Le Ghana dans le viseur des lauréat·es du Prix Carmignac 2023

07 septembre 2023   •  
Écrit par Lou Tsatsas
Le Ghana dans le viseur des lauréat·es du Prix Carmignac 2023
Old Fadama, Accra, Ghana, 9 février 2023. Simon Aniah, 24 ans, brûle des câbles électriques usagés pour récupérer du cuivre près de la lagune de Korle. Originaire de Vea, dans le nord-est du Ghana, Simon et des centaines d'autres jeunes migrent de son village et d'autres régions de l'Upper East vers Accra pour travailler dans le secteur des déchets électroniques, un moyen de s'élever socialement. L'Upper East, la région d'où vient Simon, a le taux de chômage le plus élevé parmi la population de 15 à 24 ans au Ghana (recensement du Ghana de 2021). © Muntaka Chasant pour la Fondation Carmignac
Ghana, Accra, Zongo Lane, printemps 2023. Zongo Lane ressemble à une caverne d’Alibaba. Des centaines de petites boutiques pour tous les types de composants électroniques, de modules et de pièces générales peuplent les rues étroites de ce vieux quartier d’Accra. Réparateurs et souvent vendeurs de pièces détachées. Les appareils électroniques cassés sont démontés et réutilisés. Des Ghanéens, mais aussi des Nigérians, travaillent ici. C’était aussi le marché des équipements électriques et électroniques usagés (UEEE) en provenance d’Europe, mais les rues étroites ne permettaient pas à tous les conteneurs de se garer et de se décharger sans créer de bouchons. Alors qu’en Europe les réparateurs indépendants ont presque disparu, tout un écosystème économique survit grâce à cet artisanat. © Bénédicte Kurzen pour la Fondation Carmignac / NOOR
Marché du bois, Accra, Ghana. 16 février 2023. Ali, un ferrailleur, utilise un aimant de caisson de basse pour récupérer des débris métalliques – notamment des clous en fer – enfouis sous le sol à la suite d’un incendie qui a rasé des centaines de cabanes en bois dans un campement informel près de Timber Market, en face d’Old Fadama. Des dizaines de ramasseurs se sont rués sur les de la ferraille suite à l’incendie. © Muntaka Chasant pour la Fondation Carmignac

Le Prix Carmignac du photojournalisme a annoncé les lauréat·es de sa 13e édition : une équipe composée d’Anas Aremeyaw Anas, Muntaka Chasant et Bénédicte Kurzen qui enquêtent sur l’impact causé par les déchets électroniques au Ghana.

Pour sa 13e édition, le Prix Carmignac du photojournalisme s’est tourné vers un pays : le Ghana, et vers les défis écologiques et humains associés aux flux transfrontaliers de déchets électroniques qu’il traverse. Doté d’une bourse de 50 000 euros, l’événement entend permettre à une équipe de photographes et journalistes de réaliser un reportage de terrain de six mois. À leur retour, leur création apparaît au sein d’une exposition itinérante et sous la forme d’un livre monographique. Une récompense leur donnant l’opportunité de développer une narration complexe, à l’image de la thématique choisie. Succédant à Fabiola Ferrero, et récompensé·es au festival Visa pour l’Image, le journaliste et activiste Anas Aremeyaw Anas et les photojournalistes Muntaka Chasant et Bénédicte Kurzen ont remporté le Prix Carmignac 2023.

Un projet fait de contrastes et de nuances

« En 2019, le monde a généré 53,6 millions de tonnes de déchets électroniques, soit une augmentation de 21 % en cinq ans. Cela fait des smartphones, tablettes, ordinateurs et autres appareils mis au rebut non seulement l’une des plus grandes sources de déchets, mais aussi très précieux – puisqu’ils contiennent des métaux tels que l’or, l’argent, le platine. Si cette tendance continue, et en l’absence de solutions durables de recyclage ou de réparation, ces déchets électroniques atteindront 74 millions de tonnes métriques d’ici 2030 », annonce la Fondation Carmignac. Une véritable invasion qui – ayant déjà contaminé l’Asie, l’Europe et les États-Unis – se concentre aujourd’hui au Ghana, désormais considéré comme « la poubelle du monde ».
Un constat dramatique sur lequel enquêtent les trois lauréat·es. Mêlant photographies, vidéos, enregistrements audio et écriture, iels développent un projet fait de contrastes et de nuances. Bénédicte Kurzen s’intéresse aux flux de déchets électroniques et aux communautés qui les activent, soulignant en contrepoint la passivité de la bureaucratie européenne. À Accra, Muntaka Chasant se plonge dans une analyse sociologique de cette économie. Enfin, Anas Aremeyaw Anas infiltre les ports de la capitale pour révéler les flux de déchets – légaux comme illégaux. Ensemble, iels tissent une œuvre réfléchie où s’entrecroisent pollution extrême et opportunités cruciales.

Old Fadama, Accra, Ghana, 7 février 2023. Téléphones mobiles en fin de vie collectés localement et vendus pour les pièces détachées et le recyclage. © Muntaka Chasant pour la Fondation Carmignac
Pays-Bas, Rotterdam, juin 2023. Rotterdam est de loin le port de l’UE qui a connu la plus grande activité au quatrième trimestre 2022, avec 111 millions de tonnes de poids brut de marchandises manutentionnées.Rotterdam était le principal port de l’UE pour tous les types de marchandises, à l’exception des unités mobiles Ro-Ro. © Bénédicte Kurzen pour la Fondation Carmignac / NOOR
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