Dear Long Hair : le pouvoir des cheveux

03 août 2023   •  
Écrit par Anaïs Viand
Dear Long Hair : le pouvoir des cheveux
© Irina Weirning

© Irina Weirning

Depuis 2006, la photographe argentine Irina Werning a amorcé une quête originale : photographier des cheveux longs. Oui, mais pas n’importe lesquels. Des cheveux de femmes argentines – plus longs que dans la plupart des pays occidentaux. Pour ce faire, elle se rend dans les villages de montagne, distribue des tracts et organise des concours. Au-delà des chevelures, la photographe célèbre des femmes marquées par une culture hybride aux traditions fortes. Entretien avec l’auteure de Dear Long Hair

Fisheye : Comment es-tu devenue photographe ? 

Irina Werning : J’ai étudié l’économie, puis j’ai obtenu une maîtrise d’histoire et j’ai voyagé dans le monde entier pendant six ans. À 30 ans, j’ai emménagé à Londres. C’est là que j’ai découvert la photographie, tout à fait par hasard, en lisant dans un magazine l’interview d’un rédacteur en chef. Je me suis ensuite inscrite à un master de photojournalisme en pensant faire de l’édition. Aujourd’hui, je développe une pratique photographique parfois très rationnelle et parfois très intuitive. 

Tu es fascinée par les cheveux, d’où cela vient-il ? 

J’ai vécu à l’étranger pendant de nombreuses années et lorsque je suis revenue en Argentine, j’ai réalisé que les cheveux longs étaient en fait un élément très latin. Il faut parfois quitter son pays pour le comprendre. Cette tendance peut être attribuée à la culture hybride de l’Argentine et à l’influence combinée des traditions indigènes, espagnoles et italiennes. Dans ces cultures, les rôles masculins et féminins sont explicitement définis et se manifestent souvent par l’apparence extérieure.

© Irina Weirning
© Irina Weirning
© Irina Weirning

Comment est né ton projet Dear Long Hair ? 

J’ai commencé ce projet en 2006, par hasard, alors que je documentais les écoles rurales d’une communauté indigène en Argentine. Je croisais beaucoup de femmes aux cheveux longs et j’ai commencé à les photographier. L’année suivante, je suis retournée sur place et j’ai continué à chercher ces femmes, et ce, jusqu’à aujourd’hui.

Ayant trouvé très peu d’écrits à ce sujet, j’ai interviewé ces femmes et leurs familles. Un chef de la communauté Kolla (la plus grande population indigène d’Argentine) m’a dit un jour : « Vos cheveux sont importants ; c’est votre lien avec la terre. C’est un enseignement qui se transmet de génération en génération. » La valeur du patrimoine culturel ne réside pas dans la manifestation culturelle elle-même, elle réside dans la richesse de l’expérience et des compétences transmises de génération en génération.

Outre le lien à la terre, que symbolisent les cheveux longs dans ces cultures ? 

Dans les communautés indigènes, les cheveux sont la manifestation physique de nos pensées et une extension de nous-mêmes. Le fait de se couper les cheveux équivaut à se couper les idées et, dans certains cas, à tomber en disgrâce. Dans d’autres cas, couper les cheveux signifie que quelqu’un est mort ou qu’il est proche de la mort. Dans de nombreuses cultures anciennes, on croyait que les cheveux non coupés étaient synonymes de pouvoir.

© Irina Weirning

Est-ce que les cheveux sont plus photogéniques que les visages ? 

Je n’en suis pas sûre, mais techniquement, il y a des différences entre la photographie de cheveux et le portrait « normal ». J’ai besoin de la lumière directe du soleil ou d’un flash pour exposer chaque cheveu, certaines lumières qui sont bonnes pour les visages ne le sont donc pas pour les cheveux.

Qu’as-tu appris en réalisant ce projet ? 

J’ai appris que la culture est quelque chose d’invisible qui passe de génération en génération, parfois sans qu’on s’en aperçoive, mais qui est si forte qu’elle façonne la vie des gens.

Que peut-on souhaiter à Dear Long Hair ?

J’espère terminer ce projet l’année prochaine. Je vais me rendre en Équateur pour photographier des Kichwa, une communauté au sein de laquelle les hommes ont les cheveux longs !

© Irina Weirning
© Irina Weirning
© Irina Weirning
© Irina Weirning
© Irina Weirning
À lire aussi
Cédrine Scheidig : réflexion poétique et politique sur l'hybridité culturelle
Cédrine Scheidig : réflexion poétique et politique sur l’hybridité culturelle
Le Studio de la MEP accueille une exposition de la franco-caribéenne Cédrine Scheidig, lauréate du Prix Dior de la Photographie et des…
14 février 2023   •  
Écrit par Costanza Spina
Prune Phi fait renaître les traditions de leurs cendres
Prune Phi fait renaître les traditions de leurs cendres
Jusqu’au 12 décembre, dans le cadre du festival Fictions documentaires, aux Archives départementales de l’Aude, Prune Phi expose…
10 décembre 2021   •  
Écrit par Apolline Coëffet
Explorez
Anna Leonte Loron réinvente les représentations des femmes à table
© Anna Leonte Loron
Anna Leonte Loron réinvente les représentations des femmes à table
Avec Les Femmes ont faim, la photographe Anna Leonte Loron explore les liens entre plaisir, alimentation et représentations féminines....
13 juin 2026   •  
Écrit par Costanza Spina
Khames Alrefi, lauréat du Visa d’or humanitaire du CICR 2026 
Gaza City - Al-Tuffah Neighborhood © Khames Alrefi
Khames Alrefi, lauréat du Visa d’or humanitaire du CICR 2026 
Le photojournaliste Khames Alrefi reflète la destruction de Gaza à travers son projet Civilians: The First Victims. Ses images montrent...
12 juin 2026   •  
Écrit par Annabelle GARBIGLIA
En quête d’identité : de la physiognomonie à la reconnaissance faciale
Mikel Nielsen Ommar. © Prince Roland Napoleon Bonaparte (French, 1858-1924); Plates by G. Roche / Domaine public, Getty Image.
En quête d’identité : de la physiognomonie à la reconnaissance faciale
Nous sommes en 1884, le prince Roland Bonaparte (1858- 1924), petit-fils de l’un des frères de Napoléon, organise une mission en Norvège...
11 juin 2026   •  
Écrit par Fisheye Magazine
À la MEP, Winnie Mo Rielly et Camille Vivier portent deux regards sur le corps féminin
Deborah standing in Freud's cabinet, 2023 © Camille Vivier
À la MEP, Winnie Mo Rielly et Camille Vivier portent deux regards sur le corps féminin
Ce mercredi 10 juin, la Maison européenne de la photographie a inauguré ses quatre expositions de la saison estivale 2026. Parmi elles se...
10 juin 2026   •  
Écrit par Apolline Coëffet
Nos derniers articles
Voir tous les articles
Anna Leonte Loron réinvente les représentations des femmes à table
© Anna Leonte Loron
Anna Leonte Loron réinvente les représentations des femmes à table
Avec Les Femmes ont faim, la photographe Anna Leonte Loron explore les liens entre plaisir, alimentation et représentations féminines....
13 juin 2026   •  
Écrit par Costanza Spina
Khames Alrefi, lauréat du Visa d’or humanitaire du CICR 2026 
Gaza City - Al-Tuffah Neighborhood © Khames Alrefi
Khames Alrefi, lauréat du Visa d’or humanitaire du CICR 2026 
Le photojournaliste Khames Alrefi reflète la destruction de Gaza à travers son projet Civilians: The First Victims. Ses images montrent...
12 juin 2026   •  
Écrit par Annabelle GARBIGLIA
Boby s’empare de l’instax mini Evo Cinema™ et de l’instax Wide Evo™ !
© Boby
Boby s’empare de l’instax mini Evo Cinema™ et de l’instax Wide Evo™ !
Depuis les quatre coins de la planète, Boby a capturé des souvenirs instantanés à l’aide de deux boîtiers instax™ de la série Evo : le...
12 juin 2026   •  
Écrit par Cassandre Thomas
Hommage à Marie-Jo Lafontaine : du noir et blanc à l'éclat du monochrome
Marie-Jo Lafontaine © Département du Nord
Hommage à Marie-Jo Lafontaine : du noir et blanc à l’éclat du monochrome
Jusqu’au 27 septembre 2026, le musée de Flandre, à Cassel, consacre la rétrospective Tout ange est terrible à Marie-Jo Lafontaine....
12 juin 2026   •  
Écrit par Fabrice Laroche