Peter Knapp : la photo à l’heure de l’émancipation des femmes

07 mars 2024   •  
Écrit par Costanza Spina
Peter Knapp : la photo à l'heure de l’émancipation des femmes
© Peter Knapp
© Peter Knapp
© Peter Knapp
© Peter Knapp

Le photographe iconique Peter Knapp est exposé jusqu’au 26 mai au Musée de la Photographie de Charleroi. Mon temps retrace la création de l’univers explosif de cet auteur, qui a introduit la photographie de mode dans la modernité.

L’exposition Mon temps, consacrée à Peter Knapp au Musée de la Photographie de Charleroi, met en avant sa personnalité créative de 1965 à 1980. Photographe de mode décalé, il assure la ligne éditoriale du magazine Elle, fondé par Hélène Lazareff en 1959, et il sert de cette plateforme privilégiée pour révolutionner les codes du genre. Lazareff, après son expérience chez Harper’s Bazaar, veut lancer une revue de mode cohérente avec son temps, notamment en dépoussiérant l’image figée et monolithique des mannequins. Le papier glacé sort de son statut « sacré » pour devenir un support créatif détonnant. Peter Knapp donne alors naissance à une photographie de mode en mouvement, en déconstruisant l’idée du « chic ». Fini les attitudes guindées, les corps figés, les ambiances marbrées et monumentales des maisons de couture. Lazareff et Knapp subliment le prêt-à-porter et les langages urbains, le quotidien et une certaine joie de vivre. Les formes se libèrent et suivent l’émancipation progressive des femmes. Le droit de vote leur a été accordé et le photographe est déterminé à rendre compte de cette avancée historique : l’émancipation passe aussi par le vêtement et Elle, selon ses fondateur·ices, se doit d’en être l’un des étendards.

Une esthétique du mouvement

Simone de Beauvoir, Marguerite Duras ou Françoise Sagan : ce ne sont que quelques-unes des plumes qui marquent les premières années du magazine Elle et qui accompagnent ainsi la libération des femmes. Pour aller avec ces propos révolutionnaires pour l’époque, Peter Knapp crée une maquette qui bouscule les codes à travers le graphisme et la typographie. Il n’hésite pas à utiliser la peinture, il multiplie les diagonales – sa signature, avec sa double page –, les gros plans, les contre-plongées, les références « géométrisantes » typiques de ces années-là, où la mode était dominée par les lignes de Courrèges ou d’Ungaro. Il prône une véritable esthétique du mouvement : ses mannequins flottent dans les airs, marchent dans la rue, s’activent dans des scènes du quotidien… Le photographe les filme parfois en 16 mm, pour ensuite en isoler quelques images et être le plus possible près du réel. Ce même style, il va le transposer à ses collaborations avec des émissions télé, comme Dim Dam Dom de Daisy Galard. Malgré les nombreuses avancées que l’image a accompli en termes de représentation des femmes depuis les années 1960, Peter Knapp a été l’un de ceux qui ont forgé le regard de la modernité, avec ses innovations et ses, parfois fausses, révolutions. Avec Man Ray, Jeanloup Sieff, en passant par Maurice Tabard, Richard Avedon ou Erwin Blumenfeld, il a contribué à faire de la photographie de mode un genre à part entière. C’est précisément cette approche mélangeant mode et regard social que l’exposition Mon temps veut mettre en lumière.

© Peter Knapp
© Peter Knapp
À lire aussi
Quand Peter Knapp libère la mode
Quand Peter Knapp libère la mode
Dancing in the street est un ouvrage dédié à Peter Knapp et à la photographie de mode. Sorti en parallèle de l’exposition éponyme, à la…
20 avril 2018   •  
Écrit par Lou Tsatsas
Irving Penn : quand le nu fait face à la censure
© Irving Penn – The Bath / Courtesy of Galerie Thaddaeus Ropac
Irving Penn : quand le nu fait face à la censure
La galerie Thaddaeus Ropac dévoile une nouvelle facette d’Irving Penn avec The Bath du 23 septembre 2023 au 30 novembre 2023.
17 octobre 2023   •  
Écrit par Lucie Guillet
Explorez
En quête d’identité : de la physiognomonie à la reconnaissance faciale
Mikel Nielsen Ommar. © Prince Roland Napoleon Bonaparte (French, 1858-1924); Plates by G. Roche / Domaine public, Getty Image.
En quête d’identité : de la physiognomonie à la reconnaissance faciale
Nous sommes en 1884, le prince Roland Bonaparte (1858- 1924), petit-fils de l’un des frères de Napoléon, organise une mission en Norvège...
11 juin 2026   •  
Écrit par Fisheye Magazine
À la MEP, Winnie Mo Rielly et Camille Vivier portent deux regards sur le corps féminin
Deborah standing in Freud's cabinet, 2023 © Camille Vivier
À la MEP, Winnie Mo Rielly et Camille Vivier portent deux regards sur le corps féminin
Ce mercredi 10 juin, la Maison européenne de la photographie a inauguré ses quatre expositions de la saison estivale 2026. Parmi elles se...
10 juin 2026   •  
Écrit par Apolline Coëffet
Loi anti-LGBTQIA+ au Ghana : Clara Watt et les collages d’une résistance
© Clara Watt
Loi anti-LGBTQIA+ au Ghana : Clara Watt et les collages d’une résistance
Par le collage, Clara Watt fait de The Promotion of Proper Human Sexual Rights and Family Values un manifeste militant et poétique, en...
09 juin 2026   •  
Écrit par Lou Tsatsas
Stephan Gladieu : regarder cette autre Amérique
© Stephan Gladieu
Stephan Gladieu : regarder cette autre Amérique
Dans Authentic Americans, Stephan Gladieu s’est immergé dans l'Amérique du centre et du sud, une Amérique dite profonde. Il s’y est rendu...
06 juin 2026   •  
Écrit par Ana Corderot
Nos derniers articles
Voir tous les articles
En quête d’identité : de la physiognomonie à la reconnaissance faciale
Mikel Nielsen Ommar. © Prince Roland Napoleon Bonaparte (French, 1858-1924); Plates by G. Roche / Domaine public, Getty Image.
En quête d’identité : de la physiognomonie à la reconnaissance faciale
Nous sommes en 1884, le prince Roland Bonaparte (1858- 1924), petit-fils de l’un des frères de Napoléon, organise une mission en Norvège...
11 juin 2026   •  
Écrit par Fisheye Magazine
À la MEP, Winnie Mo Rielly et Camille Vivier portent deux regards sur le corps féminin
Deborah standing in Freud's cabinet, 2023 © Camille Vivier
À la MEP, Winnie Mo Rielly et Camille Vivier portent deux regards sur le corps féminin
Ce mercredi 10 juin, la Maison européenne de la photographie a inauguré ses quatre expositions de la saison estivale 2026. Parmi elles se...
10 juin 2026   •  
Écrit par Apolline Coëffet
Mesnographies 2026 : nos vies de luttes
© Virginia Morini
Mesnographies 2026 : nos vies de luttes
Jusqu’à début septembre, le festival Mesnographies dévoile un parcours photographique au cœur des problématiques actuelles : dérèglement...
10 juin 2026   •  
La sélection Instagram #559 : des histoires de cheveux
© nadiavonscotti / Instagram
La sélection Instagram #559 : des histoires de cheveux
Cette semaine, il est question de cheveux. Symboles identitaires et politiques, les cheveux sont bien plus que de simples accessoires....
09 juin 2026   •  
Écrit par Esther Baudoin