Nature et Société, les maîtres mots de l’édition arlésienne 2023 de Fotohaus

05 juillet 2023   •  
Écrit par Lou Tsatsas
Nature et Société, les maîtres mots de l’édition arlésienne 2023 de Fotohaus
© DOCKS Collectif
© Regina Anzenberger

Jusqu’au 24 septembre, Fotohaus pose ses valises à la Fondation Manuel Rivera-Ortiz d’Arles. Au cœur de l’exposition, une réflexion autour de la nature et la société, magnifiquement nuancée par les écritures et les points de vue des photographes présenté·es.

« La propension à s’engager activement pour le bien-être des générations futures sur cette planète est, semble-t-il, absente chez nombre d’individus. Ainsi un référendum organisé fin mars à Berlin pour imposer la neutralité climatique dans la capitale allemande d’ici 2030, a échoué, faute d’un taux de participation suffisant des citoyens. En même temps, les incendies géants, les grandes sécheresses et les inondations se multiplient aux quatre coins du monde… », cet avertissement de l’auteur allemand Jens Pepper introduisent l’édition 2023 de Fotohaus aux Rencontres d’Arles. Installées au cœur de la Fondation Manuel Rivera-Ortiz, les œuvres des auteurices franco-allemand·es mises en avant par ParisBerlin>fotogroup entendent souligner l’urgence de la crise environnementale. Reportages, images documentaires, corps mis à nu, créations abstraites… En multipliant les écritures et les identités, l’exposition entend former un tout uni, harmonieux, pour « rendre le présent compréhensible et donner des impulsions pour forger l’avenir, en partant d’un travail d’observation et de réflexion ».  

© Collectif Les Associés
© Barbara Filips

Les tristes répercussions

Ce sont donc les dérèglements de notre monde que les photographes capturent et révèlent, à travers leurs créations. Verdiana Albana s’intéresse, dans surrounded, à la mégapole chinoise de Chongqing, dont la croissance fulgurante et la multiplication des gratte-ciel demeurent dissimulées par un épais brouillard, conférant à la ville une atmosphère dystopique. La brume laisse ensuite place à la fumée des incendies, au cœur des images des sept photographes du collectif LesAssociés (Alban Dejong, Alexandre Dupeyron, Élie Monférier, Hervé Lequeux, Michaël Parpet, Olivier Panier des Touches, Joël Peyrou). Bouleversés par les incendies en Gironde de l’été 2022 – 31 000 hectares brûlés, 46 000 personnes évacuées – ils traduisent visuellement leur anxiété face à un réchauffement climatique implacable, dans un ensemble de clichés faisant écho aux nuances des émotions ressenties. À la manière d’un miroir poétique, c’est à l’eau que s’intéresse le DOCKS Collectif – plus particulièrement aux précipitations torrentielles survenues les nuits de 13 et 15 juillet 2021 en Allemagne. Des averses considérées aujourd’hui comme « une catastrophe du siècle » faisant plus de 180 morts et des milliers de sans-abri. Privilégiant l’écriture documentaire, les photographes présentent une narration sobre et juste, ancrant dans l’histoire cet événement et ses tristes répercussions.

Des envolées visuelles

En parallèle, d’autres artistes choisissent l’intime et la douceur pour souligner les connexions entre humain et nature. Adepte du photogramme, Philippine Schaefer croise divers éléments organiques dans un univers monochrome minimaliste où l’abstraction flirt avec le réel. Faisant dialoguer son propre corps aux éléments végétaux, elle façonne une chorégraphie sensible révélant la fragilité des fragments vivants, comme sa splendeur qu’il nous faut faire perdurer. Ce sont aussi les silhouettes qu’Isabelle Chapuis met en avant à travers Vivant, Le sacre du corps. Fascinée par ce qu’elle nomme les « parures corporelles », elle photographie, dénudée, des dos, des profils, des portraits comme des paysages mouvants. En résultent des compositions épurées, sublimées par des tons boisés, où attributs humains et formes végétales s’entremêlent. Une douceur complimentée par les envolées visuelles du collectif viennois fiVe, composé de cinq femmes photographes. À travers des pratiques aussi sensibles que différentes – du cyanotype à la 3D en passant par le collage – toutes mettent en exergue les rapports complexes entre nature et société. Enfin, au cœur d’Ostinato – série présentée hors les murs, rue de la Roquette – Thomas Sanberg embarque dans un voyage en Sicile où il entame une réflexion sur le caractère éphémère de la vie.

Ainsi, à travers les diverses réalisations des photographes présenté·es par Fotohaus, il nous semble, en effet, toucher du doigt la fugacité de l’existence. Bercé·es par les expérimentations plastiques, saisi·es par l’horreur du réel, il nous faut à présent réfléchir, et reconnaître l’inévitable crise qui menace notre Terre.

© Verdiana Albano I Deutsche Börse Photography Foundation
© Collectif LesAssociés
© Collectif LesAssociés
© DOCKS Collectif
© DOCKS Collectif
© DOCKS Collectif
© Thomas Sandberg
© Philippine Schaefer
© Philippine Schaefer
© Isabelle Chapuis I Galerie S
© Isabelle Chapuis I Galerie S
© Gabriela Morawetz
À lire aussi
Territoire & Identité : l’exploration photographique de Fotohaus Bordeaux 
Territoire & Identité : l’exploration photographique de Fotohaus Bordeaux 
À l’occasion de sa onzième édition, Fotohaus investit pour la seconde fois la ville de Bordeaux avec une programmation variée. La…
30 mars 2023   •  
Écrit par Cassandre Thomas
La Fondation Manuel Rivera-Ortiz propose un « Dress Code » à respecter
La Fondation Manuel Rivera-Ortiz propose un « Dress Code » à respecter
Jusqu’au 25 septembre, la Fondation Manuel Rivera-Ortiz accueille Dress Code, une exposition collective déclinant les nombreuses…
06 juillet 2022   •  
Écrit par Lou Tsatsas
Elie Monférier sacralise la finitude de l’Homme
Elie Monférier sacralise la finitude de l’Homme
Après Sang Noir, Elie Monférier a composé Sacre, un récit tout aussi viscéral. Second volet d’une trilogie en cours, l’ouvrage…
19 avril 2022   •  
Écrit par Lou Tsatsas
Explorez
Hélène David : les voix du vivant
© Hélène David
Hélène David : les voix du vivant
Pendant quatre ans, Hélène David a arpenté le Pays basque à la rencontre de celles et ceux qui l'habitent – humains, animaux, montagnes...
20 juillet 2026   •  
Écrit par Anaïs Viand
Rebekka Deubner, lettres d'amour à terre
© Rebekka Deubner
Rebekka Deubner, lettres d’amour à terre
Exposé aux Rencontres d'Arles, à la Croisière, le projet La terre amoureuse de Rebekka Deubner nous parle avec une grande justesse de la...
09 juillet 2026   •  
Écrit par Ana Corderot
L’exposition, Au bord des mondes, pour les 5 ans de La Kabine 
© Lys Arango / La Kabine
L’exposition, Au bord des mondes, pour les 5 ans de La Kabine 
Au bord des mondes : Habiter les territoires, survivre aux fractures, du 27 juin au 20 septembre, une exposition qui invite à repenser...
08 juillet 2026   •  
Écrit par Annabelle GARBIGLIA
Bleu comme désert pour interroger notre regard sur un territoire
© Leïla Macaire
Bleu comme désert pour interroger notre regard sur un territoire
Bleu comme désert est un projet photographique réalisé par Leïla Macaire dans les dunes du désert du Tassili n’Ajjer, en Algérie, qui...
30 juin 2026   •  
Écrit par Esther Baudoin
Nos derniers articles
Voir tous les articles
Hélène David : les voix du vivant
© Hélène David
Hélène David : les voix du vivant
Pendant quatre ans, Hélène David a arpenté le Pays basque à la rencontre de celles et ceux qui l'habitent – humains, animaux, montagnes...
20 juillet 2026   •  
Écrit par Anaïs Viand
Jordan Beal : Martinique (re)générée
© Jordan Beal
Jordan Beal : Martinique (re)générée
Avec Linéaments, Jordan Beal dévoile une Martinique générée par l'IA. Travaillant à partir d'images existantes, il explore un territoire...
19 juillet 2026   •  
Écrit par Anaïs Viand
La nuit américaine racontée par Laila Hida
Sange Khara, 2025 © Laila Hida
La nuit américaine racontée par Laila Hida
"Comment renouveler les imaginaires stéréotypés par l’art, l’histoire et le cinéma ?" C’est à cette question que Laila Hida tente de...
18 juillet 2026   •  
Écrit par Esther Baudoin
Méditerranée. Est-ce là que l’on habitait ? : Anne-Lise Broyer
© Anne-Lise Broyer
Méditerranée. Est-ce là que l’on habitait ? : Anne-Lise Broyer
Sur les traces des déplacements de populations, des fractures et de l'histoire antique, Anne-Lise Broyer dépose son regard. Un travail...
17 juillet 2026   •  
Écrit par Thomas Andrei