Aliocha Boi signe le livre Midnight Sun, publié aux éditions Collapse Books et dont le lancement aura lieu le 4 avril 2025 au Floréal Belleville. Fruit d’une résidence à bord d’un bateau scientifique au pôle Nord, l’ouvrage dévoile l’exploration d’un environnement de glace où le jour ne s’éteint jamais.
Des pas dans une neige immaculée, des maisons de tôle bleues ou rouges, une lumière perçante à l’horizon, une banquise céruléenne et une proue de bateau. Aliocha Boi nous embarque à bord d’un navire scientifique dans les eaux du pôle Nord, puis dans les îles Svalbard (un archipel norvégien), à Longyearbyen. C’est là, en résidence, coupée du monde, qu’il compose ce qui deviendra le livre Midnight Sun, publié aux éditions Collapse Books. Celui-ci retrace un voyage dans un lieu où le soleil ne se couche pas. « À de telles latitudes nordiques extrêmes, le temps dans cette région n’est pas mesuré en unités familières : minutes, heures ou même jour et nuit, mais plutôt par le rythme de l’eau glissant le long d’un morceau de glace, la consistance de la neige qui crisse sous nos bottes ou encore la position du soleil qui flirte avec l’horizon sans jamais disparaître complètement de notre vue », écrit avec poésie Alizé Carrère, scientifique, réalisatrice et exploratrice pour National Geographic au fil des pages de l’ouvrage, dont la sortie est prévue ce 4 avril 2025.
Le périple sur les flots glaciaux est ponctué de débarquements quotidiens qui offrent au photographe la possibilité d’apprécier les évolutions du paysage, de sentir la faune et la flore qui peuplent l’Arctique. « Il y avait un guide scientifique à bord. On a vu différentes espèces d’oiseaux, des baleines, des phoques et plusieurs fois des ours polaires, qui eux sont voués à disparaître d’ici à 2050 puisque leur environnement, la banquise, est en train de se déliter à une vitesse folle », raconte-t-il avec émotion. Cette banquise qui fond est bien présente sur les images d’Aliocha Boi. Elle converse avec les teintes de l’astre du jour qui ne dort jamais. « En tant que photographe, c’est la lumière très changeante – malgré le soleil qui reste quasiment au même niveau – qui m’a marqué », confie-t-il. Alors, de manière contemplative et déambulatoire, il expérimente : « J’ai porté une attention sensible aux terres polaires qui se métamorphosent… J’ai beaucoup joué sur les flous et certains filtres, puis en postproduction avec les couleurs, les recadrages et les textures notamment. » Ces dernières se déclinent dans Midnight Sun, pensée en collaboration avec Bastien Forato, directeur artistique et fondateur de la maison d’édition Collapse Books.
Jour éternel, perte de repères
« J’ai été coupé de tout réseau pendant deux semaines, j’ai donc vécu comme dans une vraie bulle, sans véritable distraction », se remémore l’artiste français. Cette césure, additionnée à un soleil reluisant, trônant dans le ciel à toute heure de la journée et de la nuit, constitue une perte de repères temporels – et visuels – pour l’auteur. Par ailleurs, le titre de son ouvrage fait référence à ce phénomène de journée qui semble éternelle, « le Svalbard est l’endroit où le jour polaire est le plus long, puisque le soleil de minuit ne s’y couche pas entre le 20 avril et le 22 août ». Il poursuit : « D’abord, j’étais perturbé, car je ne trouvais pas forcément les couleurs vives et les lumières dorées que j’aime photographier d’habitude, se souvient-il. Le projet s’est construit petit à petit, et je me suis concentré sur des détails, des gestes et des paysages évanescents. » Il offre ainsi une vision contraire aux images stéréotypées du pôle Nord : vibrantes, colorées, touchantes. Si les photographies invitent à la contemplation et au calme, Alizé Carrère alerte cependant : « Ne vous laissez pas tromper par l’illusion d’immobilité que ces images peuvent refléter. L’Arctique est désormais l’un des écosystèmes changeant le plus rapidement sur notre planète. […] L’Arctique se réchauffe à un rythme plus de deux fois et demie supérieur à la moyenne mondiale. » En capturant ce jour immortel sous toutes ses variantes, qui s’écoule pourtant plus vite à l’échelle de la Terre, Aliocha Boi nous convie à regarder avec tendresse ce lieu si lointain, impénétrable et néanmoins victime de l’impact humain.
Préface d’Alizée Carrère
180 pages
45 €