Le père Noël est américain

22 décembre 2022   •  
Écrit par Lou Tsatsas
Le père Noël est américain

Durant dix ans, Jesse Rieser a sillonné les États-Unis pendant la période de Noël pour capturer les décors les plus rocambolesques et les costumes les plus travaillés. Dans Christmas in America : Happy Birthday Jesus, il donne à voir toute l’absurdité et la décadence des fêtes hivernales.

Un folklore immortel qui perdure malgré les décennies, l’amour voué aux armes à feu, la fascination pour les étoiles – et avec elles, les promesses d’une vie extraplanétaire… Depuis les débuts de sa carrière photographique, Jesse Rieser ne cesse de capturer, non sans humour, les bizarreries qui jalonnent la culture américaine – celles que les habitant·es du pays de l’Oncle Sam ne perçoivent même plus comme insolites. Ayant grandi dans une famille d’artistes – une mère éducatrice et peintre, tout comme son père, également dessinateur – l’auteur s’est frotté rapidement au pop art des années 1950, à la photographie réaliste américaine des années 1970, comme au Baroque et à la Renaissance. Autant de mouvements qui aiguisent son regard et façonnent son imaginaire, jusqu’à nourrir sa propre pratique créative. Couleurs saturées, flash cru, portraits étranges oscillants entre mise en scène et spontanéité… Jesse Rieser brouille les pistes, capte l’énergie théâtrale de l’ordinaire et s’attache en contrepoint à « célébrer les éléments mondains et humoristiques qui composent le quotidien des Américains ».

C’est en 2009 que nait l’idée du projet Christmas in America : Happy Birthday Jesus. « Nous venions d’emménager à Phoenix, en Arizona. Si je connaissais déjà le territoire, ce fut mes premières fêtes passées dans le désert. J’ai alors vu Noël sous un nouveau jour, presque à la manière d’un touriste, observant des traditions étrangères d’une célébration pourtant familière », se souvient l’artiste, avant de se lancer dans la réalisation d’un travail au long cours l’année suivante.

© Jesse Rieser

Célébrer leur célébration

Californie, Nevada, Utah, Oregon, Washington, Floride, Louisiane, Alabama, Texas, Missouri, Oklahoma, Nouveau-Mexique, New York… En dix ans, le photographe parcourt l’Amérique durant l’hiver, en quête des coutumes, des costumes rouge et blanc, des guirlandes lumineuses et autres pères Noël gonflables qui composent l’imaginaire visuel de ces fêtes. Entre poésie naïve et surréalisme total, les images de la série nous transportent dans un univers parallèle, où les roues des 4×4 brillent de mille feux sous les décorations aux couleurs des sapins, où les bottes de cow-boys se parent d’étoiles étincelantes et où les jeunes hommes, déguisés en Jésus, complètent leur collection de 06 aux bars du coin. « Je crois que j’étais plus cynique au début du projet, alors que je découvrais l’enthousiasme de mes modèles pour ces traditions. Mais au fil du temps, j’ai appris à admirer leur passion et la sincérité des rituels. J’ai fini par célébrer leur célébration », confie l’auteur.

Et c’est justement cet engouement qui continue de l’inspirer. Si derrière les paillettes des installations la question de la commercialisation d’un tel événement demeure évidente, Jesse Rieser ne souhaite pas en faire la thématique principale de son récit. « Je reconnais bien sûr la dimension capitaliste de ces coutumes. Notre vision est influencée, il est vrai, par la publicité, mais c’est le cas de toute la période qui relie Thanksgiving à la nouvelle année. Le cœur de mon projet est la fête en elle-même », précise-t-il. Alors, croisant drôlerie et tendresse, absurdité et communauté, l’artiste propose avec Christmas in America : Happy Birthday Jesus une rêverie atypique aux quatre coins du pays. Guidé par le dévouement de ses sujets, il souligne la beauté des accrochages, la grandiloquence des décors et le travail des déguisements. Il met en lumière l’unité vivifiante des rouges vifs et des chapeaux surmontés d’une boule blanche, des cadeaux qui recouvrent le sol et forment des montagnes bariolées. Comme un monde à part où l’opulence est de mise, loin de tous soucis économiques ou environnementaux. Comme un conte que l’on observe, à nouveau, avec des yeux d’enfants.

© Jesse Rieser

© Jesse Rieser© Jesse Rieser

© Jesse Rieser

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© Jesse Rieser

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© Jesse Rieser

© Jesse Rieser

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