Planches Contact 2024 : redécouvrir les singularités de la Normandie

06 novembre 2024   •  
Écrit par Apolline Coëffet
Planches Contact 2024 : redécouvrir les singularités de la Normandie
© Bettina Pittaluga
Photographie de Richard Pak montrant un groupe sur une falaise, face à la mer
© Richard Pak

Jusqu’au 5 janvier 2025, Deauville accueille le festival Planches Contact pour sa 15e édition. Comme à l’accoutumée, les photographes en résidence ont saisi les contours de la région normande pour en restituer son essence. 

En cette fin d’octobre, le soleil nimbe Deauville d’une aura singulière. Ce climat clément est propice aux longues promenades sur les Planches. Les lattes, tout juste séculaires, grincent sous nos pas. Elles sont parsemées de grains de sable transportés au gré des passages, notamment ceux du vent qui emporte les bribes de conversations et les rires. Dans le lointain, la mer se confond dans l’azur. L’air est joyeux, le temps aboli. Nous semblons minuscules dans ce si vaste espace dont émanent tant de souvenirs, personnels et universels, parfois même historiques. Comme pour insuffler encore davantage d’onirisme à ce paysage enchanteur, d’immenses cubes peuplent la plage. Sur chacune de leurs faces se découvrent des tirages, réalisés par de grands noms du 8e art comme des talents émergents. Leur présence indique que Planches Contact a commencé. 

Comme chaque année depuis maintenant quinze années, l’évènement transforme la ville en un terrain d’expositions en plein air. Il démocratise ainsi la culture, comme le souhaitait Philippe Augier, maire et président des Franciscaines, un centre culturel qui intègre chacune des œuvres produites à ses collections afin de créer des archives d’un autre genre. « Grâce au travail passionné de Laura Serani et du Pôle photographique des Franciscaines qui ont fait entrer le festival dans une riche maturité, nous avons créé un lieu supplémentaire d’échange et de partage ouvert à tous les publics », se réjouit-il. Dans le cadre de cette nouvelle édition, près de vingt artistes ont passé quelques semaines en résidence. Dans des sensibilités et des pratiques qui leur sont propres, toutes et tous ont restitué les contours de leurs déambulations normandes. Une fois de plus, la programmation s’articule autour de rencontres avec le territoire et les populations qui l’habitent au quotidien ou pour quelques jours. Le passé et le présent s’entremêlent aussi bien dans les approches que dans les sujets pour mieux penser l’avenir. 

Photographie de Sophie Alyz montrant un phare pendant une tempête
© Sophie Alyz
Photographie de Joan Alvado montrant un serpent sur une main
© Joan Alvado

Prendre le temps de flâner

Au bord de la Manche, la poésie a pris ses quartiers. Le temps d’un automne, elle se découvre dans des recoins de l’espace public. Au Grand Bain, par exemple, Bettina Pittaluga présente In Bed with, une série intime qui se prête bien à cet endroit. Les portraits qui la composent ont été réalisés dans des lits. Pour l’autrice, ces derniers sont pareils à des bulles protectrices où l’authenticité est reine. À l’image, les histoires personnelles des modèles se dévoilent. Les regards et les gestes prévalent sur les mots. À quelques pas de là, au Petit Bain, Joan Alvado s’intéresse, dans Les Échos du Nord, à l’héritage viking qui continue d’animer l’identité culturelle et le paysage normand. En face, sur le sable, la disposition des cubes présentant les tirages de Dominique Issermann rappelle des mégalithes. Rapprochés, ils forment un prisme de photographies de mode, de villes et de détails, toujours en noir et blanc, dans lequel nous nous perdons volontiers. Sophie Alyz, exposée sur la plage et au Point de Vue, témoigne du recul du trait de côte. Pour ce faire, l’artiste a recours à une pointe sèche et à des supports d’impression inadaptés. Dans cette esthétique délicate qui la caractérise, les couleurs bavent, créent un flou qui nous invite à sonder l’environnement.

Aux Franciscaines, l’expérimentation du temps et du territoire se poursuit. Patricia Morosan, qui signe That Every Stone Is, éprouve les falaises des Vaches Noires au moyen de sérigraphies élaborées à l’aide de pigments réalisés par ses soins. Leurs nuances font écho à celles des formations rocheuses dont les strates regorgent de fossiles, ces « témoins silencieux du passage du temps », qui datent de la période jurassique et crétacée. D’une autre manière, Richard Pak procède également à une découpe de la côte normande, qu’il recompose ensuite. Tel un « voleur d’îles », il extrait ces dernières de ses clichés pour les regrouper en un archipel fictif, prenant place sur un pan de papier peint du musée. Inspirée d’une théorie développée en 1988 dans la revue Nature, Sara Imloul défend quant à elle l’idée selon laquelle l’eau aurait une mémoire. « Les plages, les murs, les surfaces de Deauville sont des pages blanches, des planches à dessiner, à rêver, pour fonder le théâtre de cette nouvelle série autobiographique et allégorique en lien direct avec ces éléments naturels si particuliers », explique-t-elle.

L’exposition Le Siècle des vacances, mettant en lumière une sélection du fonds photographique de la Fnac, s’inscrit dans cette tendance. La mise en scène s’efface au profit des œuvres, signées de grands noms du médium, qui se suffisent à elles-mêmes et ne manquent pas de nous faire voyager, de laisser notre esprit songeur. Sur le fond comme dans la forme, plastique et scénographique, les images de Planches Contact s’ancrent ainsi dans les paysages desquels elles ont été extraites. Elles nous poussent à prendre le temps de flâner pour mieux découvrir cette si belle région. Dans le sillage des précédentes éditions, de nombreux évènements rythmeront le festival jusqu’au 5 janvier. Parmi eux se compte une vente aux enchères organisée avec la fondation photo4food. L’ensemble des fonds recueillis est reversé à la Croix-Rouge qui, par le biais d’initiatives locales, offre des repas aux personnes les plus démunies.

Photographie de Sara Imloul montrant un bureau dans la mer
© Sara Imloul
Photographie de Patricia Morosan montrant des falaises
© Patricia Morosan
À lire aussi
Les 21 expositions photo à voir cet automne 2024 !
Jill and Polly in the Bathroom, 1987 © Tina Barney. Courtesy de l’artiste et Kasmin, New York.
Les 21 expositions photo à voir cet automne 2024 !
Chaque saison fait fleurir de nouvelles expositions. À cet effet, la rédaction de Fisheye a répertorié toute une déclinaison…
08 novembre 2024   •  
Écrit par Fisheye Magazine
Architectes spatiaux
Exposition Back to Dust de Marguerite Bornhauser (2023), scénographie de Bigtime Studio © Marguerite Bornhauser
Architectes spatiaux
Mises en scène spectaculaires, enrichissements visuels, sonores, voire tactiles… Les scénographes contribuent à donner aux œuvres…
24 octobre 2024   •  
Écrit par Apolline Coëffet
Explorez
Boby s’empare de l’instax mini Evo Cinema™ et de l’instax Wide Evo™ !
© Boby
Boby s’empare de l’instax mini Evo Cinema™ et de l’instax Wide Evo™ !
Depuis les quatre coins de la planète, Boby a capturé des souvenirs instantanés à l’aide de deux boîtiers instax™ de la série Evo : le...
12 juin 2026   •  
Écrit par Cassandre Thomas
Les coups de coeur #585 : Alban Lécuyer et Leila Basma
© Alban Lécuyer
Les coups de coeur #585 : Alban Lécuyer et Leila Basma
Nos coups de cœur de la semaine, Alban Lécuyer et Leila Basma, photographient les paysages et les différentes manières de l’habiter....
08 juin 2026   •  
Écrit par Esther Baudoin
Les images de la semaine du 1er juin 2026 : du rêve à la réalité
Youssef Nabil (1972) Say Goodbye, self-portrait Alexandria, 2009 Tirage argentique coloré à la main, tiré en 2013, 50 x 75 cm Collection Pinault © Youssef Nabil.
Les images de la semaine du 1er juin 2026 : du rêve à la réalité
C’est l’heure du récap ! Cette semaine, les images nous font basculer du réel au monde des songes. Face à la réalité, le rêve apparaît...
07 juin 2026   •  
Écrit par Esther Baudoin
Youssef Nabil : dans les rêves, notre réalité
Youssef Nabil (1972) The Dream, self-portrait, 2021 Tirage argentique coloré à la main, 50 x 75 cm Collection particulière © Youssef Nabil.
Youssef Nabil : dans les rêves, notre réalité
Jusqu’au 13 septembre 2026, le musée d’Orsay présente Youssef Nabil. De rêver encore. Une exposition qui déploie l’œuvre polymorphe de...
04 juin 2026   •  
Écrit par Ana Corderot
Nos derniers articles
Voir tous les articles
5 coups de cœur qui explorent le corps et sa mémoire
Cœur de lune © Bérangère Portella
5 coups de cœur qui explorent le corps et sa mémoire
Tous les lundis, nous vous dévoilons deux photographes qui ont retenu notre attention à travers cette rubrique coups de cœur. Cette...
Il y a 1 heure   •  
Écrit par Ana Corderot
Les images de la semaine du 8 juin 2026 : quand l’image remplace les mots
© Clara Watt
Les images de la semaine du 8 juin 2026 : quand l’image remplace les mots
C’est l’heure du récap ! Cette semaine, les images éveillent des réflexions profondes là où les mots font parfois défaut. En se...
14 juin 2026   •  
Écrit par Esther Baudoin
Anna Leonte Loron réinvente les représentations des femmes à table
© Anna Leonte Loron
Anna Leonte Loron réinvente les représentations des femmes à table
Avec Les Femmes ont faim, la photographe Anna Leonte Loron explore les liens entre plaisir, alimentation et représentations féminines....
13 juin 2026   •  
Écrit par Costanza Spina
Khames Alrefi, lauréat du Visa d’or humanitaire du CICR 2026 
Gaza City - Al-Tuffah Neighborhood © Khames Alrefi
Khames Alrefi, lauréat du Visa d’or humanitaire du CICR 2026 
Le photojournaliste Khames Alrefi reflète la destruction de Gaza à travers son projet Civilians: The First Victims. Ses images montrent...
12 juin 2026   •  
Écrit par Annabelle GARBIGLIA