur que toute démarche créative demande », souligne-t-elle. Au cœur de son œuvre, une poésie à fleur de peau, mais aussi cette recherche d’un don rare : « la capacité à donner à une vision singulière une portée universelle ». Conçu en collaboration avec Zoetrope, un espace artistique installé à Athènes et cofondé par le photographe Yorgos Yatromanolakis, De tous les chemins sauvages explore d’ailleurs, avec une écriture délicate, les horizons intimes d’un périple en terres lointaines, là où les humains ne laissent que des traces, là où nos imaginaires peuvent librement se rencontrer.


Se retrouver soi-même
« Le flottement m’intéresse, confie Claire Amaouche. Il commence souvent lorsqu’on choisit de suivre la route qui s’offre à nous plutôt que celle que l’on avait tracée. Et puis il y a aussi l’errance, plus silencieuse, qui traverse les esprits et naît du déplacement, de la mise en mouvement et de l’abandon provisoire de ses repères. » C’est en réponse à une lassitude – celle de photographier l’humain de manière authentique – que germe De tous les chemins sauvages, un projet pensé comme « une façon détournée de tenter de se retrouver soi-même ». Là, dans des espaces épargnés par l’humanité, à contretemps d’un monde en constante révolution, elle se surprend à chercher l’insaisissable : les empreintes de celles et ceux qui ont marché avant elle, la marque du vivant dans la roche et les sols. Des pages du livre émergent des silhouettes fantomatiques, comme distillées à l’encre, corps repliés ou volants captant sans cesse l’attention de notre regard. « Ce sont les traces d’un passage. De nous, de quelqu’un d’autre, peu importe finalement, elles ne racontent pas une histoire précise, juste une évocation », confie l’artiste.
Réveiller l’émerveillement
Loin de la violence d’un monde en guerre, De tous les chemins sauvages propose, en fait, un pas de côté, une voie alternative à la brutalité. Depuis ces terres étranges, abandonnées des maux, l’autrice compose un récit sensoriel dont la douceur réveille l’émerveillement. « Il me semble qu’il existe aussi une multitude de manifestations d’une humanité et d’une nature sensibles, vastes, poétiques, qui méritent d’être montrées. Non pas pour ignorer le réel, mais pour essayer de le transcender », conclut Claire Amaouche.




