Des territoires opposés 

05 juin 2020   •  
Écrit par Cassandre Thomas
Des territoires opposés 

Dans Stan, le photographe parisien Pierre Cattoni, 29 ans, dresse un portrait politique de l’Ouzbékistan et du Kirghizistan. Deux pays voisins situés en Asie centrale, et que tout oppose. 

En langue persane, « Stan » est le suffixe associé aux anciennes Républiques socialistes soviétiques d’Asie centrale. C’est également le nom de la série de Pierre Cattoni. Le projet a débuté lors d’un voyage en Arménie. Bien qu’il ne soit géographiquement pas situé dans cette région du continent asiatique, ce pays de l’ex-URSS est encore très imprégné par les années soviétiques. Ces terres marquées par leurs passés politiques fascinent l’artiste. Et plus particulièrement l’Ouzbékistan, aride et désertique, et le Kirghizistan, rocheux et agricole. Toujours en proie de l’ancienne dictature promulguée par Islam Karimov, l’Ouzbékistan se positionne en leader économique. À l’inverse, le Kirghizistan, dépendant économiquement, se détache de ce modèle politique en devenant, en 2010, la première démocratie de la région.

Entre les deux territoires, les différences ne cessent de se creuser. Bien que la dictature en Ouzbékistan se soit adoucie, les images de Pierre Cattoni illustrent une terre très surveillée où les infrastructures sont désertées. « Au Kirghizistan, les choses sont différentes. Le pays profite d’une certaine ouverture. Par exemple : un bar tenu par un couple lesbien dans lequel je suis allé boire une bière à mon arrivée. L’équilibre reste assez fragile cependant… Les crises et combats surviennent encore fréquemment », explique le photographe.

© Pierre Cattoni

Un journal de bord argentique

L’autre passion de Pierre Cattoni ? La musique. Actuellement agent de compositeurs pour le cinéma, l’artiste mêle les arts. Dans Stan, il partage quelques extraits de son journal de bord et révèle ainsi son attrait pour les mots. « L’écriture permet de se souvenir précisément, même plusieurs mois après, des sentiments vécus à chaque instant. Les mots bruts de Nicolas Bouvier dans L’usage du monde m’ont convaincu de tenir ce journal avec sérieux », confie-t-il. Ses clichés, eux, sont teintés d’une errance vagabonde. « C’est le point de départ. Qu’il s’agisse d’un voyage, d’une sortie quotidienne ou d’une commande, j’ai avant tout besoin d’errer pour m’imprégner d’un lieu et de son ambiance. »

Pour ce projet, Pierre Cattoni s’essaye à l’argentique, un véritable coup de cœur. « J’ai eu envie de goûter au grain particulier de l’argentique. C’est un monde nouveau qui s’est ouvert à moi. J’adore la contrainte que cela impose, et le fait qu’on soit limité dans les prises de vue », déclare l’artiste. Une méthode lui permettant de mieux approcher les populations nomades : « J’ai surtout utilisé mon Rolleiflex, pour certains portraits notamment. Ce vieux boîtier datant de 1953 a attisé les curiosités des habitants. » Concernant ses inspirations, l’artiste aime ceux qui savent restituer l’essence même d’une ville ou d’un lieu : Garry Winograns, Vivian Maier, ou encore « les génies de la photographie argentique » tels que René Burri et Harry Gruyaert. Pierre Cattoni signe-là un voyage politique fait de rencontres tendres et intimes.

© Pierre Cattoni© Pierre Cattoni

© Pierre Cattoni© Pierre Cattoni

© Pierre Cattoni© Pierre Cattoni

© Pierre Cattoni

© Pierre Cattoni

Explorez
MYOP, vingt ans de photographie : défaire, refaire, rêver le monde
© Agnès Dherbeys
MYOP, vingt ans de photographie : défaire, refaire, rêver le monde
À l’occasion de son vingtième anniversaire, le collectif MYOP investit le Carré de Baudouin avec une exposition manifeste....
09 janvier 2026   •  
Écrit par Costanza Spina
Zexuan Zeng : la mémoire et le pouvoir
The Internal Crusade © Zexuan Zeng
Zexuan Zeng : la mémoire et le pouvoir
Le photographe Zexuan Zeng exhume lors d'un voyage les fantômes de l'Armée rouge qui ont réalisé la Longue Marche, un épisode fatal de la...
08 janvier 2026   •  
Écrit par Thomas Andrei
Le Nemesiache : avant-garde féministe sud-italienne entre art et mythe
© Lina Mangiacapre
Le Nemesiache : avant-garde féministe sud-italienne entre art et mythe
Longtemps marginalisé dans les récits de l’histoire de l’art, le collectif féministe napolitain Le Nemesiache, actif dans les années...
07 janvier 2026   •  
Écrit par Costanza Spina
Les images de la semaine du 29 décembre 2025 : au revoir 2025, bonjour 2026 !
© Elisa Grosman
Les images de la semaine du 29 décembre 2025 : au revoir 2025, bonjour 2026 !
C’est l’heure du récap ! Dans les pages de Fisheye cette semaine, on célébrait les paillettes, la neige, la couleur, l’océan et une femme...
04 janvier 2026   •  
Écrit par Fisheye Magazine
Nos derniers articles
Voir tous les articles
Lucie Bascoul et le parcours de congélation d'ovocytes
© Lucie Bascoul
Lucie Bascoul et le parcours de congélation d’ovocytes
À travers Désirs contrariés, Lucie Bascoul témoigne de son expérience de la congélation d’ovocytes. En croisant portraits de...
10 janvier 2026   •  
Écrit par Apolline Coëffet
MYOP, vingt ans de photographie : défaire, refaire, rêver le monde
© Agnès Dherbeys
MYOP, vingt ans de photographie : défaire, refaire, rêver le monde
À l’occasion de son vingtième anniversaire, le collectif MYOP investit le Carré de Baudouin avec une exposition manifeste....
09 janvier 2026   •  
Écrit par Costanza Spina
Zexuan Zeng : la mémoire et le pouvoir
The Internal Crusade © Zexuan Zeng
Zexuan Zeng : la mémoire et le pouvoir
Le photographe Zexuan Zeng exhume lors d'un voyage les fantômes de l'Armée rouge qui ont réalisé la Longue Marche, un épisode fatal de la...
08 janvier 2026   •  
Écrit par Thomas Andrei
Le Nemesiache : avant-garde féministe sud-italienne entre art et mythe
© Lina Mangiacapre
Le Nemesiache : avant-garde féministe sud-italienne entre art et mythe
Longtemps marginalisé dans les récits de l’histoire de l’art, le collectif féministe napolitain Le Nemesiache, actif dans les années...
07 janvier 2026   •  
Écrit par Costanza Spina