Finir sa vie dans la joie

06 octobre 2021   •  
Écrit par Julien Hory
Finir sa vie dans la joie

Avec sa série De Vieja Quiero Ser Así, Marta Martin rend hommage aux pensionnaires d’un centre pour personnes âgées de Barcelone. La photographe espagnole livre une ode à la joie de vivre à travers ceux qui n’ont pas peur de la mort.

« La seule chose dont nous pouvons être sûrs lorsque l’on naît, c’est que nous allons mourir. Certains préfèrent ne pas y penser, mais c’est la loi de la vie. » Ces mots de la photographe Marta Martin, aussi connue sous le pseudonyme de Yanosvemos, introduisent bien sa série De Vieja Quiero Ser AsíI (Quand je serai vieille, je veux être ainsi, NDLR). Dans cet ensemble d’images, elle tourne son objectif vers les pensionnaires d’un centre social réservé aux personnes âgées. En initiant son projet, l’autrice n’imaginait pas découvrir un monde d’insouciance et rempli de joie de vivre. Elle propose une immersion originale dans le quotidien d’octogénaires qui comptent bien profiter des années qui leur restent sans penser au lendemain.

Dans une esthétique qu’elle compare à celle de Martin Parr, avec un flash cru et des cadrages serrés, elle rend hommage à une génération qui a aussi subi les affres de l’histoire. Une ode d’où émane un individualisme bon enfant. « Lorsque vous avez 80 ans, vous avez vu des choses tragiques et tristes que vous avez dû surmonter pour continuer à vivre, explique l’artiste espagnole. Cet esprit et cette force sont ce qui les a rendus heureux sans avoir besoin de personne d’autre. » Dans un pays qui a connu une guerre intrinsèque ayant divisé dans la douleur sa population, cette impression d’allégresse nous ramène à notre propre condition et à l’idée que rien n’est impossible jusqu’à ce que sonne le glas.

© Marta Martin

Une question d’attitude

Cette condition est aussi ce qui a motivé Marta Martin. Préoccupée dès son jeune âge par son propre décès, elle a trouvé auprès de ces aînés une forme de réponse à ses interrogations et le courage de combattre ses peurs. « Depuis que je suis petite, je pense beaucoup à la mort, confie la photographe. J‘ai donc décidé que ces personnes proches de leur dernier moment devraient me raconter la vie. De Vieja Quiero Ser Así parle d’optimisme, d’enthousiasme, de plaisir, du fait qu’il n’est jamais trop tard pour faire les choses que vous avez toujours voulu faire même quand vos forces s’épuisent. Ce projet parle du fait que la vieillesse peut être une nouvelle jeunesse. »

Pour la photographe, il ne s’agit pas d’une thérapie, mais plutôt d’une philosophie : « Il est difficile pour une personne qui a tendance à être anxieuse de ne pas s’inquiéter de l’avenir ou des choses qui peuvent arriver, mais toutes m’ont appris que l’angoisse et la nervosité ne servent qu’à vivre moins longtemps et moins bien », précise-t-elle. À travers ces images, Martin Martin montre que la vie est une question d’attitude et que tout dépend de notre point de vue et perspective. « Ils ne pensent pas à la mort, ils vivent juste, ajoute-t-elle. Ils ont l’expérience de la vie et ils se rendent compte que la plupart des évènements que nous traversons n’ont pas réellement l’importance que nous leur accordons. » C’est ce qui transparaît dans les visages, les sourires, la folie douce que dégagent ses sujets. Un travail documentaire qui distille une chaleur réconfortante.

© Marta Martin

Choix de fin de vie

Alors qu’en France les débats sur le choix de fin de vie se succèdent, que la loi autorise de manière détournée l’interruption de l’existence, l’Espagne a légiféré clairement sur la question de l’euthanasie. Mais là encore, ces questions ne semblent pas les inquiéter. « Je ne crois pas que ce soit un problème qui les concerne, pense Marta Martin. À titre personnel, je suis en faveur de l’euthanasie. La loi sur le choix de fin de vie a été adoptée il y a quelques mois et pour moi, c’est un droit que tout le monde devrait avoir. »  Une légèreté qui pourrait être perçue comme une leçon. Peut-être prêtons-nous trop d’intérêt à la fatalité ? Ceux qui approchent du terme n’ont-ils pas mérité qu’on les laisse profiter des derniers jours comme ils le veulent et tirer leur révérence quand ils l’ont décidé ?

La pandémie a peut-être précipité ce choix. La crise de COVID-19 n’a pas épargné les personnes âgées en France comme de l’autre côté des Pyrénées. Dans l’hexagone la population des EPHAD a été durement touchée. Mais là aussi, les « nouveaux amis » de Marta Martin regardent l’adversité en face. « Ils sont forts et sains, explique-t-elle. Bien entendu, ils ont subi les conséquences de cette horrible pandémie. Cependant, ils continuent de se battre et de vivre plus intensément que jamais ». Un courage que la photographe ne cesse de louer. Plus que tout, De Vieja Quiero Ser Así salue une forme d’irrévérence joyeuse. Marta Martin nous rappelle que l’âge n’est qu’un nombre et que l’ardeur peut se conjuguer avec le bonheur.

© Marta Martin© Marta Martin© Marta Martin© Marta Martin© Marta Martin© Marta Martin© Marta Martin

© Marta Martin

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