Gueules cachées

06 juin 2019   •  
Écrit par Lou Tsatsas
Gueules cachées

Dans Chers à canons, première partie du projet « Méduse » exposée au festival Circulation(s), Mathieu Farcy réimagine des portraits de gueules cassées. Un projet élégant et humain.

Éducateur spécialisé de formation, le photographe français Mathieu Farcy établi à Amiens, continue, par le prisme du 8e art, son dialogue avec l’autre. Ses différents travaux tentent de comprendre la place de l’Homme dans la société et proposent des récits humains et singuliers. Chers à canons, série exposée au festival Circulation(s), est le premier chapitre d’un projet au long cours intitulé « Méduse ». Un travail complexe au sein duquel les participants prennent part à la création autant que le photographe lui-même.

Cette première partie transforme des portraits de gueules cassées en œuvre sobres et dignes. « Ce sont des images d’archives, qui appartiennent au musée du Val-de-Grace, explique Mathieu Farcy, elles représentent des soldats de la première Guerre Mondiale, ainsi qu’une infirmière, également défigurée. » Sur les tirages métalliques, cependant, les blessures ont été camouflées par un bandeau noir. Une sorte de pansement artistique, installé par le photographe. Une création aussi plasticienne qu’humaniste.

Être artiste, c’est soigner les plaies

« Ce bandeau noir évoque à la fois un trou, un manque, et bien sûr, cet espace que l’on se représente. Il invite également à réimaginer les visages, et leurs parties manquantes »,

précise Mathieu Farcy. Inspiré par une des citations de la plasticienne française Annette Messager – « être artiste, c’est à la fois montrer les plaies, et les soigner dans le même mouvement » – l’auteur redonne une beauté, une élégance à ces personnages. Devenu sculpteur, il remodèle les visages et fait oublier, l’espace d’un instant, l’horreur de la guerre. Pourtant, l’esprit humain ne peut s’empêcher de songer aux ruines qui se cachent derrière le bandeau. Une contradiction captivante. Héros ou victimes, vainqueurs ou blessés, les créations de Mathieu Farcy semblent interroger le public : qu’existe-t-il, derrière cette bande noire ? L’apparence suffit-elle à définir l’humain ? L’art peut-il soigner les blessures ? Une série délicate et philosophique.

© Mathieu Farcy© Mathieu Farcy

© Mathieu Farcy

Explorez
Just My Luck : à qui la chance ?
Screenshot montrant les boules 41 et 42 coincées - Just My Luck. © Cécile Hupin et Katherine Longly
Just My Luck : à qui la chance ?
L’Institut pour la photographie de Lille présente une troisième exposition hors les murs dans les espaces de convivialité du Théâtre du...
02 avril 2025   •  
Écrit par Marie Baranger
Arielle Bobb-Willis célèbre la vie
© Arielle Bobb-Willis
Arielle Bobb-Willis célèbre la vie
Issue du mouvement de l’avant-garde noire contemporaine que nous présentons dans notre dernier numéro, Arielle Bobb-Willis capture le...
28 mars 2025   •  
Écrit par Cassandre Thomas
Algorithmes 
sous influence
© Lena Simonne, backstage du show Étam 2024 à Paris.
Algorithmes 
sous influence
Autrefois dominé par les magazines et les photographes, le secteur de la mode s’est transformé sous l’impulsion...
27 mars 2025   •  
Écrit par Anaïs Viand
Focus : capitalisation du corps, tourisme strassé et indépendance
Unprofessional © Matilde Ses Rasmussen
Focus : capitalisation du corps, tourisme strassé et indépendance
Créé par les équipes de Fisheye, Focus est un format vidéo innovant
qui permet de découvrir une série photo en étant guidé·e par la...
26 mars 2025   •  
Écrit par Lou Tsatsas
Nos derniers articles
Voir tous les articles
7 à 9 de Chanel : Nick Knight sous toutes les coutures
© Nick Knight
7 à 9 de Chanel : Nick Knight sous toutes les coutures
Le 17 mars dernier, le photographe britannique Nick Knight était l'invité de la deuxième édition du 7 à 9 de Chanel au Jeu de Paume. En...
Il y a 10 heures   •  
Écrit par Cassandre Thomas
Just My Luck : à qui la chance ?
Screenshot montrant les boules 41 et 42 coincées - Just My Luck. © Cécile Hupin et Katherine Longly
Just My Luck : à qui la chance ?
L’Institut pour la photographie de Lille présente une troisième exposition hors les murs dans les espaces de convivialité du Théâtre du...
02 avril 2025   •  
Écrit par Marie Baranger
Comédie, étrangeté et légèreté : 18 séries photographiques pour sourire
De la série Extrem Tourism, 2011 © Thomas Mailaender
Comédie, étrangeté et légèreté : 18 séries photographiques pour sourire
Canulars, farces et attrapes et étrangetés rythment chaque année cette première journée d’avril. Pour célébrer le poisson d’avril, la...
01 avril 2025   •  
Écrit par Fisheye Magazine
La sélection Instagram #500 : une bonne blague
© Théophile Baye / Instagram
La sélection Instagram #500 : une bonne blague
Aujourd’hui, attention à votre dos. Celui-ci pourrait être rempli de petits poissons et autres farces si typiques de ce premier jour...
01 avril 2025   •  
Écrit par Marie Baranger